Hypnose pour les phobies : Comprendre et traiter les phobies par l’hypnothérapie

La personne qui a peur des araignées sait parfaitement que la petite bête dans la baignoire ne peut rien lui faire. Elle le sait, et son corps ne le sait pas. C’est toute la phobie : une réaction de survie, intacte, déclenchée par quelque chose qui n’est pas un danger, et que la raison ne peut pas éteindre parce qu’elle n’a pas été allumée par la raison. Et c’est pour cela que l’hypnose y réussit si bien : elle parle à l’endroit où la peur a été apprise. Voici ce qu’est une phobie, pourquoi la « déplacer » est une crainte largement dépassée, les outils que nous utilisons, et le script complet d’une séance pour les peurs diffuses ou multiples.

Hypnose pour les phobies

L’hypnose pour les phobies : comprendre et traiter les phobies par l’hypnothérapie

Une peur intense, disproportionnée, et qui organise la vie

Une phobie est une peur intense et disproportionnée d’un objet ou d’une situation, qui entraîne l’évitement. L’évitement est le vrai problème : on ne prend plus l’avion, on renonce au métro, on ne va plus chez le dentiste, et la vie se rétrécit autour de la peur. On distingue les phobies spécifiques (animaux, hauteurs, orages, sang, injections, avion, espaces clos…), la phobie sociale (la peur du regard et du jugement) et l’agoraphobie (la peur des lieux d’où l’on ne pourrait pas s’échapper, souvent liée à des crises de panique). Les origines se combinent : une sensibilité de départ, une expérience marquante (la morsure de chien à six ans), ou un apprentissage par observation (un enfant qui voit sa mère paniquer devant une guêpe apprend, en une fois, que les guêpes sont terribles).

Pourquoi la phobie est une transe

Regardez ce que fait la personne phobique : elle voit l’araignée plus grosse qu’elle n’est (hallucination positive), ne voit plus la sortie ni les gens autour (hallucination négative), son corps se fige (catalepsie), le temps se dilate, et tout cela se déclenche automatiquement, comme une suggestion post-hypnotique posée il y a vingt ans. La phobie est un phénomène hypnotique que la personne produit malgré elle, avec un talent remarquable. Nous ne lui apprenons pas quelque chose de nouveau ; nous lui apprenons à faire la même chose à l’envers. C’est la grille que nous détaillons dans les phénomènes hypnotiques et leur utilisation, et elle change le regard sur le symptôme.

Le déplacement de symptôme : une crainte dépassée

On a longtemps dit que faire disparaître une phobie « par suggestion » ferait surgir un autre symptôme à sa place, la cause restant intacte. C’est une idée héritée d’une époque où l’on traitait la phobie par ordre direct (« vous n’aurez plus peur »). Dans la pratique actuelle, on ne supprime pas la peur : on la désactive en retraitant ce qui la produit, et on respecte sa fonction, ce qu’elle protégeait. Le déplacement est alors très rare, et quand il survient, c’est le signe que la fonction n’a pas été prise en compte, pas une fatalité. Nous vérifions toujours deux choses avant de travailler : la peur protège-t-elle quelque chose d’autre (une phobie de conduire qui évite de rendre visite à un parent…), et la personne a-t-elle envie, vraiment, de ne plus l’avoir. La question paraît absurde ; la réponse ne l’est pas toujours.

Les outils

La désensibilisation progressive : exposer la personne, en transe, à l’objet de sa peur par paliers, d’abord de loin et dissociée (elle se regarde sur un écran), puis de plus près et associée, en revenant au calme entre chaque palier. La réécriture de la réaction automatique : refaire vivre la situation avec une autre réponse, jusqu’à ce que la nouvelle réponse devienne la plus disponible. La régression, quand une expérience fondatrice est identifiée et que la personne souhaite y retourner, pour lui apporter aujourd’hui ce qui a manqué. La visualisation positive et le renforcement des ressources, qui installent, avant toute exposition, un état de sécurité auquel revenir.

