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Hypnose permissive : Exemple d’induction d’un état d’hypnose par questionnement (Erickson et Rossi)

Ce qui suit est une induction où le praticien ne donne pas une seule consigne. Il ne pose que des questions. « Est-ce que vos paupières ont envie de cligner ? Ensemble ou séparément ? Lentement ou rapidement ? » Et à la fin, une main s’est levée, a touché le visage, est redescendue, et la personne est en transe. Erickson et Rossi ont publié ce script en 1979 comme exemple de ce qu’ils appelaient le questionnement idéodynamique : des questions qui ne demandent pas d’information, mais qui orientent l’attention vers un phénomène possible, et le rendent ainsi probable. Nous le donnons en entier, en deux temps, avec ce que nous en faisons en cabinet.

Hypnose permissive : induction par questionnement

Hypnose permissive : l’induction par questionnement d’Erickson et Rossi

Pourquoi des questions plutôt que des consignes

Une consigne (« fermez les yeux ») peut être refusée. Une question (« est-ce que ces yeux vont se fermer d’un coup, ou commencer par battre ? ») ne peut pas l’être : pour y répondre, même intérieurement, la personne doit observer ses paupières, et l’observation crée le phénomène. C’est le premier intérêt, contourner les résistances. Mais il y en a un second, plus important pour la thérapie : la personne qui entre en transe en répondant à des questions reste active. Elle choisit, elle constate, elle fait. Elle développe dans sa transe une autonomie et une marge de manœuvre qui permettront ensuite un vrai travail.

À l’inverse, l’hypnotiseur qui n’emploie que des suggestions directes, comme en hypnose classique ou de spectacle, obtient une transe « docile », où la personne fonctionne en automate. On peut certes y programmer un sujet réceptif et consentant ; mais les suggestions acceptées dans cet état ont de grandes chances d’être rejetées après le réveil, parce qu’elles n’ont pas été intégrées à ce que la personne est, et ne trouvent pas leur place dans l’état de conscience ordinaire. Une suggestion qu’on a choisie tient ; une suggestion qu’on a subie s’efface.

Premier temps : les paupières

« Voudriez-vous choisir un point que vous pourriez regarder de manière confortable ? Et alors que vous continuez à regarder ce point pour un moment, est-ce que vos paupières ont envie de cligner ? Est-ce que ces paupières vont commencer à cligner ensemble ou séparément ? Lentement ou rapidement ? Vont-elles se fermer d’un seul coup ou bien commencer par battre d’elles-mêmes d’abord ? Est-ce que ces yeux vont se fermer de plus en plus en même temps que vous êtes de plus en plus à l’aise ? C’est bien.

Est-ce que ces yeux peuvent rester fermés en même temps que votre confort s’approfondit, comme lorsque vous vous endormez ? Est-ce que ce confort peut continuer de plus en plus, au point que vous feriez mieux de ne même pas essayer d’ouvrir les yeux ? Ou bien préférez-vous essayer et découvrir que vous ne pouvez pas ? Et allez-vous rapidement les oublier tout à fait, parce que votre inconscient veut rêver ? »

La première question est la seule qui demande un acte volontaire : choisir un point. Tout le reste porte sur des détails du phénomène, jamais sur le phénomène lui-même. « Ensemble ou séparément ? Lentement ou rapidement ? » : que les paupières clignent n’est plus en discussion, seule la manière l’est. C’est la présupposition à l’état pur, et c’est le même ressort que dans l’induction standard et le Milton modèle. Notez aussi « ces paupières », « ces yeux », et non « vos » : une petite dissociation, qui prépare la main dont on parlera comme d’un objet. Et à la fin, le test de catalepsie des paupières est proposé sous la forme d’un choix : ne pas essayer, ou essayer et découvrir qu’on ne peut pas. Les deux branches mènent au même endroit.

Deuxième temps : la lévitation

« Pouvez-vous vous sentir à l’aise en laissant vos mains reposer doucement sur vos cuisses ? (Le thérapeute en fait la démonstration.) C’est bien, sans les laisser se toucher l’une l’autre. Pouvez-vous laisser ces mains reposer vraiment légèrement, pour que seuls les bouts des doigts touchent à peine les cuisses ? C’est bien. Et alors qu’elles reposent vraiment légèrement, est-ce que vous remarquez comme elles ont tendance à se soulever un peu par elles-mêmes à chaque respiration que vous prenez ? Est-ce qu’elles commencent à s’élever encore plus légèrement et facilement d’elles-mêmes, en même temps que tout le reste de votre corps se détend de plus en plus ?

