L’Abbé Faria : technique d’hypnose par suggestion verbale pour obtenir le « sommeil lucide »

Abbé Faria Hypnose

L’Abbé José Custódio Faria (1756-1819) peut être considéré comme un des pionniers de l’hypnose par suggestion, épurée des rituels magnétiques.

Prêtre portugais se disant Brahmane, l’Abbé Faria est initié aux pratiques hypnotiques par un long séjour au pays des fakirs. Il est l’un des premiers expérimentateurs qui firent connaitre en France la méthode d’hypnotisation par suggestion verbale.

Il rejette tout à la fois les théories de Mesmer, c’est-à-dire l’existence d’un fluide, et du Marquis de Puységur, c’est-à-dire l’action de la volonté de l’hypnotiste. Il affirme que le sommeil magnétique dépend non du magnétiseur mais du patient lui-même. Il ouvre ainsi une nouvelle voie à l’hypnose, qu’il appelle « sommeil lucide ».

« L’Abbé Faria, a eu le mérite incontestable d’avoir le premier établi la doctrine de la méthode de l’hypnose par la suggestion, et de l’avoir nettement dégagée des pratiques singulières et inutiles qui cachaient la vérité ».

Docteur Hippolyte BERNHEIM (1850-1919)

Selon l’Abbé Faria : « la cause immédiate du sommeil lucide et du sommeil ordinaire sont de la même nature… Le sommeil lucide a pour cause la concentration de la personne hypnotisée… Pour être hypnotisé par suggestion verbale, il faut du recueillement mental et du calme physique. On ne s’endort pas tant que l’esprit est occupé, soit par agitation du sang, soit par inquiétude, ou par des soucis. » (De la cause du sommeil lucide, p35)

Voici sa façon de procéder pour induire le sommeil lucide (l’état s’hypnose)

Les procédés employés par l’Abbé Faria pour créer le sommeil lucide sont au nombre de trois 

(De la cause du sommeil lucide p151)

a) Sa première méthode est tout à fait différente de celle de tous ses contemporains, à savoir les passes magnétiques. Après avoir choisi des sujets ayant des dispositions nécessaires, il les place commodément sur un siège, puis, leur dit de fermer les yeux de concentrer l’attention et de penser au sommeil. Quand ils sont tranquilles et attendent le commandement, l’Abé Faria dit : « Dormez », et ils tombent en sommeil lucide.

Si la première tentative ne réussit pas, il soumet la personne à une seconde épreuve, et quelques fois même à une troisième, toujours selon le même procédé. Ce procédé est entièrement suggestif et psychique, c’est le sommeil par suggestion. C’est, selon le Docteur Hippolyte BERNHEIM, l’image du sommeil qui est suggéré, qui est insinuée dans le cerveau du patient.

Pour faire cesser le sommeil, l’Abbé Faria employait aussi le commandement ou la suggestion verbale, et le somnambule s’éveillait. Dans certains cas, il usait aussi de « gestes » ou passait la main devant les yeux de la personne qu’il voulait éveiller.

b) Quand les personnes sont réfractaires à son premier procédé, Faria leur montre à quelque distance sa main ouverte et leur commande de le regarder fixement ; il la rapproche graduellement à quelques doigts de distance de leurs yeux, et les patients ferment les yeux et tombent en sommeil lucide.

Ce procédé est semblable à la technique d’hypnose de James Braid, seulement Faria, pour fixer le regard, montre sa main, et Braid son porte-lancette ou un objet brillant quelconque.

Dans ce procédé, l’élément psychique est combiné avec l’élément sensoriel, et il est indifférent que l’on montre la main ou un objet brillant : le pont essentiel est de fixer le regard.

« On ne sait pas de quels moyens se servaient les anciens pour provoquer le sommeil lucide… A regarder la fable du centaure Chiron comme allégorie qui trace ingénieusement la méthode d’endormir, il paraît que tous les procédés se trouvaient à la seule présentation de la main. »

Abbé Faria (De la cause du sommeil lucide p79)

c) Si les deux procédés ne produisent pas les effets désirés : « Je touche légèrement, dit l’Abbé Faria, les personnes aptes au sommet de la tête, aux deux coins du front, au nez sur la descente de l’os frontal, au diaphragme, au cœur, aux deux genoux et aux deux pieds. L’expérience m’a démontré qu’une légère pression de ces parties… provoque toujours une concentration suffisante à l’abstraction des sens… elles ne peuvent se défendre d’éprouver une sensation de frémissement. » (p154).

Nous pouvons constater que l’Abbé Faria ne croyait pas en l’existence d’un fluide magnétique. Pour lui, l’hypnose n’est pas liée à des passes ou à la transmission du fluide d’une personne à l’autre. Pour Faria, les trois procédés, et même les autres (baquet, arbres magnétisés) opèrent seulement par suggestion.

Il demande : « Quelle vertu ont donc les attouchements, la présentation et les frictions, avec lesquels les concentrateurs endorment leurs époptes ? » (p.355). Et répond : « Le sommeil qui se développe dans les époptes à la présentation de la main de leurs concentrateurs, n’est donc aussi qu’un effet de la concentration occasionnelle. »

« A la vue de cette action, les époptes voient ce qu’on exige d’eux et ils se prêtent aussitôt aux moyens d’y satisfaire, et quelquefois même malgré  eux en raison de la force de la conviction intime. » (p356). Et il confirme ses idées par l’observation suivante : « Nous avons placé des époptes sous des arbres en leur disant qu’ils avaient été touchés ou magnétisés, sans qu’ils l’eussent été, et les époptes ont dormi ; et nous les avons placés sous d’autres qui avaient été touchés, sans les avoir prévenus, et ils n’ont pas éprouvé le plus léger symptôme de sommeil. » (p347).

« Nous prouverons qu’il n’y a aucun mode précis et déterminé de produire les effets du sommeil lucide et le soulagement ou même la guérison de maux provenant de toute autre source que d’une action externe, et qu’il faut en tout s’accommoder aux préventions de la personne qui se livre à la concentration, qui est la seule cause immédiate susceptible de provoquer les effets désirés d’après les dispositions requises. »

Abbé Faria – De la cause du sommeil lucide page 122

Témoignage du Général Noizet (1792-1885) – Mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme animal :

« Il y avait auprès de lui une espèce de gouvernante et deux ou trois personnes habituées sur lesquelles il produisait le somnambulisme par le seul fait de son commandement. Puis il s’adressait au public, et choisissait trois, quatre, cinq ou un plus grand nombre de personnes sur lesquelles il essayait d’obtenir des phénomènes analogues. Il les faisait assoir commodément, leur disait de penser au sommeil, de le regarder ; il fixait lui-même de loin ses grands yeux sur eux, leur montrait le revers élevé de sa main, avançait de quelques pas, puis abaissait brusquement le bras devant eux en leur ordonnant avec autorité de dormir. »

« Quelquefois, mais rarement, il marchait vers eux, et, leur appuyant le doigt sur le front, il répétait le commandement : DORMEZ ! Trois fois au moins sur cinq, je l’ai vu réussir ainsi au bout de moins d’une minute. »

Abonnez-vous pour recevoir d’autres articles intéressants sur l’hypnose :

Dominik

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.