Protocole complet d’une séance d’hypnose thérapeutique

Quand on débute, on a surtout peur du vide : que dire après l’induction, quand passer au travail, comment réveiller sans bâcler. Une trame enlève cette peur. Celle-ci est le protocole que nos stagiaires emportent en sortant de formation, et que beaucoup gardent longtemps sur un coin de bureau. Sept temps, les phrases que nous disons réellement, et à chaque étape l’article qui développe. Elle convient à la plupart des demandes (anxiété, phobies, habitudes, troubles du sommeil, préparation à un examen…) ; ce qui change d’une personne à l’autre, c’est l’objectif et la phase de travail, jamais la structure.

Séance d'hypnose thérapeutique : protocole complet

Protocole complet d’une séance d’hypnose thérapeutique

1. L’alliance et le cadre

On accueille, on s’assied, et avant toute chose on s’assure que la personne est à l’aise. Puis on dit, en deux ou trois phrases, ce qu’est l’hypnose : un phénomène naturel, une forme de concentration et de focalisation de l’attention, que tout le monde connaît. On ajoute que la curiosité et l’envie de découvrir comptent plus que la volonté, ce qu’Erickson expliquait déjà dans sa procédure pour induire un état d’hypnose. Pas de cours : si la personne a des questions, on y répond ; sinon, on avance.

Les fusibles. On explique qu’elle pourra continuer à nous parler une fois l’induction commencée, qu’elle pourra signaler un inconfort à tout moment, et sortir de l’état d’hypnose si elle le souhaite vraiment. Un seul fusible suffit, dit simplement ; en empiler cinq suggère que l’hypnose est dangereuse, et nous en parlons dans à propos des dangers de l’hypnose.

2. L’objectif

Trois questions, et on écoute vraiment les réponses, parce qu’elles décident de toute la suite :

  • « Quelle situation souhaitez-vous faire évoluer avec l’hypnothérapie ? »
  • « Si cette séance devait vous être bénéfique, comment cela se manifesterait-il dans les prochains jours ? »
  • « Si vous résumiez cela en un ou deux mots, que souhaitez-vous obtenir de cette première séance ? »

La deuxième question est la plus utile : elle transforme une plainte (« ne plus stresser ») en quelque chose d’observable (« dormir sans me réveiller à 3 h », « prendre la parole en réunion mardi »). Si la réponse reste vague, on y passe le temps qu’il faut ; nous expliquons pourquoi dans la détermination d’objectif.

3. L’induction

La personne s’installe, pieds à plat, mains sur les cuisses. On lui propose de poser son regard sur un point devant elle et de prendre quelques respirations lentes.

Détente physique : « Prenez une profonde inspiration par le nez, retenez-la un instant, puis expirez lentement par la bouche. Avec chaque respiration, permettez-vous de vous détendre un peu plus. »

Fixation du regard : « Laissez vos yeux se fixer doucement sur un point et se fatiguer, et dites-moi lorsque votre vision commence à se modifier… »

Phénomène idéomoteur et induction : « Votre corps va commencer à se détendre progressivement, et différentes sensations hypnotiques vont devenir perceptibles en vous. Prenez plaisir à explorer… »

Le « dites-moi lorsque… » est important : la personne constate elle-même un premier changement (la vision qui bouge), et c’est sur ce constat qu’on construit. Pour le détail de la mécanique, du vérifiable vers le non-vérifiable, voir l’induction standard V/NV ; pour une entrée plus rapide avec les personnes contrôlantes, l’induction rapide.

4. L’approfondissement

Par le toucher annoncé : « Maintenant, lorsque je poserai ma main sur votre épaule, vous vous détendrez encore davantage et vous irez encore plus profondément à l’intérieur de vous. Et vous sentirez une sensation de calme se répandre dans tout votre corps. »

Par l’escalier : « Imaginez maintenant que vous descendez un escalier ; chaque marche vous mène toujours plus profondément à l’intérieur de vous-même, jusqu’à vous trouver au cœur de votre inconscient, là où repose tout votre pouvoir de changement. Je vais compter de 1 à 10, et à chaque chiffre vous descendrez une marche, et vous irez plus profondément en vous. »

On ne saute pas cette étape : c’est souvent elle qui fait la différence entre une séance agréable et une séance qui change quelque chose. Les autres techniques (décompte, levier idéomoteur, fractionnement) sont dans comment approfondir l’état d’hypnose.

