Technique d’hypnose médicale pour la gestion de la douleur : Gant Hypnotique et Anesthésie

Tout le monde a déjà eu une main engourdie : dormi dessus, gelée en hiver, anesthésiée chez le dentiste. Le gant hypnotique ne fait rien d’autre que réveiller ce souvenir-là. On installe une insensibilité dans une main, on la vérifie, puis on pose la main sur l’endroit qui fait mal, et l’insensibilité se transporte, comme une compresse. C’est la technique d’anesthésie la plus connue, la plus simple à apprendre, et celle que nos stagiaires réussissent le plus vite, parce que la main est la partie du corps la plus richement représentée dans le cerveau et la plus facile à dissocier. Voici le protocole en six temps, avec les mots que nous disons, et les précautions sans lesquelles il ne faut pas l’utiliser.

Le gant hypnotique : technique d'anesthésie en hypnose

Le gant hypnotique : technique d’hypnose pour la gestion de la douleur

À quoi il sert

Aux douleurs aiguës et aux soins (une injection, un pansement, une extraction), aux douleurs chroniques localisées (un genou, une épaule, une cicatrice), et, une fois appris, à l’autonomie : la personne refait le gant seule, chez elle, en autohypnose. Beaucoup réduisent ainsi leur recours aux antalgiques, mais toute modification d’un traitement se discute avec le médecin. Le gant soulage ; il ne soigne pas la cause, et il ne s’utilise qu’après évaluation médicale de la douleur, dans le cadre que nous rappelons dans les stratégies de contrôle de la douleur selon Erickson.

Le protocole

1. Induire. Une induction standard ou une induction par la main conviennent parfaitement, puisque la main est déjà au centre de l’attention. On cherche un état réceptif, pas forcément profond.

2. Le gant imaginaire.

« Et portez maintenant votre attention sur votre main droite… Imaginez qu’un gant se glisse sur cette main… un gant particulier… peut-être un gant épais… ou un gant frais… ou chaud… ou un gant magique… Un gant qui a le pouvoir de rendre cette main insensible… Sentez-le se glisser sur chaque doigt… sur la paume… sur le dos de la main… »

On fait choisir et décrire : la température, la matière, l’épaisseur, la couleur. Un gant choisi et décrit par la personne est toujours plus efficace qu’un gant proposé par le praticien. Se concentrer sur la température ou la texture renforce nettement l’effet, parce que ce sont des sensations que la main connaît.

3. Approfondir l’anesthésie, et la tester.

« Et à chaque respiration… à chaque mot… cette main devient plus engourdie… comme endormie… comme quand on a dormi dessus… de plus en plus épaisse… de plus en plus lointaine… jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une masse de bois, ou de coton… »

Puis on teste : un léger pincement, une pression de l’ongle. « Et vous pouvez remarquer comme cette main ne sent plus qu’une pression lointaine… ou rien du tout… » Si besoin, on compare avec l’autre main : la différence ratifie l’anesthésie mieux que n’importe quelle suggestion.

4. Le transfert.

« Et maintenant, cette main peut se déplacer, lentement, toute seule ou avec mon aide… jusqu’à venir se poser sur [la zone]… Et dès qu’elle la touche, l’insensibilité du gant commence à se diffuser… comme une fraîcheur, comme un engourdissement qui s’étend… à travers la peau… en profondeur… dans toute la zone… »

On fait visualiser la diffusion, et on laisse du temps. C’est le moment où l’on parle le moins.

5. L’ancrage.

« Et à chaque respiration, cette zone devient plus confortable… et ce confort reste… et vous pourrez le retrouver en posant simplement cette main… »

Si une douleur était mesurée au départ, on reprend l’échelle.

6. Le retour, et apprendre à refaire seul.

« Et ce confort continue après le réveil… aussi longtemps que nécessaire… tandis que votre main, elle, retrouve toute sa sensibilité normale. »

On ramène la personne, puis on lui enseigne la version autohypnose : respirer, imaginer le gant, poser la main. Un enregistrement de la séance sert de support les premières fois.

Les précautions

La main retrouve sa sensibilité, toujours. On le vérifie avant que la personne reparte : « Et bougez cette main… sentez-la… elle est de nouveau tout à fait normale. » Une main qui reste engourdie en sortant du cabinet est une faute de praticien.

Le cadre médical. Jamais de travail sur une douleur non évaluée. Le gant ne doit pas masquer un signal qui doit être entendu ; c’est pourquoi on suggère un confort « aussi longtemps que nécessaire » plutôt qu’une anesthésie permanente : la douleur reste un signal, et doit pouvoir réapparaître si quelque chose change.

En autohypnose. La personne gagne en autonomie, et c’est le but ; mais on lui dit clairement que le gant ne remplace ni la consultation ni le traitement, et que tout ajustement d’antalgiques passe par son médecin.

Le gant est le premier protocole de douleur que nous enseignons, dans les modules 3 et 4 de la formation de praticien en hypnose ericksonienne, parce qu’il apprend en une séance ce qu’est une ratification (le test), un transfert et un ancrage. Les techniques d’approfondissement qui rendent l’anesthésie plus profonde, et les suggestions post-hypnotiques qui la prolongent, font partie de la formation Hypnose profonde.

À lire aussi : Les stratégies de contrôle de la douleur selon Erickson · Réifier et transformer une douleur avec les sous-modalités · Approfondir l’état d’hypnose

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2 commentaires

    1. Avec plaisir 🙏 n’hésitez pas partager votre expérience avec cette technique d’hypno-analgésie en commentaire.

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