Comment écrire un conte métaphorique hypnotique pour vos séances d’hypnose ?

Un conte métaphorique n’est pas une jolie décoration en fin de séance. C’est une intervention thérapeutique complète, qui permet de travailler sur un problème sans le nommer, de proposer une solution sans la conseiller, et de laisser l’inconscient faire le lien à sa façon. Erickson en racontait sans cesse. Et contrairement à ce que croient beaucoup de praticiens (nous l’entendons à chaque atelier), il n’y a pas besoin d’être écrivain pour en écrire : il faut une méthode, trois questions à poser avant, une structure en cinq temps, et quelques images bien choisies. Les voici, avec un exemple complet, utilisable en séance tel quel.

Comment écrire un conte métaphorique pour vos séances d’hypnose ?

Écrire un conte métaphorique hypnotique

Sommaire

Pourquoi la métaphore agit

Trois raisons, que vous connaissez déjà sans les avoir formulées.

Elle contourne la résistance. Le conscient entend une histoire ; il ne se sent ni visé ni jugé, et il n’a donc rien à défendre. Pendant ce temps, l’inconscient reconnaît la structure du problème et s’approprie la solution.

Elle rend concret ce qui ne l’est pas. Une émotion envahissante est partout et nulle part. Transformée en carton dans un grenier, en caillou dans une chaussure, en brouillard sur une route, elle devient un objet : on peut la regarder, la prendre en main, la ranger ou la laisser partir. On appelle cela la réification ; nous appliquons la même logique à la douleur.

Elle parle la langue de l’inconscient. Images, personnages, actions, émotions : c’est le matériau des rêves, des contes de l’enfance et des mythes. Un enfant n’a besoin de rien d’autre, et un adulte non plus, d’ailleurs, même s’il met parfois quelques minutes à s’en souvenir.

Avant d’écrire : trois questions

Un bon conte se construit à partir de ce que la personne vous a dit. Avant de prendre la plume, assurez-vous d’avoir trois réponses claires :

  1. L’état présent. Comment vit-elle le problème ? Avec quels mots, quelles images, quelles sensations ?
  2. L’état désiré. Que veut-elle à la place ? Là encore, dans ses mots.
  3. Ce qu’elle a déjà essayé. Ce qui n’a pas marché est une mine : vous allez le faire échouer aussi dans l’histoire, et la personne se reconnaîtra.

Et notez ses expressions. « J’ai la tête encombrée », « un poids sur les épaules », « je tourne en rond », « je suis au bord du gouffre » : chacune contient déjà la métaphore qu’elle attend, et celle que la personne vous a donnée sans le savoir marchera presque toujours mieux que celle que vous auriez inventée.

La structure en cinq temps

La plupart des contes, et beaucoup de bonnes séances, suivent la même courbe. C’est le schéma narratif classique, celui qu’on enseigne aux enfants pour écrire une rédaction, et que Stephen Gilligan, élève d’Erickson, a montré qu’on pouvait mettre au service de la transe : chaque temps du récit correspond à un temps du changement.

1. La situation initiale. Présentez le personnage, son univers, et glissez-y dès maintenant les éléments qui serviront plus tard : une clé, un compagnon, un don particulier. Racontez au présent, pour que la personne s’y projette. Quatre questions suffisent. Qui ? Le héros est une métaphore du client : un animal, un roi, un voyageur, un arbre, un capitaine. Quoi ? Sa situation de départ, et les objets ou pouvoirs qui serviront plus tard. Où ? Un lieu qui correspond au moment juste avant que le problème n’apparaisse. Quand ? Au présent, toujours.

2. L’élément perturbateur. Transformez le problème en un événement qui rompt l’équilibre du personnage : il perd sa boussole en mer, un brouillard envahit sa vallée, une porte se ferme. Demandez-vous comment cette perturbation le touche physiquement et psychologiquement, parce que c’est là que la personne va se reconnaître.

3. Les péripéties. Le personnage tente de retrouver l’équilibre. Faites-lui essayer ce que le client a déjà essayé, et faites-le échouer de la même façon. Puis introduisez de petits obstacles, des rencontres, des découvertes. Chaque action doit servir l’état désiré. C’est ici que la tension monte et que l’émotion s’engage.

4. La résolution. Le nœud se dénoue. C’est le sommet émotionnel du récit. Attention : le héros n’atteint pas nécessairement un succès total et définitif. Il trouve une nouvelle façon de faire, une ressource, un allié. C’est souvent plus crédible, et donc plus efficace, qu’un happy end.

