La détermination d’objectif : levier de changement indispensable en hypnose et PNL

« Je veux perdre du poids. » « Je veux arrêter de fumer. » « Je veux me débarrasser de ma phobie. » « Je ne veux plus être stressé. » On entend cela tous les jours en cabinet, et, dans un élan d’empathie, on enfile vite son costume de thérapeute : les outils sont prêts, le protocole aussi, la personne souffre, allons-y. C’est l’erreur la plus fréquente que nous voyons chez les praticiens qui débutent, et nous l’avons tous faite. Parce qu’aucune de ces quatre phrases n’est un objectif. Ce sont des plaintes, et on ne peut pas travailler sur une plainte.

La détermination d'objectif en PNL et en hypnose

La détermination d’objectif : un levier de changement indispensable en hypnose et PNL

Pourquoi un objectif flou fait échouer la séance

On oublie de prendre le temps. Le temps de s’apercevoir que la demande est imprécise, que l’objectif n’est pas vraiment motivant, en tout cas pas de la bonne manière, et parfois qu’il ne dépend même pas de la personne (« je veux que mon mari arrête de… »). Or il est difficile de changer les autres à leur place. L’image que nous utilisons en formation est celle du paquebot : sans destination, on ne sait pas où le diriger ; sans énergie dans la chaudière, il n’avance pas. Un objectif flou prive de la destination ; un objectif qui ne motive pas prive de l’énergie.

Les conséquences sont connues : des résistances qu’on prend pour de la mauvaise volonté alors qu’elles signalent un objectif mal posé, une errance thérapeutique de séance en séance, ou un résultat qui ne tient pas parce qu’il ne correspondait pas à ce que la personne voulait vraiment. Prendre vingt minutes pour déterminer l’objectif n’est pas du temps perdu sur la séance : c’est ce qui fait que la séance sert à quelque chose. Et cela ne se fait pas n’importe comment.

Le piège de la motivation négative : la cliente en surpoids

Une personne a une image très négative d’elle-même à cause de son poids. Si c’est sa seule motivation, imaginons qu’elle entreprenne un régime : au fur et à mesure qu’elle perd du poids, l’image s’améliore, et la motivation baisse d’autant. Elle s’arrête à mi-chemin, reprend, et conclut que « rien ne marche ». De plus, si elle reste au niveau des abstractions (« me sentir mieux », « être bien dans mon corps ») sans jamais préciser les actions concrètes, il y a fort à parier qu’elle ne passera pas à l’action. Fuir un état ne suffit pas ; il faut aller vers quelque chose.

C’est pour cela que, contrairement à ce qu’on entend parfois (« utilise telle métaphore », ou pire, « laisse-toi guider par ton intuition »), nous commençons toujours par construire l’objectif avec la personne. Émile Coué l’avait formulé il y a un siècle : quand la volonté et l’imaginaire entrent en conflit, c’est l’imaginaire qui gagne. C’est donc l’imaginaire motivant qu’il faut façonner en premier, et l’entretien solutionniste est l’outil que nous utilisons pour cela : il recentre sur un objectif précis et mesurable, et surtout il va chercher l’énergie qui le rend désirable.

L’écologie : à quoi la personne renonce

Un bon objectif tient compte des avantages, mais aussi des inconvénients du changement. La personne qui veut maigrir y gagne, c’est entendu ; mais elle va peut-être devoir renoncer à des aliments qu’elle aime, et apprendre à vivre avec une apparence nouvelle, qui attire un autre regard, ce qui n’est pas toujours confortable. En PNL, on appelle cela l’écologie, et la question clé est simple : l’atteinte de l’objectif offre-t-elle plus de liberté et de possibilités, ou devient-elle une contrainte de plus ?

