Comprendre et reprogrammer nos mémoires traumatiques avec l’hypnose et la méthode RITMO®

    Lorsque nous évoquons notre « mémoire », nous pensons généralement au mécanisme de remémoration conscient. Mais, explique Joseph Ledoux professeur en neurobiologie « il existe un système de mémoire différent qui garde le souvenir des situations dangereuses ou, du moins, menaçantes à un niveau inconscient » (Synaptic – 2002).

    Cet apprentissage du danger met en relation directe nos perceptions sensorielles avec nos réponses comportementales. Il ne dépend pas de la conscience et nous n’avons aucune emprise sur lui, ni d’accès conscient à sa véritable nature.

    En fait, normalement, les deux systèmes de mémoire fonctionnent simultanément :

    • La mémoire consciente apporte le contexte factuel d’un événement : ce que nous pouvons analyser intellectuellement, sans en éprouver le ressenti
    • La mémoire inconsciente donne le relief sensoriel à ce contexte : les manifestations physiques, émotionnelles

    Ainsi, lorsque nous recevons une stimulation extérieure (olfactive, visuelle ou auditive), une partie de notre cortex préfrontal va analyser ces stimuli qui occasionnent une réaction de peur, pour transmettre instantanément les informations à l’amygdale. L’amygdale va alors initier des réponses émotionnelles et physiologiques. Sa fonction essentielle étant de décoder les stimuli qui pourraient être menaçants pour notre organisme et de permettre à l’organisme de réagir.

    De cette manière, l’amygdale va activer notre système nerveux autonome sympathique par la sécrétion du cortisol, qui est l’hormone du stress, et nous prépare ainsi à réagir au danger. Elle va également activer le système endocrinien, qui mobilise l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, pour nous préparer, par sécrétion de l’adrénaline, à l’action.

    Notre corps se prépare ainsi à une réponse comportementale (fuite, combat, ou immobilisation) et une réponse motivationnelle par action sur le noyau accumbens qui active le circuit récompense / renforcement par libération de la dopamine.

    Après analyse et selon la situation d’urgence vitale, notre cortex va modérer, ou maintenir la réponse de l’amygdale sur les structures cérébrales responsables de l’expression physiologique de la peur, en lui renvoyant des signaux d’excitation ou d’apaisement.

    Nous avons donc deux circuits qui entrent en jeu suite à la transmission des information sensorielles :

    • un circuit court : le circuit thalamo-amygdalien
    • un circuit long : le circuit thalamo-cortico-amygdalien

    En cas de danger avéré ou potentiel, le circuit court (thalamo-amygdalien) est instantanément activé et génère l’activation immédiate de l’amygdale, avant même que le danger soit analysé :  notre corps réagit par réflexe avec une levée de stress qui active nos mécanismes de protection.

    Dans une seconde phase, après que les informations sensorielles soient arrivées à l’amygdale, elles font retour vers le cortex pour être analysées, traitées, comparées à d’autres informations mémorisées dans l’hippocampe et issues de l’apprentissage et de l’expérience. S’il n’y a pas de danger, la voie longue (thalamo-cortico-amygdalienne) corrige et module l’activation de l’amygdale, ralentit les processus physiologique et émotionnels activés par l’événement stressant. L’état du corps revient à la normale.

    Mécanisme d’intégration de l’émotion à un niveau conscient

    A la suite d’une expérience émotionnelle forte impliquant un danger potentiel, mais se révélant bénigne, l’hippocampe va intégrer la mémoire de l’événement et la transformer en mémoire explicite, autobiographique. Nous pouvons alors la raconter, en rire, ou nous en servir comme d’un apprentissage. La mémoire émotionnelle a été métabolisée, elle est enregistrée comme nouvelle donnée expérientielle dans l’hypothalamus.

