Les sous-modalités de la PNL : une technique incontournable pour transformer une émotion ou supprimer une douleur

« J’ai une boule dans la gorge. » « Un poids sur les épaules. » « Un nœud à l’estomac. » Les gens réifient leurs émotions sans le savoir, tous les jours, et ils nous donnent ainsi, dans leurs mots, l’outil pour les aider. Une émotion, on ne peut pas grand-chose dessus ; une boule, on peut la rendre plus petite. Cet article explique la réification, transformer une expérience subjective en objet, et les sous-modalités, ces qualités fines de l’image mentale que la PNL a cataloguées et qui sont les commandes de l’objet. Avec deux protocoles, pour l’émotion et pour la douleur, et l’exercice que nous faisons en formation, qui laisse en général les stagiaires un peu stupéfaits.

Les sous-modalités de la PNL pour transformer une émotion ou une douleur

Les sous-modalités de la PNL : transformer une émotion ou faire disparaître une douleur

La réification : donner une forme

Réifier, c’est transformer une expérience subjective, une émotion, une douleur, en un objet concret ou une image tangible. Cela rend l’expérience accessible et manipulable, et cela crée une distance : « je suis anxieux » est une identité, « il y a une boule rouge dans ma poitrine » est un objet, et on peut faire quelque chose d’un objet. C’est le même mouvement que Janet faisait avec le « diable » d’Achille : donner une forme à ce qui n’en a pas, pour pouvoir entrer en relation avec. Pour la douleur, la réification fonctionne encore mieux, parce que la douleur a déjà, pour la personne, une taille, une matière, un bord ; il suffit de les faire dire, et une douleur « partout et nulle part » devient un objet localisé, délimité, sur lequel on a prise.

Les sous-modalités : les commandes

Une fois l’objet là, ce qu’on manipule, ce sont ses qualités fines, que la PNL appelle sous-modalités. En voici l’essentiel :

VisuelAuditifKinesthésique
Couleur / noir et blancVolume fort / faibleChaud / froid
Grand / petitLoin / prèsLourd / léger
Proche / lointainGrave / aiguFort / diffus
Net / flouLent / rapideRugueux / doux
Lumineux / sombreContinu / saccadéTension / détente
Fixe / animéHarmonieux / discordantLocalisation, mouvement
Associé / dissociéDirectionRythme (respiration, cœur)

La règle d’or : on ne décide pas à la place de la personne ce qui apaise. Pour l’un, c’est le bleu ; pour l’autre, le bleu est la couleur de l’hôpital. On demande : « Et si elle changeait de couleur, laquelle serait plus apaisante pour vous ? »

Protocole 1 : réifier et transformer une émotion

1. Identifier. Quelle émotion, et où dans le corps.

2. Visualiser. « Fermez les yeux et imaginez cette émotion comme un objet. Quelle forme prend-elle ? Et plus précisément, quelle image vous vient ? » Couleur, taille, texture, température, poids, mouvement. On prend les mots de la personne, tous.

3. Manipuler. « Imaginez que vous pouvez toucher cet objet. Que se passe-t-il si vous le réduisez en taille ? » « Pouvez-vous changer sa couleur en quelque chose de plus apaisant ? » « Et si vous l’éloigniez un peu ? » Une modification à la fois, en vérifiant l’effet.

4. Transformer. « Voyez cette boule devenir plus petite, changer de couleur… » « Imaginez qu’elle se dissout complètement, laissant une sensation de calme à la place. » Ou qu’elle s’envole, devient autre chose, trouve une place où elle ne gêne plus.

5. Vérifier. « Et maintenant, quand vous pensez à la situation, c’est comment ? » Échelle si besoin.

6. Suggestion post-hypnotique, réveil, pont vers le futur.

Un exemple, avec une personne anxieuse avant de parler en public : « Fermez les yeux et visualisez votre anxiété comme un objet…
Une boule de lumière rouge, dans la gorge, qui vibre.
Imaginez que vous pouvez la toucher, et la rendre un peu plus petite… voilà… et sa couleur, si elle pouvait changer vers quelque chose de plus apaisant ?
Bleu.
Voyez-la devenir bleue, et plus calme… et cette vibration ?
Elle ralentit.
Et laissez-la descendre un peu, vers la poitrine, où elle peut se poser… et peut-être même se dissoudre complètement, en laissant à la place…
Du calme.
Du calme. »

Protocole 2 : réifier et transformer une douleur

Même logique, avec le cadre que nous rappelons dans les stratégies de contrôle de la douleur : jamais sans évaluation médicale préalable.

