L’hypnose, ça marche pour de vrai! et ça s’apprend…

De l’hypnose de spectacle à l’hypnothérapie : un article captivant de Pascale Abadie – Maître Praticienne en hypnothérapie – formation 2021.

“L’HYPNOSE ET MOI”

hypnose de spectacle apprendre

Je suis entrée dans l’hypnose par la porte de l’hypnose spectacle. Comme des milliers de spectateurs, j’ai été fascinée par « le fascinateur », Messmer. Comme des milliers de personnes, j’ai pensé : « ce sont des comparses. Ils font partie du spectacle ». Comme des milliers de personnes, j’ai pensé : « il y a un truc ».
D’autant plus que, en bonne contrôlante, je me riais des tests de réactivité exécutés pour tester la sensibilité des spectateurs à l’hypnose.

Un spectacle de Messmer se déroule en trois parties.

Dans son introduction où il explique qu’il n’est pas un magicien ni un sorcier manipulant le côté obscur de la Force (voix caverneuse : « je suis ton père ») mais qu’il applique des méthodes de programmation neurolinguistique et des techniques d’hypnose, toutes utilisées en cabinet de thérapie, il précise également que, si tout le monde est hypnotisable, cela ne se fait pas toujours instantanément. Cela dépend de notre état d’esprit, lequel change l’heure en heure, de minute en minute, d’instant en instant.

Pour le spectacle, il ne prendra que les personnes les plus réceptives aux suggestions. Show must go on, comme dit la Reine. Et pour du show, c’est du show : tout est contrôlé, la musique, l’éclairage, le timing, les thématiques abordées. Trois grands écrans, deux latéraux et un central, zooment tout ce qui se fait sur scène, avec en prime son regaaaaaard : deux magnifiques yeux bleus, perçants à vous transpercer l’âme, dont l’iris laisse voir la blancheur de la cornée en bas.

Flippant, hein ! Hey !, vous avez vu les bagues assorties aux yeux, histoire d’en mettre plein la vue ! Et le trait de barbichette, genre « je suis le diaaaaable ! ». Comme il était chaussé, je n’ai pas vu les pieds fourchus.

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Voilà, le décor est posé. Ah j’ai oublié : juste une vingtaine de chaises sur scène, pas des chaises 5 étoiles, non, non, des chaises tout à fait banales (même pas confortables). Mince, me dis-je, ça ne va pas être facile pour piquer un petit roupillon !

Première partie : après un premier test de réactivité, Messmer choisit dans le public une trentaine de personnes, très suggestibles et il les appelle sur scène en leur induisant une suggestion appropriée. Ainsi, j’ai vu descendre des gradins, Skippy le kangourou tout sautillant et les bras comme ledit kangourou, Beyoncé légère et dansante, Elizabeth II saluant la foule en délire de la main, Rocky boxant un sac de sable imaginaire et tant d’autres. Heu, des gens qui descendaient normalement aussi (il faut en garder pour le reste sur scène). Il va opérer un deuxième tri en fonction de cette suggestibilité. Sont écartées, les personnes qui restent aux frontières du conscient, susceptibles de se réveiller en cours de route… qu’il dit. Pour moi, il garde les acteurs en réserve.

Premiers fous-rires, à en pleurer (de douleur également pour cause de côte fêlée). Et là, je me dis, ces gens sont vraiment d’excellents acteurs. Foin du confort des chaises ! ils sont assis dans des positions improbables, couchés par terre ou les uns sur les autres, rampant, courant, parlant même, avec un aplomb incroyable, bref, répondant à toutes les suggestions de l’homme à la voix ensorcelante. Lequel nous fait remarquer quelques détails qui viennent se nicher quelque part, là-bas aux tréfonds de mon inconscient : le regard des sujets, par exemple. Zoom de la caméra : ah ben oui, un peu vide le regard. Toc toc ! il y a quelqu’un làdedans ? Mais toute à mon fou-rire. Je passe.
Entracte.