Pour une peur précise et récente, le protocole de double dissociation, que nous enseignons en formation et qui dérive du traitement des phobies en PNL, est l’outil le plus efficace que nous connaissions : la personne regarde, depuis une cabine de projection, quelqu’un qui la regarde regarder le film de sa peur, et la peur se décharge sans qu’elle ait à la revivre. Pour les peurs liées à un traumatisme, la méthode RITMO®, dérivée de l’EMDR, retraite la mémoire émotionnelle elle-même. Et pour les peurs diffuses ou multiples, voici le script que nous utilisons.

Le script : se libérer des peurs et des phobies

Ce script travaille par une exploration intérieure (la porte, la pièce des programmes inconscients), une libération symbolique (les images qui se détachent des murs), un ancrage gestuel, et une « redécoration » de l’espace intérieur. L’induction est volontairement courte : poursuivez-la par l’induction standard.

1. Induction et approfondissement

Installez-vous confortablement et fermez les yeux. Prenez une profonde inspiration par le nez, puis expirez lentement par la bouche. À chaque respiration, sentez votre corps se détendre un peu plus… vos épaules qui s’affaissent… vos bras qui deviennent lourds… vos jambes qui se relâchent. Portez votre attention sur votre respiration naturelle. À chaque inspiration, vous vous remplissez de calme. À chaque expiration, vous relâchez les tensions. Imaginez que chaque pensée qui surgit est un nuage qui passe dans le ciel : vous pouvez l’observer, et le laisser s’éloigner sans effort. (Poursuivre par l’induction standard.)

Imaginez un escalier de dix marches descendantes, qui vous mène vers votre monde intérieur, où vous pouvez apporter les changements que vous souhaitez. Dix… vous faites le premier pas… neuf… huit… à chaque marche, un calme plus profond… sept… six… plus paisible, plus serein… cinq… quatre… presque en bas… trois… deux… un… vous atteignez la dernière marche, pleinement détendu, ouvert à cette transformation.

2. La porte et la pièce

En bas de cet escalier, vous vous retrouvez sur un chemin paisible, qui serpente à travers un paysage magnifique. Les couleurs sont vives, l’air est pur, et vous vous sentez parfaitement en sécurité. Ce chemin vous conduit vers un lieu spécial, qui représente votre monde intérieur.

Au bout du chemin, vous apercevez une curieuse porte. Observez-la : sa couleur, sa texture, sa forme. Cette porte est unique, et elle ouvre sur votre espace intérieur le plus profond. Lorsque vous vous sentez prêt, approchez-vous, et ouvrez-la doucement. Vous entrez dans une grande pièce calme, où vous êtes en totale sécurité. Ses murs sont de couleurs apaisantes, peut-être des teintes qui vous réconfortent particulièrement. Cette pièce est l’endroit le plus profond de votre inconscient, là où vous conservez vos souvenirs, vos habitudes et vos programmes.

Dans cet espace serein, prenez un moment pour identifier la peur que vous souhaitez libérer aujourd’hui. Reconnaissez-la sans jugement. Elle a peut-être été un mécanisme de protection, dans le passé. Aujourd’hui, elle n’est plus nécessaire.

« Lorsque vous vous sentez prêt » : c’est la personne qui ouvre la porte, à son rythme. Et « elle a peut-être été un mécanisme de protection » : on honore la fonction de la peur avant de la libérer, ce qui désamorce la résistance de la partie qui la maintient.

3. Les images, la lumière, l’ancrage

En regardant autour de vous, vous remarquez des images accrochées aux murs, qui symbolisent cette ancienne peur : les idées, les émotions, les sensations qui lui sont associées. Imaginez que ces images commencent à se détacher des murs, doucement, une par une. Peut-être les voyez-vous se transformer en feuilles emportées par une brise légère… ou en une douce lumière… Observez-les s’élever, et disparaître, en emportant avec elles ces émotions. Chaque image qui disparaît vous procure un sentiment de légèreté. Votre inconscient déprogramme ces anciennes peurs, et les laisse disparaître.