1. Identifier. L’endroit, et une échelle de 0 à 10.

2. Visualiser. « Imaginez cette douleur comme un objet solide… par exemple comme une pierre… ou autre chose… Quelle est sa taille ? Sa forme ? Sa texture ? Sa couleur ? Sa température ? Son poids ? » S’il vient « une boule de feu », « un étau », « une lame », on le prend.

3. Manipuler. « Imaginez que vous pouvez toucher cette pierre… Que se passe-t-il si elle devient un peu plus petite… et plus légère ? » « Pouvez-vous changer sa texture, pour qu’elle soit plus douce, plus lisse ? » « Et sa température ? » Une sous-modalité à la fois, échelle entre deux.

4. Transformer. « Voyez cette pierre se transformer… en sable fin… qui s’envole avec le vent… » L’étau peut se desserrer et tomber, la lame s’émousser et fondre, la boule de feu devenir une braise, puis une tiédeur. On laisse la personne proposer : « Et qu’est-ce qu’elle pourrait devenir, cette pierre ? »

5. Installer le confort. « Et à la place, maintenant… qu’est-ce qu’il y a ? » On fait décrire le confort avec la même précision que la douleur. Échelle.

6. Suggestion post-hypnotique et réveil : « Et chaque fois que cette sensation reviendra, vous saurez lui donner sa forme… et la transformer… »

Avec une personne souffrant du dos : « Imaginez votre douleur comme une pierre…
Une pierre lourde, rugueuse, grise, coincée entre deux vertèbres.
Voyez cette pierre… et laissez-la devenir un peu plus petite… voilà… et plus légère… et sa surface, si elle devenait plus lisse ?
Comme un galet.
Un galet… et ce galet peut se transformer… en sable fin… et le sable s’envole… avec le vent… Et à la place ?
De l’espace. C’est léger.
Ressentez comme votre dos devient léger… » Pour la douleur chronique, c’est aussi un moyen de redonner du contrôle : la personne qui a modifié la taille et la couleur de « sa pierre » sait, désormais, qu’elle peut agir dessus.

L’exercice de formation

Celui-ci se fait en binôme, sur une douleur réelle mais bénigne, et il apprend à sentir ce que ses suggestions font.

Le sujet se pince la peau du bras ou presse un ongle, à une intensité de 5 à 6 sur 10, sans jamais marquer la peau, et maintient la stimulation jusqu’à la fin ; il reste libre d’arrêter à tout moment. Le praticien annonce, sans hésiter : « Je sais que c’est douloureux, et je vais faire quelque chose pour faire partir cette douleur maintenant. » Il passe en revue chaque sous-modalité de la douleur, de façon assertive : « C’est chaud ou froid ? Pointu ou diffus ? Ça bat ou c’est continu ? Grand comment ? Quelle couleur, si elle en avait une ? » Puis il inverse : « Maintenant, pour faire disparaître cette douleur, j’aimerais que tu penses à cette douleur et que tu la transformes de la manière suivante… », et il fait imaginer la douleur avec les sous-modalités inverses, froide si elle était chaude, diffuse si elle était pointue, petite, lointaine, bleue, lentement, en interrogeant l’échelle. Il termine par : « Et ton inconscient va maintenant faire le nécessaire pour réparer les tissus, et laisser cette zone retrouver tout son confort. »

L’exercice marche remarquablement bien : chez la plupart des participants, la douleur baisse nettement alors même que la stimulation est maintenue. C’est une démonstration dont on se souvient, et c’est en général le moment où les stagiaires cessent de se demander si « ça marche ». On note ensuite ce qui a fait baisser l’échelle le plus vite ; c’est différent pour chacun, et c’est la leçon.

En conversation, sans transe

La réification n’a pas besoin de transe formelle. En plein entretien : « Et cette boule au ventre, elle est comment ? Grosse comment ? Et si elle était un peu plus petite, ce serait comment ? » Les gens ont déjà fait la moitié du travail en vous donnant l’image ; il suffit de les prendre au mot.

La réification et les sous-modalités sont enseignées dans les modules 3 et 4 de la formation de praticien en hypnose ericksonienne, et leurs usages en PNL (changement de croyance, swish, travail sur les représentations) dans la formation en PNL.

À lire aussi : Anxiété : le script de la rivière et des roches · Le gant hypnotique · Écrire un conte métaphorique (la réification dans le récit)

Sources. Bandler, R. (1985), Using Your Brain for a Change, Real People Press ; trad. fr. Un cerveau pour changer, InterÉditions ; Andreas, S. et Andreas, C. (1987), Change Your Mind and Keep the Change, Real People Press ; Hammond, D. C. (dir.) (1990), Handbook of Hypnotic Suggestions and Metaphors, Norton.

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