Faciliter la transe hypnotique : la technique de fascination en hypnose
C’est la plus ancienne des techniques d’hypnose, et c’est aussi l’une de celles que nous utilisons le plus simplement : demander à la personne de fixer toute son attention sur un objet. Un regard, une lumière, un point brillant, une boule de cristal. Les fakirs le faisaient, Braid en a fait une méthode, Erickson s’en servait sans complexe, et elle revient aujourd’hui en force dans les cabinets comme en autohypnose. Voici ce qu’est la fascination hypnotique, pourquoi elle fonctionne, comment la pratiquer, et pourquoi il faut aussi savoir ce qu’on en fait.
La technique de fascination en hypnose : faciliter la transe par la fixation

Qu’est-ce que la fascination hypnotique ?
La fascination consiste à demander à la personne de concentrer toute son attention sur un objet à forte connotation hypnotique, en vue d’induire la transe. L’objet peut être le regard de l’hypnotiseur, une lumière vive, un objet métallique ou brillant, un pendule, ou une sphère de cristal. Peu importe, au fond, ce qu’on fixe : ce qui compte, c’est qu’on ne fixe que cela, assez longtemps pour que les yeux se fatiguent, que le corps s’immobilise et que l’esprit n’ait plus qu’une seule idée, ce que Braid appelait le monoïdéisme.
Du regard du fakir à la boule de cristal
Aux débuts de l’hypnotisme, les hypnotiseurs classiques demandaient à leur sujet de les fixer intensément dans les yeux, comme le faisaient les fakirs indiens, et ils obtenaient ainsi des états profonds. L’abbé Faria, dès 1813, faisait fixer sa main ouverte. En 1843, James Braid comprend que le regard de l’opérateur n’a rien de spécial et le remplace par un objet quelconque, son porte-lancette : la fixation du regard devient la technique de référence pour obtenir le « sommeil nerveux », et le restera pendant tout le XIXe siècle. Les néoclassiques diversifient ensuite les supports : lumière intense, miroir, objet métallique, boule de cristal. Milton Erickson, au XXe siècle, utilise encore volontiers la fixation pour obtenir rapidement des transes profondes, et il se sert de la boule de cristal comme support de projection pour faire « voir » des souvenirs ou des scènes, comme il l’explique dans son texte sur les phénomènes hypnotiques.
La boule de cristal mérite un mot. Depuis l’Égypte ancienne, les guérisseurs et les voyants lui ont attribué des pouvoirs de clairvoyance. Nous n’y croyons pas davantage que Braid ne croyait au fluide, mais ce symbolisme accumulé pendant des millénaires a une conséquence très concrète : une boule de cristal, posée devant quelqu’un, raconte déjà une histoire. Elle dit « ici on entre dans un autre état », avant qu’un mot ait été prononcé. D’où l’intérêt, en pratique, d’une sphère plutôt que d’un stylo : l’objet lui-même porte déjà une partie de la suggestion.
Pourquoi ça marche : les six principes actifs
La fascination n’a rien de magique. Elle réunit six mécanismes que l’on retrouve, séparément, dans toutes les inductions.
- La concentration de l’attention sur un objet unique : le monoïdéisme de Braid. L’esprit qui ne fait qu’une chose cesse peu à peu de faire les autres, et notamment de commenter, d’anticiper, de contrôler.
- La fatigue oculaire liée à la fixation, surtout si l’objet est placé un peu au-dessus de l’horizon du regard : les paupières s’alourdissent réellement, et la fermeture des yeux devient un soulagement plutôt qu’une consigne.
- L’immobilité : fixer un point impose au corps une posture statique qui glisse naturellement vers la catalepsie, premier des phénomènes hypnotiques.
- L’activation de l’imaginaire par la connotation de l’objet : la boule de cristal, la flamme, le pendule portent un sens hypnogène qui oriente l’attente.
- La disponibilité accrue de l’inconscient : à mesure que le mental conscient se désengage, les suggestions rencontrent moins de filtre.
- La réponse à la suggestion de sommeil, qui vient alors couronner un processus déjà engagé : les yeux se ferment parce qu’ils en ont envie, et le mot « dormir » ne fait que nommer ce qui se passe.
Vous reconnaissez, dans ces six points, la mécanique de l’induction standard et celle de nos inductions rapides : la fascination les réunit sous la forme la plus simple, avec très peu de mots.
La fascination par boule hypnotique, pas à pas
Voici comment nous procédons en cabinet, avec une sphère de cristal, mais la séquence est la même avec n’importe quel objet.
Installer. La personne est assise confortablement, la sphère posée ou tenue à quarante centimètres environ, légèrement au-dessus de la ligne du regard. On explique en une phrase : « Vous allez simplement regarder cette sphère, et laisser vos yeux faire ce qu’ils veulent. »
Focaliser. « Posez votre regard sur un point de la sphère… un reflet, une transparence… et laissez tout le reste s’effacer autour. » On laisse du silence. On observe : respiration, clignements, pupilles.
Ratifier. Dès qu’un phénomène apparaît, on le nomme : « Vous remarquez peut-être que la vision change… que les contours deviennent flous… que les paupières deviennent plus lourdes… » On ne suggère que ce qui est déjà en train d’arriver, et la personne constate que « ça marche ».