    Mémoires traumatiques et processus de dissociation

    Lors de traumatisme, situations douloureuses ou peurs non comprises ou dénuées de sens (sentiment d’insécurité de l’enfance, etc.) le processus se déroule différemment. Du fait de la sidération qui découle d’un événement stressant où toute échappatoire est, ou semble, impossible, la réponse émotionnelle reste maximale : le circuit thalamo-cortico-amygdalien ne gère plus les informations entre les différentes instances de régulation. Il ne peut plus s’appuyer sur les représentations du cortex associatif, ni mobiliser via l’hippocampe les souvenirs qui permettraient l’analyse et la compréhension des événements.

    Malgré l’arrêt de l’événement stressant, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, constamment stimulé, continue de produire beaucoup de cortisol et le système nerveux autonome sympathique des taux importants d’adrénaline, nocifs pour l’organisme. L’amygdale et le circuit émotionnel vont rester activés sans possibilité d’inhibition, ce qui provoque un risque vital pour l’organisme en danger de « survoltage ». Le circuit du stress va alors « disjoncter ». S’enclenche alors la production de neuromédiateurs et d’endorphines, qui provoquent une anesthésie physique et psychique de la souffrance.

    Par ce mécanisme, l’amygdale se déconnecte du cortex associatif qui ne reçoit plus d’information émotionnelle. Cependant les stimuli traumatiques vont continuer d’arriver via le thalamus au cortex sensoriel, ils vont être traités par le cortex associatif mais sans connotation émotionnelle, sans souffrance psychologique, sans souffrance physique, ce qui va donner une impression d’étrangeté, d’irréalité, de dépersonnalisation : il s’agit là du processus de dissociation.

    Conséquences : troubles de la mémoire, amnésie traumatique

    L’amygdale est également déconnectée de l’hippocampe qui ne va plus recevoir le contenu de la mémoire implicite émotionnelle. Cette dernière ne pourra pas, soit totalement, soit partiellement, être transformée en mémoire déclarative autobiographique et affective, d’où des troubles de la mémoire pouvant aller jusqu’à l’amnésie traumatique.

    La mémoire émotionnelle piégée devient l’origine d’un circuit de peur conditionnée permanent dont l’extinction ne peut pas se faire, le cortex associatif et l’hippocampe ne pouvant jouer leurs rôles modulateurs : cette déconnexion de l’amygdale est à l’origine d’une mémoire traumatique.

    Conduites dissociantes pour éviter la douleur

    Suite à ces « traumatismes », les sujets vont rechercher toutes les conduites qui vont leur permettre de se dissocier du ou des événements traumatiques pour éviter la douleur. Ces conduites finissent par devenir des addictions mises en place pour se couper de la mémoire traumatique et pour éviter qu’elle resurgisse.

    Muriel Salmona, Psychiatre nous explique, « qu’il est alors nécessaire, pour faire cesser cet état et s’anesthésier, d’obtenir coûte que coûte une disjonction en faisant augmenter la quantité de drogues dissociantes ». Le sujet va chercher à s’anesthésier de sa douleur au moyen d’addictions, ou en aggravant le stress pour continuer à faire « disjoncter » ce circuit émotionnel !

    Cependant, si ces conduites permettent de ne plus ressentir l’émotion en se coupant de soi, elles  se rajoutent  systématiquement à la mémoire émotionnelle (l’amygdale déconnectée de l’hippocampe, garant de la mémoire explicite) qui a provoqué le traumatisme, entraînant le sujet dans un cercle vicieux de dépendance et de mise en danger, d’incompréhension et de mal être profond. Le sujet souffre toujours, mais ne le sent pas, tout du moins pas d’un point de vue conscient. Son corps cependant continue à être emprunt à des états de stress dépassés qui altèrent sa santé psychique et physique.

    Ces processus biologiques permettent de comprendre et de conceptualiser les mécanismes et compulsions de répétitions, les processus addictifs et les conduites à risque.

