Le Reparentage en Hypnose : Principes, Utilité et Techniques en Hypnothérapie

En 1945, Milton Erickson reçoit une jeune femme enceinte, angoissée à l’idée de ne pas savoir aimer son enfant : elle s’est sentie seule et peu aimée pendant toute son enfance, et elle n’a pas de modèle de tendresse. Au fil de plusieurs séances, Erickson la fait régresser à différents âges et y apparaît lui-même sous les traits d’un visiteur bienveillant, qu’elle appellera « l’homme de février ». Il revient d’année en année, s’intéresse à elle, l’écoute. Peu à peu, la jeune femme se constitue des souvenirs d’avoir compté pour un adulte, et sa peur de ne pas savoir être mère s’apaise (Erickson et Rossi, The February Man, 1989). C’est, bien avant le mot, du reparentage : donner à l’enfant, en transe, ce qui lui a manqué.

Le reparentage en hypnose : renforcer l'attachement et la confiance en soi

Le principe du reparentage en hypnose : renforcer le sentiment d’attachement et la confiance en soi

La base sûre, et ceux qui ne l’ont pas eue

Pour John Bowlby, le besoin de se lier à une figure de sécurité est un instinct biologique de survie. Nos premiers liens forment des modèles internes de nous-mêmes et des autres, qui guident ensuite toute notre vie relationnelle : sécure, anxieux-ambivalent, évitant, désorganisé. Et une proportion qui donne à réfléchir : selon les méta-analyses sur l’attachement, entre un tiers et 40 % des personnes ont une base d’attachement insécure, et probablement davantage parmi celles qui consultent. Autrement dit, beaucoup de ceux qui s’assoient dans notre cabinet arrivent avec un modèle interne où la sécurité n’est pas acquise. Ce n’est pas une pathologie ; c’est une histoire. Et c’est ce qu’on peut apprendre à travailler. Nous avons présenté la théorie dans théorie de l’attachement et hypnothérapie ; voici ce qu’on en fait.

Le schéma : le Soi, les blessures, les protecteurs

Voici ce que nous dessinons au tableau en formation, et qui aide à lire presque toutes les demandes.

Au centre, le Soi : la part de la personne capable de compassion et d’amour, pour elle-même et pour les autres. C’est là qu’on veut la ramener.

Autour, les blessures de l’enfance. Eva et John Pierrakos en ont décrit huit : l’humiliation, l’impuissance, l’insécurité, l’intrusion, l’abandon, l’injustice, le rejet, la trahison. Chacune laisse une émotion : la honte, la peur, la colère, la tristesse.

Et autour des blessures, pour les protéger, les mécanismes de protection : l’autocritique, cette voix qui juge avant que les autres ne jugent ; le masque social, les rôles qu’on endosse pour être accepté ; la culpabilité, la honte, la colère retournée contre soi ; et les symptômes eux-mêmes, la phobie qui évite la situation, la compulsion qui apaise, l’anxiété qui maintient en alerte.

Ce schéma dit une chose essentielle : le symptôme protège. Il a une fonction, il garde une blessure à l’abri. C’est pourquoi le combattre de front échoue si souvent : on attaque un gardien. Le reparentage ne combat pas le symptôme ; il va chercher ce qu’il protège, lui apporte ce dont il a besoin, et le symptôme n’a plus de raison d’être.

Ce qu’est le reparentage

Le reparentage est le processus qui vise à réparer l’attachement insécure de l’enfance, pour retrouver un sentiment de sécurité émotionnelle, renforcer l’estime de soi et prendre confiance en soi. C’est une rééducation émotionnelle : répondre, aujourd’hui, aux besoins affectifs qui n’ont pas été satisfaits à l’époque. Non pas en réécrivant le passé, qui ne change pas, mais en modifiant le modèle interne, qui peut changer. En se reparentant, la personne accède à une base plus stable, et peut alors faire évoluer ses croyances limitantes et transformer ses schémas.

Ce que cela apporte, et qu’on observe séance après séance : une meilleure gestion des émotions, parce que la personne dispose enfin des ressources d’auto-apaisement qu’elle n’avait pas reçues ; une relation plus saine avec elle-même, moins d’autocritique, plus d’acceptation ; des relations plus équilibrées, parce qu’elle sort des schémas relationnels qui se répétaient ; et une autonomie émotionnelle, moins dépendante de l’approbation extérieure.

Les techniques

TechniqueCe qu’elle fait
L’enfant intérieurDéveloppe une relation bienveillante avec sa part enfant, lui offre amour, sécurité et réconfort
L’autobiographieFait porter sur soi le regard d’une personne qui aime inconditionnellement (c’est le cas de la grand-mère)
Les figures bienveillantesIntroduit des protecteurs symboliques (figure d’attachement, animal, guide) qui incarnent l’amour inconditionnel
La compassion envers soiRéduit les jugements internes, installe une bienveillance constante
La réécriture symboliqueTransforme un souvenir en lui apportant ce qui manquait
Le modèle des partiesFait dialoguer les parties restées figées dans des émotions d’enfance
Le soi idéal et la futurisationProjette dans une version sage et soutenante de soi, qui devient guide intérieur

Toutes partagent un principe : on ne cherche pas à revisiter des souvenirs précis pour « découvrir » quelque chose. On apporte, symboliquement, ce qui a manqué. Ce point est important, et il distingue le reparentage d’une régression à la recherche d’un événement : on n’a pas besoin de savoir ce qui s’est passé, et on ne va pas le chercher, ce qui évite à la fois la réactivation et les faux souvenirs. L’enfant intérieur de la personne sait ce dont il a eu besoin ; on le lui donne.

Deux précautions

Le reparentage demande une base de sécurité dans la séance avant toute chose : un lieu sûr installé, un ancrage de calme disponible, et un praticien qui n’est pas pressé. Et il ne s’adresse pas aux mémoires traumatiques actives : quand une personne revit plutôt qu’elle ne se souvient, c’est un travail de retraitement, que nous décrivons dans comprendre les mémoires traumatiques, et qui relève d’une formation spécifique.

Le reparentage et ses techniques, enfant intérieur, autobiographie, figures bienveillantes, modèle des parties, sont au cœur des modules 3 et 4 de la formation de praticien en hypnose ericksonienne, et ils sont développés, avec le travail sur l’attachement et le traumatisme, dans la formation de psychopraticien en régulation émotionnelle.

À lire aussi : Théorie de l’attachement et hypnothérapie · Le modèle des parties · Carl Rogers et le regard positif inconditionnel · Test : votre profil d’attachement

Sources. Bowlby, J. (1969-1980), Attachement et perte, PUF ; Pierrakos, E. et Thesenga, D. (1990), Le chemin de la transformation ; Porges, S. W. (2011), The Polyvagal Theory, Norton ; Bradshaw, J. (1990), Retrouver l’enfant en soi, Le Jour ; Watkins, J. G. et Watkins, H. H. (1997), Ego States: Theory and Therapy, Norton.

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