Conseils d’Erickson sur la pratique de l’hypnose et l’induction de la transe hypnotique : un rappel essentiel pour tout praticien
Il existe peu d’enregistrements où Erickson parle de sa pratique à la première personne. Celui-ci dure quelques minutes, et nous le repassons à chaque promotion, parce qu’il dit, dans un ordre qui n’est pas celui des manuels, ce qui compte vraiment dans une induction : la confiance du thérapeute en sa propre voix, la simplicité, et une idée que tous les débutants doivent entendre plusieurs fois avant de la croire, c’est le patient qui fait la thérapie. Voici la vidéo, puis ses trois idées, commentées, et le décryptage qu’en propose Antoine Garnier.
Les conseils d’Erickson sur la pratique de l’hypnose et l’induction de la transe

La vidéo
« La transe ne doit pas être laborieuse »
Première idée : l’induction n’a pas à être un effort, ni pour le thérapeute ni pour le patient. Ce qui compte le plus, dit Erickson, c’est la confiance du thérapeute en sa voix et en sa capacité à induire la transe. Non pas une voix particulière, grave ou veloutée, mais la confiance qu’on a en elle.
Nous le vérifions à chaque stage. Le stagiaire qui lit son script en s’inquiétant de ce qui va se passer transmet cette inquiétude, et le sujet, poli, fait semblant, ce qui ne trompe personne au débrief. Celui qui parle comme s’il était évident que la transe vient, et qui prend le temps d’attendre, l’obtient en général. La « laboriosité » vient presque toujours du même endroit : le praticien essaie de faire entrer la personne en hypnose, au lieu de lui proposer d’y aller. C’est le quatrième des présupposés que nous enseignons, le praticien est un guide confiant, et c’est le premier des quatre piliers, la confiance.
« C’est le patient qui fait la thérapie »
« C’est le patient qui fait la thérapie. Le thérapeute fournit seulement le contexte. »
Deuxième idée, et sans doute la plus importante, même si elle a l’air modeste. Si c’est le patient qui fait la thérapie, alors tout ce que le thérapeute fabrique à sa place, ses interprétations ou ses suggestions trop précises, est au mieux inutile, au pire un obstacle. Le thérapeute fournit un contexte : un cadre sûr, une relation, un état où autre chose devient possible, et des propositions assez ouvertes pour que la personne y mette ce qui lui convient. C’est d’ailleurs à cela que sert le langage permissif et artistiquement vague du Milton Modèle ; ce n’est pas une coquetterie de style, c’est ce qui permet à la personne de remplir les blancs elle-même.
C’est aussi ce qui distingue une suggestion qui change quelque chose d’une suggestion qui est simplement exécutée. Erickson le dit ailleurs à propos de la lévitation de la main : le sujet doit découvrir qu’il participe activement, sans quoi il obéit, et l’obéissance ne tient pas longtemps une fois sorti du cabinet.
Le starter et le coureur
Troisième idée, sous forme d’image. Le thérapeute est comme l’officiel qui donne le signal de départ d’une course ; le patient est celui qui court. Et Erickson met en garde : ne luttez pas avec vos patients, n’essayez pas de leur imposer votre manière de voir.
L’image mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle règle deux erreurs à la fois. La première est de courir à la place du coureur : expliquer, convaincre, approfondir à coups de suggestions, alors que le travail se fait en lui. La seconde est de se battre avec lui, de vouloir qu’il voie les choses comme nous ou qu’il ferme les yeux quand nous le décidons, bref qu’il se comporte « comme un sujet doit se comporter ». Erickson a consacré à cette seconde erreur un article entier, L’hypnose profonde et son induction, où il montre que les étudiants échouaient avec une fumeuse parce qu’ils voulaient régler la question de la cigarette avant de commencer. Le starter, lui, ne discute pas avec le coureur de la façon de courir ; il donne le signal, et ensuite il regarde, ce qui est déjà beaucoup.
« Peu de technique est nécessaire »
« Avec l’expérience, j’ai constaté que peu de technique est nécessaire si vous savez utiliser l’attention de votre patient. »
De quoi rassurer ceux qui, en formation, s’inquiètent de ne pas « avoir assez de techniques ». Erickson en avait des centaines, et il dit qu’il en faut peu. Ce qu’il faut, c’est savoir utiliser l’attention : là où elle est déjà (la cigarette, la respiration, une sensation dans la main), ce qui la capte (une question, une histoire, une surprise), et comment l’orienter vers l’intérieur. Une induction, classique ou conversationnelle, c’est au fond cela : une façon de prendre l’attention où elle se trouve et de l’emmener ailleurs, et les techniques ne sont que des chemins pour le faire, plus ou moins adaptés à la personne.
En trois phrases, Erickson a donc résumé ce que nous mettons quatre modules à transmettre : faire confiance au processus plutôt que de le forcer, cesser de courir à la place du patient, et offrir un contexte et un élan, par une approche naturaliste, en laissant la personne faire le reste. Revoir cette vidéo de temps en temps, en formation comme après des années de pratique, remet le praticien à sa place d’accompagnant, ce qui ne fait jamais de mal.
Le décryptage d’Antoine Garnier
Antoine Garnier, qui anime notre formation Hypnose profonde, a consacré un épisode de son podcast à cet extrait, et à ce qu’Erickson y dit sans le dire : les non-dits de la vidéo, qui sont au moins aussi instructifs que ses phrases.
Ces trois idées structurent le chapitre sur la posture ericksonienne de notre manuel Apprendre l’hypnose thérapeutique (à paraître), et elles servent de fil à notre formation de praticien en hypnose ericksonienne, où nous passons, disons, autant de temps sur l’attention que sur les techniques elles-mêmes.
À lire aussi : Techniques et procédure d’induction selon Erickson, textes commentés · Comprendre l’hypnose, par Milton Erickson · L’approche naturaliste en hypnose · Hypnose et manipulation : le point de vue d’Erickson
Sources. Erickson, M. H., entretien filmé (extrait, YouTube) ; Erickson, M. H. et Rossi, E. L. (1979), Hypnotherapy : An Exploratory Casebook, Irvington ; Zeig, J. K. (dir.) (1980), A Teaching Seminar with Milton H. Erickson, Brunner/Mazel ; Haley, J. (1973), Un thérapeute hors du commun, Desclée de Brouwer.
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D’ailleurs, Antoine Garnier a fait une vidéo pour commenter ce que l’on pouvait tirer comme enseignement des non-dits d’Erickson dans cet extrait :
https://youtu.be/3YsK07A_AW4
👍
Bien joué, c’est vrai qu’Antoine avait décrypté cette vidéo, je remts son podcast en dessous dans l’article, merci 🙏