5. La situation finale. Brève. Le personnage dans son nouvel équilibre, ouvert vers l’avenir. Deux ou trois phrases suffisent. On ne commente pas, on n’explique pas la morale : ce serait réveiller le conscient.

Temps du conteCe qu’il fait vivreCe que vous y mettez
Situation initialeLe rapport, l’identificationUn personnage qui ressemble à la personne, un décor tiré de ses ressources, les objets qui serviront
Élément perturbateurLe problème, reconnu sans être nomméLe symptôme traduit en événement, avec ses effets sur le corps et l’esprit du héros
PéripétiesCe qui a déjà été essayé, et l’émotion qui monteLes tentatives qui échouent, puis une rencontre, une découverte, un allié
RésolutionLe nouvel apprentissageLa ressource trouvée, la nouvelle façon de faire, le sommet émotionnel
Situation finaleLe pont vers le futurLe héros dans son nouvel équilibre, deux phrases, l’avenir ouvert

Une règle de longueur : un bon conte de séance tient en six à dix minutes de lecture lente. Au-delà, l’attention décroche ; en deçà, l’émotion n’a pas le temps de monter.

Un fil d’exemple : le capitaine et la boussole

Pour voir les cinq temps à l’œuvre, prenons une personne qui dit « je ne sais plus où je vais, j’ai perdu mes repères », et qui a déjà essayé de « se forcer à décider » et de « demander conseil à tout le monde ».

  1. Situation initiale. Un capitaine navigue depuis des années ; il connaît sa mer, son bateau, et il a, dans sa cabine, une vieille boussole héritée de son père. (La boussole est l’objet qui servira.)
  2. Élément perturbateur. Une nuit de tempête, la boussole passe par-dessus bord. Au matin, le ciel est couvert, aucune côte en vue. Le capitaine sent sa gorge se serrer, ses mains deviennent moites. (Le problème, et ses effets dans le corps.)
  3. Péripéties. Il force sur la barre dans une direction, au hasard, et s’épuise. (Se forcer à décider.) Il croise un bateau pirate dont l’équipage lui crie dix directions différentes, et il s’y perd davantage. (Demander conseil à tout le monde.) Puis, une nuit, il cesse de lutter et regarde les étoiles.
  4. Résolution. Un dauphin surgit à la proue et nage dans une direction constante ; le capitaine remarque que les étoiles, elles aussi, indiquent toujours le même nord. Il n’a plus besoin de la boussole : il l’avait en lui.
  5. Situation finale. Il entre dans un port qu’il ne connaissait pas, et qui lui convient. Il sait qu’il pourra repartir, et retrouver le nord par n’importe quelle nuit.

Une banque d’images pour démarrer

Quand l’inspiration manque, piochez. Voici des correspondances qui ont fait leurs preuves ; adaptez-les aux mots de la personne.

Ce que vit la personnePersonnage possibleÉlément perturbateurRessource / résolution
Anxiété, anticipation permanenteUn veilleur sur une tour, un oiseau qui ne se pose jamaisUne alarme qui sonne sans raison, un vent qui ne tombe pasApprendre à lire le vrai danger ; une branche solide où se poser
Tête encombrée, surchargeLe propriétaire d’une maison, un bibliothécaireUn grenier qui déborde, des rayons où rien ne se trouveTrois boîtes : garder, transformer, laisser partir
Poids, culpabilitéUn randonneur, un porteurUn sac à dos qui s’alourdit de pierres qu’on n’a pas choisiesS’asseoir, ouvrir le sac, poser ce qui n’est pas à soi
Manque de confianceUn jeune arbre, un apprenti musicienUn vent qui plie, une salle qui intimideLes racines qu’on avait oubliées ; la note juste trouvée en fermant les yeux
Perte de directionUn capitaine, un voyageurLa boussole perdue, le brouillardLes étoiles, un compagnon, un chemin qui se dessine pas à pas
Colère, tensionUn volcan, un chien de gardeUne pression qui monte, un intrus imaginaireUne vallée fertile sur les flancs ; apprendre qui est vraiment un intrus
Habitude dont on veut se défaireUn marcheur sur un sentier tracéLe sentier qui mène toujours au même maraisUn nouveau sentier, difficile les premiers jours, puis plus large que l’ancien
Deuil, séparationUn jardinierUn arbre abattu par l’orageLes graines qu’il avait données ; un jeune arbre, différent, qui pousse