Et alors que cela se poursuit, est-ce qu’une main, ou bien l’autre, ou bien les deux peut-être, continuent à s’élever encore plus ? Et est-ce que cette main reste en l’air et continue à s’élever de plus en plus, petit à petit, d’elle-même ? Est-ce que l’autre main veut la rattraper, ou bien est-ce que l’autre main veut se détendre sur votre cuisse ? C’est bien. Est-ce que cette main continue à s’élever avec ces petites secousses légères, ou est-ce que la montée devient de plus en plus régulière, en même temps que la main continue à monter vers votre visage ? Est-ce qu’elle se déplace plus vite ou plus lentement au fur et à mesure qu’elle se rapproche de votre visage, avec un confort de plus en plus profond ? A-t-elle besoin de faire une petite pause avant de finir par toucher votre visage, afin que vous puissiez savoir que vous entrez dans une transe ? Et elle ne va pas toucher avant que votre inconscient soit vraiment prêt à vous laisser aller plus profond, n’est-ce pas ?

Et votre corps va-t-il prendre automatiquement une inspiration profonde lorsque cette main touche votre visage, et que vous vous relaxez vraiment, et que vous ressentez que vous allez plus profondément ? C’est bien. Et allez-vous seulement prendre la peine de remarquer la sensation de confort de plus en plus profond quand cette main retourne lentement d’elle-même sur votre cuisse ? Et votre esprit inconscient sera-t-il en train de rêver au moment où cette main vient se reposer ? »

Milton H. Erickson et Ernest L. Rossi, Hypnotherapy: An Exploratory Casebook (1979)

Le détail qui fait tout : « pour que seuls les bouts des doigts touchent à peine les cuisses ». Une main posée ainsi se soulève réellement, de quelques millimètres, à chaque inspiration, parce que le thorax bouge. La question « est-ce que vous remarquez comme elles ont tendance à se soulever ? » ne suggère donc rien de faux : elle fait remarquer un mouvement qui existe, et l’attribue à la main (« d’elles-mêmes »). La lévitation part de là, d’un fait physique ratifié, et chaque question suivante n’offre que des alternatives qui vont toutes vers le haut : une main ou l’autre ou les deux ; par secousses ou régulièrement ; plus vite ou plus lentement ; avec ou sans pause. Il n’existe pas de réponse qui soit « non ».

Deux autres choses à retenir. « Afin que vous puissiez savoir que vous entrez dans une transe » : le contact main-visage est annoncé comme le signal, pour la personne elle-même, qu’elle est en hypnose ; c’est une ratification programmée. Et « elle ne va pas toucher avant que votre inconscient soit vraiment prêt » : le rythme est confié à l’inconscient, pas au praticien, ce qui rend l’attente, même longue, confortable pour tout le monde. Ce principe, laisser la main fixer la vitesse, est le même que dans l’induction par lévitation décrite par Wolberg et dans le texte d’Erickson sur la lévitation et la profondeur de transe.

En cabinet

Ce script se lit lentement, chaque question sur une expiration de la personne, et il faut accepter les silences : une question idéodynamique a besoin de quelques secondes pour produire son effet, et enchaîner trop vite revient à répondre à sa place. Si la main ne monte pas, on ne force pas ; on revient aux questions sur le souffle (« à chaque respiration… ») et on accepte une lévitation hallucinée, la personne sentant sa main monter sans qu’elle bouge, qui est un signe de transe au moins aussi bon. Et si la personne ouvre les yeux pour vérifier sa main, c’est aussi une réponse : on l’utilise (« c’est bien, et vous pouvez la regarder monter »).

Erickson en vidéo : l’induction par le doute

Pour voir le même principe à l’œuvre, voici Erickson lui-même, dans une induction qu’on appelle « par le doute », traduite par Jordan Vérot :

Travailler avec les résistances, laisser la personne construire sa transe et y rester active : c’est ce que nous apprenons dans la formation de praticien en hypnose ericksonienne, et ce qu’Antoine Garnier pousse plus loin dans la formation Hypnose profonde.

À lire aussi : Technique et procédure pour induire un état d’hypnose (Erickson) · La technique pour les personnes résistantes · L’approche naturaliste

Source. Erickson, M. H. et Rossi, E. L. (1979), Hypnotherapy : An Exploratory Casebook, Irvington.

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