Alors que l’espace se vide de ces anciennes images, une lumière chaleureuse commence à remplir la pièce. Cette lumière est faite de confiance, de courage et de sérénité. Elle enveloppe tout l’espace, et vous entoure d’une énergie bienveillante. Prenez une profonde inspiration, et laissez cette lumière pénétrer en vous. À chaque respiration, elle se diffuse dans tout votre être.

Créez maintenant un geste simple pour ancrer ce sentiment : toucher légèrement votre cœur, ou joindre votre pouce et votre index. Ce geste devient votre ancrage personnel, que vous pourrez utiliser à tout moment pour retrouver cet état de paix et de confiance.

Les images qui se détachent sont une dissociation : la peur devient quelque chose qu’on regarde, accroché à un mur, et non quelque chose qu’on est. Notez qu’on vide la pièce avant de la remplir : un espace libéré et laissé vide se remplit de n’importe quoi, et c’est le mécanisme du déplacement de symptôme. Ici, la lumière, puis les nouvelles images, occupent la place.

4. Redécorer, se projeter, consolider, revenir

Regardez autour de vous, dans cette pièce lumineuse. Vous pouvez la redécorer à votre guise. Accrochez de nouvelles images sur les murs : des images qui représentent la confiance, la liberté, la joie, tout ce qui vous inspire. Visualisez-les avec autant de détails que possible : des scènes où vous vous voyez libre de toute peur, accomplissant ce qui vous tient à cœur avec aisance et plaisir. Sentez comme ces images résonnent en vous.

Prenez conscience de la force qui grandit en vous. Les situations qui, autrefois, pouvaient déclencher cette peur sont maintenant perçues différemment. Imaginez-vous dans une situation où cette peur aurait pu se manifester, et visualisez-vous en train de la gérer avec aisance. Vous êtes serein, vos pensées sont claires, vous êtes pleinement maître de vous-même.

Votre inconscient continue d’intégrer ces changements. Chaque jour, vous vous sentirez plus libre et plus confiant. Et chaque fois que vous utiliserez votre geste d’ancrage, ou que vous prendrez une profonde respiration, vous renforcerez cette confiance. Ces ressources sont toujours disponibles pour vous.

Il est temps de quitter cet espace intérieur, en sachant que vous pourrez y revenir quand vous le souhaiterez. Reprenez le chemin vers l’escalier. En remontant les marches, vous reprenez conscience de votre corps et de votre environnement. Un… une profonde inspiration, l’énergie circule… deux… bougez doucement vos doigts et vos orteils… trois… étirez-vous, comme au réveil d’un sommeil réparateur… quatre… les sons autour de vous, l’air sur votre peau… cinq… ouvrez les yeux. Vous êtes pleinement éveillé, ici et maintenant, avec un profond sentiment de bien-être et de liberté.

Après la séance

On vérifie. Pas en demandant « ça va mieux ? », mais en faisant évoquer la situation : « Et quand vous pensez à l’ascenseur, maintenant, c’est comment ? » Si l’échelle a baissé mais pas assez, on recommence sur ce qui reste, ou on passe à la double dissociation. Et on prescrit une exposition réelle, petite, dans la semaine : une phobie ne se considère défaite que quand la personne a pris l’ascenseur. Deux à quatre séances suffisent le plus souvent pour une phobie simple ; une phobie installée depuis l’enfance, ou adossée à un traumatisme, demande un travail plus long, et parfois un autre outil.

Les protocoles des phobies, double dissociation comprise, se pratiquent en binôme dans les modules 3 et 4 de la formation de praticien en hypnose ericksonienne. Ce script est fait pour nourrir votre pratique, pas pour être récité : la porte, la pièce et les images seront celles de la personne, et c’est en les laissant venir que la séance prend.

À lire aussi : Traiter l’anxiété en hypnothérapie · Les mémoires traumatiques · Les phénomènes hypnotiques

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