La langue du conte

Tout le Milton Modèle s’y applique. Trois rappels. Saupoudrez : les mots-ressources (calme, force, confiance, légèreté) glissés dans la description, marqués par un léger changement de voix. Restez artistiquement vague : « le voyageur trouve, au fond de sa besace, exactement ce dont il a besoin », et chacun y met ce qu’il veut. Parlez au rythme de la transe : lentement, avec des silences, au présent ; le conte se raconte comme une induction. Et une règle à laquelle nous tenons : ne dites pas « cette histoire, c’est vous ». Si vous avez bien travaillé, la personne le sait, et le lui dire lui retire le plaisir, et une bonne part de l’efficacité, de l’avoir trouvé elle-même.

Un exemple complet : le nettoyage de printemps

Voici un script que nous utilisons en formation. Il repose sur la métaphore de la maison intérieure, et sur un tri en trois boîtes qui respecte entièrement la personne : rien ne lui est imposé, c’est elle qui décide ce qui compte encore, ce qui peut évoluer, et ce dont elle n’a plus besoin. Lisez-le comme un point de départ, pas comme une partition.

1. L’induction

Installez-vous confortablement et fermez les yeux. Prenez une profonde inspiration… et en expirant, laissez les tensions quitter votre corps. Sentez vos épaules se relâcher… vos bras devenir lourds… vos jambes s’apaiser. À chaque respiration, vous plongez un peu plus profondément dans un état de calme. Imaginez que chaque souffle emporte avec lui ce dont vous n’avez plus besoin… (pause) laissant place à un espace plus léger, plus clair. Vous êtes enveloppé d’une sensation de confort et de sécurité, prêt à explorer votre monde intérieur. Prenez un moment pour savourer ce calme… (pause)

Poursuivez par votre induction habituelle si nécessaire, puis approfondissez.

2. L’approfondissement

Devant vous se trouve un escalier de dix marches, qui descend vers un lieu de calme, un espace où vous pouvez explorer librement et créer les changements que vous désirez. Commencez à descendre, lentement, à votre rythme. À chaque marche, votre corps et votre esprit deviennent encore plus détendus, plus légers… Dix… le monde extérieur s’éloigne doucement… Neuf… votre respiration devient plus calme, plus régulière… Huit… une sérénité profonde s’installe… (pause) Et vous continuez ainsi, marche après marche, jusqu’à un… en prenant tout le temps nécessaire pour ressentir cette tranquillité.

3. La maison intérieure

Voyez maintenant une maison devant vous. Prenez un instant pour observer ses contours… Peut-être est-ce une maison que vous connaissez, ou peut-être se forme-t-elle peu à peu dans votre esprit. (pause) C’est une maison particulière : votre maison intérieure, un reflet de vous-même. Approchez-vous et observez ses détails… sa taille… ses couleurs… son état. (pause) Quand vous poussez la porte, elle s’ouvre facilement, comme pour vous accueillir. Entrez, et prenez le temps de parcourir les pièces, sans précipitation… (pause)

4. Le grenier et le tri

Vous découvrez un escalier qui monte vers le grenier. Vous sentez qu’il est temps d’explorer cet espace, rempli d’objets liés à votre vie intérieure. Montez les marches avec une curiosité tranquille. (pause) En entrant dans le grenier, observez ce qui s’y trouve. Peut-être de vieux meubles… des piles de cartons… des souvenirs dispersés ici et là. Certains objets vous semblent familiers, d’autres inconnus… et certains, peut-être, un peu encombrants. (pause)

Devant vous, trois boîtes vous attendent. Une boîte pour ce que vous voulez garder : ce qui vous est encore utile, ou vous apporte de la joie… Une boîte pour ce que vous voulez transformer, pour le rendre plus juste ou plus léger… Et une boîte pour ce que vous choisissez de laisser partir : tout ce qui ne vous sert plus. Prenez le temps de trier, en douceur, à votre rythme. Peut-être gardez-vous certains souvenirs… transformez-vous certaines pensées… laissez-vous partir des émotions devenues inutiles… (longue pause) Et remarquez comme ce tri est libérateur.

Quand la boîte de ce que vous laissez partir est pleine, descendez-la doucement au coin de la rue. Un camion vient la chercher et l’emporte, loin de vous. (pause) Ces choses ne vous appartiennent plus.