Reprenons la même personne. Si sa solution consiste à supprimer tout ce qui est appétissant, la frustration finira par gagner, et elle craquera. Si en revanche elle découvre une façon de manger plus agréable, de nouveaux plats, de nouvelles habitudes qui lui plaisent, le changement devient une expérience intéressante au lieu d’une privation. Même objectif, deux écologies, deux destins. C’est aussi pourquoi nous posons toujours la question inverse : quels sont les avantages et les inconvénients de ne pas atteindre l’objectif ? On y découvre souvent ce que le symptôme protège.

L’histoire de Caroline

Caroline est venue consulter pour des crises d’anxiété après une rupture. À la première séance, elle voulait « ne plus souffrir » et « se sentir libre ». Nous aurions pu foncer sur des techniques de diminution de l’anxiété ; nous avons préféré prendre le temps de clarifier ce qu’elle voulait vraiment, et l’objectif est devenu, dans ses mots, « reprendre confiance en moi et apprendre à me sentir bien seule ». Précis, mesurable, et qui ne dépend que d’elle. Cela a changé la dynamique des séances : Caroline s’est mise à repérer les petits succès de la semaine (une soirée seule sans angoisse, une décision prise sans demander l’avis de personne), et elle s’est reconnectée assez vite à ses propres ressources. L’anxiété a baissé sans qu’on l’ait, à proprement parler, « traitée » : elle n’avait plus la même fonction.

La variété requise et l’espace des solutions

Ce que Caroline a gagné, c’est du choix. La PNL appelle cela la loi de la variété requise : plus nous avons d’options, plus nous sommes capables de décisions adaptées. C’est aussi le cœur du modèle solutionniste de Bill O’Hanlon, qui distingue l’espace du problème (où la personne tourne en rond, et où le praticien pressé la rejoint) de l’espace des solutions, où l’on cherche ce qui marche déjà et ce qu’on veut à la place. Un objectif bien formulé respecte l’écologie du système entier : corps, émotions, sensations, pensées, et relations avec l’entourage.

Ce qui augmente les chances de réussite

Le psychologue Richard Wiseman a suivi plusieurs milliers de personnes qui s’étaient fixé des objectifs. Ceux qui réussissent le plus souvent combinent deux choses : ils gardent en tête l’état dont ils veulent s’éloigner (la motivation de départ), et ils construisent un plan concret, découpé en étapes mesurables, avec des bénéfices identifiés à chaque étape. Dans son étude sur les bonnes résolutions, une minorité seulement des participants (de l’ordre d’un sur huit) atteignait son objectif, et ceux qui le découpaient en étapes, en mesuraient les bénéfices et en parlaient autour d’eux réussissaient nettement plus souvent. Ce n’est pas une recette magique ; c’est la différence entre un souhait et un objectif.

En pratique, nous vérifions six points avant de commencer le travail : l’objectif est formulé positivement (vers quoi, pas contre quoi) ; il dépend de la personne ; il est concret et observable (comment saura-t-elle qu’il est atteint ?) ; il est motivant pour elle, pas pour nous ; il est écologique (qu’est-ce que ça change autour d’elle ?) ; et il a une première étape, petite, pour la semaine. Si l’un des six manque, on y revient avant d’induire quoi que ce soit.

Ces outils, l’entretien solutionniste, la grille d’objectif, l’approche orientée solutions, sont au programme de notre formation en PNL et de la formation de psychopraticien, et ils sont développés dans notre manuel Apprendre l’hypnose thérapeutique (à paraître), au chapitre sur l’entretien et l’objectif. Ils ne sont pas théoriques : chaque objectif bien formulé est une séance qui a des chances de tenir.

À lire aussi : La thérapie brève orientée solutions · Protocole complet d’une séance d’hypnose · Accompagner la perte de poids

Sources. Coué, É. (1926), La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente ; O’Hanlon, B. et Weiner-Davis, M. (1989), In Search of Solutions, Norton ; Wiseman, R. (2009), 59 Seconds : Think a Little, Change a Lot, Macmillan (étude sur la réalisation des résolutions) ; Dilts, R. (1990), Changing Belief Systems with NLP, Meta Publications.

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