La deuxième partie se déroule comme la première. Test de réceptivité. Montée sur scène (l’homme de Cro-Magnon était plutôt sympa). Tri sélectif. Fou-rire.
Vraiment, quel spectacle incroyable ! Le tout, saupoudré d’explications sur les réactions des personnes à la suggestion, chacun réagissant différemment.
Comme je l’ai dit, les tests de réactivité n’ont eu aucun effet sur moi. Donc, tout ce spectacle magistralement orchestré avait un scénario, avec peut-être un petit peu d’improvisation. Mais arrive la troisième partie. Les lumières se rallument et troisième test de réceptivité : toute la salle va participer. Les réceptifs, debout !
« Vous allez danser sur la musique que vous avez dans la tête » Dieu merci, je ne suis pas la seule à rester de glace. Mais ma voisine, à côté de moi, bascule en Absurdie, en m’emmenant dans son voyage ainsi que les personnes autour. C’est une jeune fille très BCBG, chignon haut perché, très sympathique. Nous avons un peu discuté à l’entracte : non, je n’y crois pas, je suis curieuse mais de toute manière, je résiste (je prouve que j’existe). Donc, à peu près le même discours.

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Soudain, elle se dresse tout d’un coup et danse en se balançant, en secouant la tête (sacrebleu, elle est rythmée la musique, voire échevelée !). Adieu le joli chignon qui se transforme en mèches volantes. Et la tête de son compagnon ! Son regard ébahi amenait de l’eau au moulin de mes interrogations.
Comme je comprends vite mais qu’il faut m’expliquer longtemps, j’ai revu plusieurs fois le spectacle mais j’étais toujours aussi sensible à l’hypnose qu’un bout de bois et toujours aussi déçue de ne rien ressentir, de ne pas vivre « ce voyage ».

C’est probablement ce qui m’a décidée à me former à l’hypnose, en l’occurrence, l’hypnose ericksonienne. Je voulais connaître les mécanismes qui amenaient des gens, sains de corps et d’esprit, à vivre un rêve éveillé. J’ai été « fascinée ». J’ai reconnu dans l’enseignement que j’ai reçu des techniques utilisées en spectacle.
Mais j’ai surtout appris que l’hypnose ne servait pas qu’à s’identifier à Skippy ( je vous jure que je n’ai rien contre les kangourous =).

L’hypnose est un état de conscience modifié qui fait que nous sommes là, sans être là. C’est un état naturel que nous expérimentons tous les jours : faire 3 fois le tour du rond-point parce que l’on est perdu dans ses pensées, arriver au travail parce qu’une partie du chemin est le même que celui de la salle de sport, se « légumiser » devant la télé…

C’est un état de dissociation entre le conscient et l’inconscient qui lève les freins et les blocages et permet à la personne d’accéder à des souvenirs, des ressources enfouis au plus profond d’elle-même pour activer sa propre auto-guérison, pour développer de nouveaux comportements plus adaptés à une vie plus saine.
Le champ d’application de l’hypnose est vaste : gestion du stress, arrêt du tabac, hypnose antalgique, perte de poids, phobies, addictions…

Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Notre corps est le souffre-douleur idéal de notre mal-être. Les maux du corps sont les mots de l’âme. Imaginez une maison à moitié abandonnée, en désordre, cassée, avec pleins d’objets inutiles entassés, qui sent le renfermé. Et surtout, vous ne voulez rien changer, parce que cela fait mal. Alors vous supportez, jusqu’au jour où, un objet inutile de plus, une porte qui grince et là, vous ne supportez plus, tout part à vau-l’eau. L’hypnose permet d’ouvrir la porte et de faire un grand nettoyage. Elle permet de diminuer l’importance des symptômes de nombreuses pathologies et de développer de nouveaux comportements tout en mettant à distance le motif d’une souffrance ou d’une douleur et de retrouver un équilibre émotionnel. Et un jour, vous ouvrez les fenêtres, vous commencez un grand ménage, vous vous débarrassez petit à petit de tout ce qui est inutile, qui encombre, qui pompe votre énergie

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Lorsque j’ai effectué mes premières séances d’hypnose, j’ai tenu à ce que la personne soit bien installée, avec ce souvenir des gens qui s’écroulaient sur scène comme des poupées de chiffon, assis, couché, debout (bravo, mon toutou !). J’ai donc choisi un fauteuil bien confortable, qui pouvait, on n’arrête pas le progrès, s’allonger en position semi-couchée, pour un meilleur bien-être. Grave erreur.