Laisser fermer. « Et quand elles seront trop lourdes, vous les laisserez se fermer… toutes seules… et ce sera le signe que vous pouvez vous laisser aller. » La fermeture des paupières est le basculement ; on peut l’accompagner d’un « c’est ça » et d’un léger ralentissement de la voix.
Approfondir et travailler. La transe est installée ; on la nourrit par l’une des techniques d’approfondissement, puis on passe au travail thérapeutique : suggestions de manger plus lentement et de ressentir la satiété, de s’endormir facilement le soir, de se sentir en confiance dans un contexte donné… Les suggestions prennent place d’autant mieux que le mental ne les discute plus.
Une variante, inspirée d’Erickson : une fois la transe installée, la sphère redevient un écran. « Et dans cette sphère, vous pouvez laisser apparaître… » C’est la boule de cristal comme support de projection, qui permet à l’inconscient de montrer quelque chose sans que la personne ait à le penser.
Fascination et manipulation : une précaution
La fascination a fait la une de l’actualité pour de mauvaises raisons : des escrocs s’en sont servis pour commettre des vols « sous hypnose ». Leur méthode mérite qu’on la regarde de près : faire tenir à la victime une pierre noire aux « pouvoirs magiques » et lui demander de concentrer toute son attention dessus, puis, l’état de focalisation obtenu, enchaîner les manipulations psychologiques (la peur pour ses proches, l’urgence, l’autorité) jusqu’à ce qu’elle remette ses objets de valeur « pour lever un envoûtement ».
Que faut-il en retenir ? Pas que l’hypnose fait obéir : ce qui a fait obéir ces victimes, c’est la peur, le mensonge et la pression, autrement dit une escroquerie classique dont la fascination n’a été que l’ouverture. Mais il faut en retenir que la fascination est une technique puissante, qui abaisse vite la vigilance critique, et qu’elle appelle donc un cadre : un accord explicite, une explication honnête de ce qu’on va faire, et un objectif qui soit celui de la personne. C’est la différence entre influence et emprise, et nous la détaillons dans l’hypnose est-elle de la manipulation ?.
La fascination en autohypnose
C’est aussi la technique d’autohypnose la plus simple qui soit. Une bougie, un point sur le mur, une sphère : on s’installe, on fixe, on laisse les yeux se fatiguer et se fermer, et on donne alors à son inconscient la consigne préparée à l’avance, en une phrase simple et positive. Les praticiens de la fascination moderne s’inspirent de Braid et de Faria, mais aussi de Jean Filiatre et d’Émile Coué, dont la méthode d’autosuggestion s’appuyait sur ce même état de calme focalisé. Nous décrivons cette pratique quotidienne dans notre guide d’autohypnose.
La fascination est l’une des premières inductions que nous enseignons dans la formation de praticien en hypnose ericksonienne, parce qu’elle oblige, dès le premier jour, à observer et à ratifier ce qui se passe plutôt qu’à réciter un texte.
À lire aussi : La technique d’induction de James Braid · L’abbé Faria et le sommeil lucide · Comment approfondir l’état d’hypnose · À propos des dangers de l’hypnose
Sources. Braid, J. (1843), Neurypnology, Churchill ; Faria, J. C. de (1819), De la cause du sommeil lucide ; Erickson, M. H. (1944), « Hypnosis in medicine », Medical Clinics of North America ; Hammond, D. C. (dir.) (1990), Handbook of Hypnotic Suggestions and Metaphors, Norton ; Coué, É. (1926), La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente.
Pratiquer, et pas seulement lire
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Bonjour j’aimerais savoir si il est possible d’hypnotiser quelqu’un sans son consentement ???
Bonjour,
La fascination facilite la transe, mais elle ne permet pas de supprimer le consentement ni le libre arbitre.
Les cas de « vols sous hypnose » relèvent surtout de manipulation psychologique et de contexte émotionnel, et non de l’hypnose thérapeutique telle qu’elle est pratiquée de façon éthique.
Les fakirs, certains maîtres soufis ou groupes traditionnels n’exercent pas un « pouvoir hypnotique » au sens technique du terme. Leur influence repose principalement sur le contexte culturel, la croyance, l’autorité symbolique et l’acceptation implicite du sujet.
Le consentement n’est pas toujours verbal, mais il est presque toujours psychologique : la personne reconnaît l’autorité, croit au rituel et s’y soumet volontairement, parfois sans en avoir pleinement conscience.
Sans cette adhésion intérieure (croyance, attente, respect, peur ou fascination), aucune transe durable ne peut s’installer.
Il s’agit donc davantage de rituels, de suggestion contextuelle et d’influence sociale que d’une hypnose thérapeutique imposée contre la volonté profonde du sujet.
Excellent article, j ai enfin compris comment marche la fascination . Merci
Merci ! 🙏
De rien 💚💛💜
Qui donne des suggestions à une personne en auto-hypnose?
Autohypnose = autosuggestions. Ici un exemple de ce qu’il est possible de faire pour communiquer avec son subconscient en autohypnose : https://hansen-hypnose.com/signaling/ Il y a bien d’autres moyens, nous ferons des vidéos prochainement pour expliquer tout cela et donner quelques astuces
Est-ce possible d’avoir cette séance en écrit?