5. Le grenier transformé et le trésor

Vous remontez dans le grenier, et vous découvrez un espace transformé : clair, ordonné, apaisant. Prenez plaisir à ranger avec soin ce que vous avez choisi de garder. (pause) Dans un coin de la pièce, vous remarquez un coffre. Il semble vous appeler. En l’ouvrant, vous découvrez un trésor : une ressource précieuse. Peut-être une force intérieure… une sérénité… une confiance retrouvée… (pause) Ressentez la valeur de ce trésor, et laissez-le s’intégrer pleinement en vous. (pause)

6. L’ancrage et le réveil

Avant de quitter le grenier, contemplez cet espace ordonné et paisible, et ressentez l’harmonie qu’il reflète en vous. Vous pourrez revenir ici chaque fois que vous en ressentirez le besoin. (pause) Votre maison intérieure est un lieu de clarté, d’équilibre et de sérénité. Emportez ce sentiment avec vous, en sachant que ce trésor vous accompagne. Il est maintenant temps de revenir doucement. Prenez conscience de votre respiration, de votre corps, et commencez à bouger doucement les doigts et les orteils. Je vais compter de un à cinq, et vous remontez l’escalier en emportant ce trésor, cette légèreté et ce renouveau. Un… deux… vous revenez peu à peu… trois… vous sentez votre corps… quatre… vous vous sentez bien, plein d’énergie… cinq… ouvrez les yeux, pleinement réveillé.

Si vous le reprenez avec la grille des cinq temps, vous les retrouverez tous. Situation initiale : la maison, accueillante. Élément perturbateur : le grenier encombré. Péripéties : le tri, boîte après boîte. Résolution : le camion emporte ce qui ne sert plus, et le coffre révèle la ressource. Situation finale : le grenier clair, et la promesse d’y revenir. Ni le problème ni la solution n’ont été nommés, et pourtant la personne a fait son tri, en pratique assez précisément.

Adapter le conte à la personne

  • Partez de ses mots. « J’ai la tête encombrée », « j’ai besoin de faire le vide » : le grenier s’impose. « Un poids sur les épaules » : ce sera plutôt un sac à dos que l’on vide.
  • Laissez-la décrire. Plutôt que d’imposer des cartons, demandez : « Qu’est-ce que vous voyez, dans ce grenier ? » Ses images auront toujours plus de force que les vôtres. C’est le principe de la co-construction métaphorique, que nous développons avec les enfants.
  • Respectez ses choix. Certains ne veulent rien jeter, d’autres veulent tout vider. Les trois boîtes laissent chacun trouver son équilibre.
  • Reliez le trésor à l’objectif. La ressource du coffre doit être celle que la personne est venue chercher.

Les erreurs qui tuent un conte

Expliquer la morale à la fin (« vous voyez, le capitaine, c’est vous ») ; faire réussir le héros trop vite, sans qu’il ait d’abord échoué comme la personne a échoué ; choisir une image que la personne déteste (la plage pour quelqu’un qui a peur de l’eau : posez la question avant) ; raconter au passé, ce qui met la personne en spectatrice ; parler trop vite, sans silences ; et, la plus fréquente, écrire un conte générique qu’on ressort à tout le monde. Un conte se construit pour quelqu’un, à partir de ses mots, et quand il est construit avec lui, phrase après phrase, en lui demandant ce qu’il voit, il est difficile de faire mieux.

Un dernier conseil : écrivez votre premier conte pour un partenaire d’entraînement, sur un problème simple (une appréhension avant une réunion, une hésitation à se lancer). Posez les trois questions, écrivez une page en cinq temps avec un personnage non humain, lisez-la-lui en transe légère, lentement, puis demandez-lui, sans rien expliquer, ce qu’il a retenu.

Où aller ensuite

Le conte métaphorique a son chapitre dans notre manuel Apprendre l’hypnose thérapeutique (à paraître), et il est écrit en atelier au deuxième module de notre formation de praticien en hypnose ericksonienne. Pour les enfants, nous allons plus loin avec la co-construction et les Cartes Narratives, dans notre formation Hypnose et enfants.

À lire aussi :

Références. Gilligan, S. (1987), Therapeutic Trances, Brunner/Mazel ; Rosen, S. (dir.) (1982), Ma voix t’accompagnera. Milton Erickson raconte, Hommes et Groupes ; Lankton, S. et Lankton, C. (1983), The Answer Within, Brunner/Mazel ; Hammond, D. C. (dir.) (1990), Handbook of Hypnotic Suggestions and Metaphors, Norton ; Malarewicz, J.-A. (1992), Cours d’hypnose clinique, ESF.

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