5. Le travail

C’est la partie qui varie selon l’objectif et la personne : métaphore, régression, parties, sous-modalités, signaling… Voici la version la plus générale, qui fonctionne seule pour un premier rendez-vous ou qui sert de cadre à une technique plus spécifique.

Mobiliser les ressources : « Maintenant que vous êtes profondément détendu, une partie de vous va mobiliser toutes vos ressources disponibles, à un niveau inconscient, pour vous aider à atteindre [objectif de la personne, dans ses mots]. »

Visualisation de l’objectif atteint : « Visualisez-vous atteignant votre objectif avec succès. Ressentez la satisfaction et la confiance qui en découlent, tandis que votre subconscient s’imprègne de cette expérience et saura ainsi vous guider vers le changement désiré prochainement… »

Suggestion post-hypnotique et apprentissages : « Et à partir de maintenant, vous trouverez de plus en plus facile de [comportement souhaité], et cette capacité se renforcera naturellement chaque jour. Vous avez déjà franchi de nombreuses étapes depuis votre enfance, évoluant à travers divers stades de développement. Vos goûts et vos centres d’intérêt ont changé, tout comme votre capacité à gérer les situations. Vous ressentirez de nouveau la satisfaction d’une évolution positive, en intégrant profondément tous les apprentissages issus de vos anciens comportements… »

Cette dernière suggestion est ericksonienne dans l’esprit : elle rappelle à la personne qu’elle a déjà changé cent fois dans sa vie, et que ce changement-ci n’est qu’un de plus. On reprend toujours les mots exacts de l’objectif tels que la personne les a donnés au temps 2 ; un objectif reformulé par le praticien perd la moitié de sa force.

6. Le réveil

« Dans un moment, je vais vous guider pour revenir à un état de pleine conscience. À votre réveil, vous vous sentirez rafraîchi et revitalisé, comme après une bonne nuit de sommeil. Mais je vais vous laisser encore quelques instants pour bien intégrer tous les apprentissages liés à cette séance, et vous ressourcer en profondeur. Lorsque ce sera fait, votre inconscient me l’indiquera par un hochement de tête bien visible de l’extérieur. »

On attend le hochement. C’est l’inconscient qui décide quand la séance est finie, pas la montre, et ce petit signal change beaucoup la qualité du retour.

« Je vais maintenant compter de 1 à 5. À chaque chiffre, vous reviendrez progressivement à votre état de conscience ordinaire. À 5, vous ouvrirez les yeux en vous sentant revigoré et plein d’énergie. » On compte lentement, en encourageant quelques respirations profondes. « À 5, ouvrez les yeux, étirez-vous si vous en avez envie, et prenez un moment pour vous reconnecter à votre environnement. »

7. Le débriefing et la suite

On laisse la personne partager si elle le souhaite, sans l’y obliger : « Comment vous sentez-vous après cette séance ? Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez explorer davantage, ou partager ? » Si elle dit « je ne me souviens pas bien », on s’en réjouit sans commentaire. On ne raconte pas la séance à sa place, et on n’interprète pas.

Puis on propose, sans pression, un prochain rendez-vous pour faire le point sur ce qu’elle aura observé dans les jours suivants, et poursuivre selon l’objectif. C’est aussi le moment de donner, si c’est utile, un petit exercice d’autohypnose pour la semaine.

Ce que la trame ne remplace pas

Un protocole donne l’ordre et les mots. Il ne donne pas le rythme, l’observation ni ce qu’on fait quand la personne pleure au temps 4 ou ouvre les yeux au temps 5. Cela, on l’apprend en pratiquant, en binôme, avec quelqu’un qui regarde : c’est le cœur de la formation de praticien. Et une fois la trame devenue naturelle, on apprend à la quitter, ce qui est le programme de la formation Stratégies thérapeutiques et leviers de changement.

Pratiquer, et pas seulement lire

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