Comment approfondir l’état d’hypnose : techniques d’approfondissement simples et efficaces !
Beaucoup de praticiens se contentent d’une hypnose légère et enchaînent trop vite sur leur protocole, sitôt l’induction terminée. C’est dommage, parce que l’approfondissement est souvent la partie la plus facile de la séance et celle qui change le plus les résultats : une transe plus profonde, c’est une personne plus disponible, des suggestions qui rencontrent moins de filtre, et des phénomènes qui deviennent possibles. Voici quatre techniques simples d’approfondissement, avec les scripts que nous utilisons, une démonstration en vidéo, et une idée qui les relie toutes : on approfondit en s’appuyant sur ce qui est déjà là.
Comment approfondir l’état d’hypnose : les techniques d’approfondissement de la transe

Pourquoi approfondir ?
Erickson le disait : la profondeur nécessaire dépend de la personne, du problème et du moment, et beaucoup de travail se fait très bien en transe légère. Mais il ajoutait que, parfois, la transe profonde est indispensable, et qu’une transe qui « a tous les signes » n’est pas toujours une transe dans laquelle on peut travailler. Approfondir, c’est se donner de la marge : la personne cesse de commenter intérieurement, les suggestions sont acceptées plus simplement, et les phénomènes utiles (analgésie, dissociation, régression partielle) deviennent accessibles. Pour comprendre ce qu’on cherche, lisez hypnose profonde ou simple relaxation.
Trois principes avant les techniques
Quelle que soit la technique, trois ressorts la font fonctionner.
La futurisation. Avant de commencer, on annonce l’état dans lequel la personne sera à la fin du processus, ce qui crée de l’attente : « Je vais compter de cinq à zéro, et quand on sera arrivé à zéro, vous serez complètement et parfaitement détendu. » L’attente fait une bonne part du travail.
La ratification. On nomme ce qui se passe réellement, et on le relie à l’approfondissement. Si, pendant un décompte, la tête commence à tomber vers l’avant : « et au trois, la tête devient de plus en plus lourde au fur et à mesure que vous descendez encore plus profondément… » Un signe observé et nommé fait plus qu’une suggestion de plus, parce que la personne constate que vous parlez de ce qu’elle vit.
La transition. Chaque suggestion s’appuie sur la précédente, pour que le mouvement soit fluide et sans rupture. « Tellement détendu que… », « si apaisé que… » : ces connecteurs transforment une liste de suggestions en une pente continue.
1. L’approfondissement par décompte
Le décompte est une métaphore : il met en relation l’état de transe (premier terme) et une descente chiffrée (second terme). Chaque chiffre devient un palier. Voici un exemple, à lire lentement, en laissant une respiration entre les chiffres :
« Avec le cinq, vous commencez progressivement à détendre tous les muscles de votre corps. Tellement détendus qu’avec le quatre vous pouvez sentir davantage de relaxation, et la détente qui arrive dans vos épaules, une relaxation que vous pouvez sentir, avec le trois, se diffuser tout le long de la colonne vertébrale, dans le dos, dans les jambes. Et avec le deux, elle est descendue jusqu’au bout de vos doigts de pied, de telle sorte qu’avec le un vous pouvez juste vous concentrer sur votre respiration, qui se fait plus lente, plus apaisée, si apaisée qu’avec le zéro vous êtes tout au fond de votre esprit, très, très loin maintenant. »
La construction : chaque chiffre apporte un contenu nouveau (muscles, épaules, colonne, pieds, respiration), chaque transition reprend le précédent (« tellement… que », « de telle sorte que »), et le zéro ouvre sur l’intérieur. On peut compter de dix à zéro pour les personnes qui ont besoin de temps, ou de trois à zéro pour une réinduction.
2. L’approfondissement par l’imagination
Ici, on figure l’intensification de la transe par l’image d’une descente réelle : un escalier, un ascenseur, un escalator, un sentier qui descend vers une plage. L’intérêt est de mobiliser l’imaginaire visuel et kinesthésique en plus de l’auditif, et on peut combiner avec le décompte (décompter les marches, les étages).
« Pour approfondir l’état dans lequel vous commencez à entrer, on va imaginer que vous allez descendre un escalier confortable. On pourrait imaginer qu’on est sur la cinquième marche ; et en descendant sur la quatrième marche, vous descendez d’une marche à l’intérieur de vous-même. Et avec la troisième marche, vous pouvez continuer d’explorer cette relaxation de plus en plus agréable, maintenant qu’avec le deux vos épaules se détendent complètement et naturellement. Tellement détendues qu’en descendant sur la première marche, la tête se fait de plus en plus lourde, et avec le zéro, maintenant que vous êtes tout en bas de l’escalier, vous pouvez simplement vous concentrer sur votre respiration, et sentir maintenant comme elle est plus lente et détendue. »
Un conseil : demandez avant la séance si la personne a une appréhension des escaliers, des ascenseurs ou de la profondeur de l’eau. L’image doit être confortable, sinon elle fait remonter au lieu de descendre. Et laissez-la choisir : « un escalier, ou un chemin, ou ce qui vous vient… » ; là encore, le fait de choisir fait partie de l’approfondissement.
3. L’approfondissement par levier idéomoteur (vidéo)
C’est notre technique préférée, parce qu’elle fait plusieurs choses à la fois. On place un bras à l’horizontale, en catalepsie ; on suggère qu’il devient de plus en plus lourd ; puis on lie sa descente à l’approfondissement de la transe, en annonçant par futurisation que lorsque le bras touchera la jambe, la personne sera parfaitement et complètement détendue. La catalepsie et le mouvement idéomoteur du bras agissent ainsi comme une induction par levier, et la descente du bras, visible, ratifie l’approfondissement à chaque centimètre.