Tout se passait bien jusqu’au jour où….. mon sujet m’a avoué avoir perdu la notion du temps, de mes paroles, de son voyage. Bref, elle s’était endormie. Ou pas, parce que, lorsque je l’ai invitée à ouvrir les yeux après une phase de réveil en décompte, à 5, elle a bien ouvert les yeux, un peu vagues, d’accord, mais elle était là. Je lui ai bien laissé le temps de revenir. À part être plus reposée, elle ne gardait qu’un vague souvenir de ce qui avait été dit. N’empêche, les réponses de l’inconscient étaient plutôt aux abonnés absents, même s’il est censé prendre ce dont il a besoin. Un petit coup de pouce (au propre comme au figuré), est important en séance.
J’ai eu l’impression d’être passée complètement à côté de mon sujet et ma cliente aussi puisqu’elle n’arrêtait pas de se confondre en excuses et de se justifier. Bref, j’avais un goût de fiasco dans la bouche et les gouttes d’acide du doute rongeaient peu à peu la carapace empêchant mon syndrome de l’imposteur de refaire
surface.

Et c’est là que j’ai percuté sur un détail que j’avais complètement occulté : l’utilité de travailler debout (si, si, notre formateur nous l’avait dit, justement en réponse à la question « et s’il s’endort ? »)
Forte de cette nouvelle information, à la séance suivante, et pour couper court à un nouveau flot d’excuses, j’ai proposé à ma cliente que la séance se fasse debout.

Je vous passe les « c’est possible ça ! », les « je vais tomber », les « ça ne va jamais marcher ». J’ai utilisé les tests de réactivité classiques : gestes idéo-moteurs (doigts aimantés, mains qui se rapprochent, mains lourdes/légères, chute en arrière) rupture de pattern, catalepsie, sans oublier de poser des fusibles (enracinement dans le sol qui empêche de tomber, imaginer des barrières de sécurité…) et les différentes techniques d’induction. Nous avons pu avoir des réponses de l’inconscient, oui/non très claires. Ce changement de posture a permis une adhésion totale à l’hypnose. A tel point que le signaling s’est révélé rapidement insuffisant et la co-construction métaphorique s’est mise en place très facilement.

Chaque séance est différente et l’adaptabilité du thérapeute est essentielle.
En fait, tout ce qui peut se faire assis peut se faire debout. Je me souviens avoir vu un de mes compagnons de formation, rester debout en hypnose profonde et me demander encore comment il pouvait tenir. Je me demande même si je n’ai pas cherché les fils qui l’attachaient au plafond (non, je rigole).

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Depuis, même si mes clients préfèrent s’asseoir, je peux imposer (en douceur) cette technique posturale quand j’en sens le besoin avec des personnes épuisées, tant physiquement que moralement, pour qu’elles retirent tous les bénéfices d’une séance hypnotique.

Je remercie l’hypnose spectacle d’avoir ouvert mon esprit, dans l’humour, à une approche plus scientifique de l’aide bienveillante à la personne dans l’optique de renforcer ou de rétablir l’équilibre entre les émotions, les pensées et le corps pour améliorer la qualité de vie.

Pour finir, je citerai Platon qui, de par les siècles, vient corroborer la pratique hypnotique :
« On ne peut guérir la partie soignée, sans soigner le Tout. On ne doit pas soigner le corps séparé de l’âme et pour que l’Esprit et le corps retrouvent la santé, il faut commencer par soigner l’âme. Car c’est une erreur fondamentale des médecins d’aujourd’hui de séparer l’âme et le corps »

PLATON (427-347 AV JC) – Charmides

Pascale ABADIE

Dominik

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