    Très souvent, sans le savoir, agissent à ce niveau inconscient des angoisse disséquentes qui perdurent, des vécus douloureux de l’enfance, des maltraitances, des abus de pouvoir, des abus sexuels… qui se répètent et qui perdurent à l’âge adulte. Les mécanismes de sidération, les sentiment de dépersonnalisation, de déréalisation, de clivage des émotions, de déni de la réalité et de compulsions de répétition sont similaires à tout ce mécanisme de stress post traumatique.

    Comment l’hypnothérapie peut-elle nous aider à reprendre le contrôle de ces mécanismes inconscients ?

    L’hypnothérapie et la méthode RITMO® viseront à intervenir au niveau du cerveau limbique et émotionnel, en agissant sur des affects engrammés qui tournent en boucle sans voie de sortie, déconnectés du cortex, sans sens, sans mémoire explicite.

    On va par exemple travailler avec des tensions contenues dans le corps, des lapsus, des signes d’affects coincés ou refoulés et toutes les parties émotionnelles dissociées mais accessibles à un niveau inconscient. Le thérapeute va amener le client à rechercher en profondeur les émotions qui se présentent, pour libérer les affects bloqués et permettre l’abréaction. Car qui dit affects bloqués dit comportements bloqués, automatismes, inhibitions, mal être, maladies, troubles relationnels et processus d’addictions…

    Ce travail permet au client de lier l’émotion à l’événement ou aux pans de son histoire qui n’avaient jusqu’alors pu être conscientisés : des représentations anciennes, primaires, enfouies, vont resurgir au fur et à mesure du travail et libérer la charge émotionnelle agissante, souvent à l’insu de la conscience. Le but est d’amener à l’abréaction et à la conscientisation du vécu : la mémoire émotionnelle se libère, le sujet se reconnecte à son histoire, la redécouvre parfois.  Les émotions refoulées ou clivées vont émerger amenant à la catharsis. Elles seront en quelque sorte métabolisées et évacuées.

    La mémoire émotionnelle, bloquées dans les processus de stress dépassés, va pouvoir être « corticalisée » là où cela n’avait pu se faire, libérant du stress dépassé généré par l’amygdale, donnant du sens à l’histoire singulière, là où il n’y en avait plus. Et le client va pouvoir se réinstaller dans un sentiment d’attachement sécure, le « système vagal ventral » décrit par Stehen PORGES et Maggie Phillips (Somatic Ego State Therapy) qui permet de vivre dans la sérénité.

    Les principales structures du système limbique

    systeme lymbique régulation des emotions

    L’amygdale est impliquée dans la reconnaissance et l’évaluation de la valence émotionnelle des stimuli sensoriels, dans l’apprentissage associatif et dans les réponses comportementales et végétatives associées en particulier dans la peur et l’anxiété. L’amygdale fonctionnerait comme un système d’alerte et serait également impliquée dans la détection du plaisir.

    L’hypothalamus : il lié au système nerveux autonome (système polyvagal et para-sympatique). Il est responsable de la régulation des réflexes et des comportements vitaux pour l’organisme (alimentaires, sexuels, thermorégulation …) de défense (agressivité, fuite, …), de stress, etc.

    Le thalamus : il a principalement une fonction de relais et d’intégration des afférences sensitives. Il joue un rôle dans la régulation de la conscience, il envoie simultanément les stimuli vers le cortex pour y être traités en profondeur : la mémoire explicite va identifier l’objet, le rattacher à un concept et via l’hippocampe le contextualiser

    L’hippocampe : il consolide la mémorisation des informations modulées par l’amygdale.

    Dominik

    1. Fabrice L left a comment on 6 juillet 2019 at 23 h 45 min

      Excellent article, merci !

    2. dardenne corinne left a comment on 7 juillet 2019 at 0 h 32 min

      très bon article. intéressant, cérebral, dopamine, cortisol, amydale,

    3. Haïçaguerre left a comment on 7 juillet 2019 at 12 h 50 min

      Merci pour ce partage fort intéressant

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