La démonstration ci-dessous montre les sept étapes de cette technique, qui installe au passage un signaling et laisse à l’inconscient le rythme et la décision :
- Obtenir un premier phénomène idéomoteur simple : la catalepsie du bras.
- Induire un mouvement idéomoteur en réponse à une suggestion : la « lévitation » du bras.
- Suggérer une réponse laissant la possibilité d’un choix inconscient : « le bras se déplace, ou à droite, ou à gauche ».
- Demander à l’inconscient de créer dans le bras un mouvement qui signifie OUI.
- Demander à l’inconscient de créer un mouvement qui signifie NON.
- Demander à l’inconscient son accord pour approfondir l’hypnose selon ses besoins thérapeutiques ; la réponse vient par le signal OUI ou NON.
- Suggérer que « l’inconscient approfondisse l’hypnose selon les besoins thérapeutiques et dans le bon rythme pour la personne, au même rythme que le bras descend pour venir se poser sur la jambe ».
Ce qui rend cette séquence si respectueuse, c’est l’étape 6 : on demande la permission. L’inconscient dit oui ou non, et on fait avec. Et l’étape 7 lui confie le rythme : le bras descend à la vitesse que l’inconscient choisit, pas à celle du praticien. On est loin d’un approfondissement « forcé » ; c’est plutôt un approfondissement négocié, dans la lignée de ce qu’Erickson décrit dans lévitation de la main et profondeur de la transe.
4. L’approfondissement par fractionnement
Le fractionnement est la technique classique, et sans doute celle qui va le plus loin. Son principe : chaque fois qu’une personne entre en transe, revient à l’éveil, puis replonge, la transe suivante tend à être plus profonde que la précédente. Erickson décrivait déjà cet entraînement par transes répétées comme la seule façon d’obtenir une transe réellement utilisable, et Dave Elman en a fait le cœur de son induction : fermer les yeux, se détendre, les rouvrir sur demande, les refermer, à plusieurs reprises, avec à chaque cycle une suggestion d’approfondissement.
En pratique, c’est simple. Micro-induction : la personne ferme les yeux, et on lui suggère d’approfondir légèrement, en relâchant encore les épaules ou en portant attention à sa respiration ; une grande inspiration-expiration renforce la focalisation. Micro-réveil : quelques instants plus tard, on l’invite à rouvrir doucement les yeux, « comme si vous reveniez un instant ». Fractionnement : on recommence trois à cinq fois, d’une voix calme et continue. Chaque fermeture des yeux est vécue comme une plongée plus rapide et plus profonde, et le va-et-vient des paupières agit comme un balancier.
Pourquoi ça marche si bien ? Parce que chaque réveil prouve à la personne qu’elle garde le contrôle, ce qui lui permet de lâcher davantage à la plongée suivante ; et parce que la répétition apprend au corps le chemin. C’est le principe de la suggestion post-hypnotique de réinduction (« chaque fois que vous fermerez les yeux pour cela, vous retrouverez cet état plus vite ») appliqué à l’intérieur d’une même séance.
Laquelle choisir ?
Le décompte convient à presque tout le monde et s’intègre partout. L’imagination convient aux personnes visuelles et à celles qui aiment être guidées dans un paysage. Le levier idéomoteur convient aux personnes qui ont besoin de preuves (le bras qui descend tout seul en est une) et il prépare le travail en profondeur. Le fractionnement convient aux personnes qui ont peur de perdre le contrôle, et à toutes les fois où on veut aller vraiment loin. En pratique, on les combine, un fractionnement pour installer, puis un décompte, et un levier quand on veut une vérification visible. Et dans tous les cas, on observe plus qu’on ne parle ; c’est la personne qui approfondit, pas nous.
Pour apprendre à travailler avec la transe profonde et l’ensemble de ses phénomènes, Antoine Garnier anime pour nous la formation Hypnose profonde, ouverte aux praticiens certifiés.
À lire aussi : Hypnose profonde ou simple relaxation : neuf différences · L’hypnose profonde et son induction (Erickson) · L’induction d’Elman et le fractionnement · La technique du Swan
Sources. Erickson, M. H. (1980), The Collected Papers on Hypnosis, vol. I et IV, Irvington ; Elman, D. (1964), Hypnotherapy, Westwood Publishing ; Hammond, D. C. (dir.) (1990), Handbook of Hypnotic Suggestions and Metaphors, Norton ; Vogt, O. (1896), « Zur Kenntniss des Wesens und der psychologischen Bedeutung des Hypnotismus », Zeitschrift für Hypnotismus (première description du fractionnement).
Approfondir avec Antoine Garnier, à Pau en janvier
Un cycle de perfectionnement du 25 au 29 janvier 2027 : l’hypnose non verbale et le signaling (25 et 26 janvier, 390 €), l’hypnose profonde et la suggestion post-hypnotique (27 et 28 janvier, 390 €), puis une démonstration décryptée devant le groupe (29 janvier, 190 €). Trois formations à suivre séparément ou ensemble, 18 places.
Pratiquer, et pas seulement lire
L’hypnose s’apprend en la pratiquant. Pendant notre stage d’hypnose rapide et d’autohypnose, vous travaillez en binôme, sous le regard de deux formateurs : à Pau ou en visio du 15 au 17 mars 2027, à Bayonne du 20 au 22 septembre 2027. 600 €, entièrement déduits si vous poursuivez le cursus de praticien en hypnose.
Recevez les prochains articles et scripts dès leur parution :

Merci pour cet excellent article, très bonnes techniques