Accompagner le sevrage de la cocaïne en hypnothérapie : pistes et stratégies pour les Praticiens

Imaginons un homme de trente-cinq ans, cadre, qui consomme de la cocaïne « le week-end, pour tenir », puis le jeudi soir, puis certains midis. Il prend rendez-vous parce que sa compagne a trouvé un sachet, et il demande une séance « pour arrêter ». C’est une situation que tout praticien rencontrera un jour. Il faut d’abord lui dire ce que nous ne sommes pas : un praticien en hypnose n’est ni addictologue ni médecin, et un sevrage de cocaïne se fait dans un cadre médical. Puis lui dire ce que nous pouvons faire, et ce n’est pas rien : travailler les déclencheurs, les émotions que le produit gère à sa place, l’image de lui-même qu’il a perdue, et la vie qu’il voudrait à la place. Cet article décrit ce cadre, et une grille, les niveaux logiques de Robert Dilts, qui permet de savoir à quel étage on intervient.

Accompagner le sevrage de la cocaïne en hypnothérapie

Accompagner le sevrage de la cocaïne en hypnothérapie : pistes et stratégies pour les praticiens

D’abord le cadre : pluridisciplinaire, ou rien

La cocaïne crée une dépendance psychique forte, avec un craving intense, des épisodes dépressifs à l’arrêt, parfois des complications cardiaques, psychiatriques ou sociales. Une personne dépendante doit être suivie par un médecin, un addictologue ou un CSAPA (les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie, gratuits et présents dans chaque département). Notre place est en complément de ce suivi, en lien avec lui si la personne l’accepte, et jamais à la place. Nous le disons dès le premier entretien, et nous orientons si la personne n’est suivie par personne. C’est la première règle, et elle protège tout le monde.

Dans ce cadre, l’hypnothérapie apporte ce que le suivi médical a rarement le temps de faire : un travail sur les émotions, les contextes et l’identité, et des outils que la personne emporte. Les addictions ont des facteurs communs, le besoin de soulagement, la fuite d’un vide ou d’une douleur, un circuit de récompense qui a appris un raccourci, et le changement dépend d’abord de la motivation de la personne : la nôtre ne sert à rien. La détermination d’objectif est donc la première séance, et souvent la plus longue.

Les niveaux logiques de Dilts : savoir où l’on intervient

Robert Dilts a proposé une grille à six étages pour situer un changement : l’environnement, les comportements, les capacités, les croyances et valeurs, l’identité, et ce qui dépasse l’individu. Une addiction les occupe tous, et un accompagnement qui ne travaille qu’un étage échoue. Voici ce que nous faisons à chacun.

L’environnement. Où, quand, avec qui consomme-t-il ? La cocaïne est une drogue de contexte : des lieux, des soirées, des amis, un dealer joignable en trois messages. Une partie du travail est très concrète : couper le numéro, changer de trajet, prévoir le vendredi soir. Nous aidons à lister les déclencheurs et à construire, en transe, les futurisations qui les désactivent un à un (« et vous voyez ce vendredi soir… et vous remarquez ce que vous faites à la place… »). Nous rappelons aussi que le thérapeute fait partie du nouvel environnement : un rendez-vous régulier, à heure fixe, est en soi un repère.

Les comportements. Le produit est un geste autant qu’une molécule. On lui trouve des remplaçants qui remplissent la même fonction, au bon moment : une respiration longue, un exercice d’autohypnose de trois minutes, un déplacement physique, un appel à quelqu’un. Le recadrage en transe, qui demande à la partie responsable de trouver d’autres façons de faire son travail, est l’outil central ici, exactement comme pour le tabac.

Les capacités. La cocaïne gère des émotions : elle donne de l’énergie à qui s’effondre, de l’assurance à qui doute, du plaisir à qui n’en a plus. Si la personne n’a pas d’autres moyens de produire ces états, elle reviendra au produit. On enseigne donc des compétences de régulation : la cohérence cardiaque, la respiration consciente, l’ancrage d’un état ressource qu’elle peut activer seule, la pleine conscience pour les ruminations. Ce sont des capacités, et elles s’apprennent.

Les croyances et les valeurs. « Je ne tiens pas une soirée sans », « je suis plus brillant avec », « de toute façon je rechute toujours » : ces phrases sont des croyances, pas des faits, et elles se travaillent comme telles. Et derrière, les valeurs : quand on demande à la personne ce qui compte vraiment pour elle, on obtient presque toujours des choses que le produit détruit (la confiance de sa compagne, son travail, sa santé, son fils). Mettre ces valeurs en lumière, et les relier au changement, est le moteur de la motivation ; c’est ce que fait l’entretien orienté solutions.

L’identité. C’est l’étage que les protocoles oublient et qui décide de tout. Une personne qui consomme depuis des années ne sait plus très bien qui elle est sans le produit, et l’arrêt est aussi un deuil d’identité : le fêtard, le performant, celui qui tient. Il faut construire l’identité d’après, et la faire vivre avant qu’elle soit réelle : la machine à changer, la futurisation, l’autobiographie pour l’estime de soi. Beaucoup de rechutes ne sont pas des envies de produit ; ce sont des retours à un « soi » connu, parce que le nouveau n’était pas encore habitable.

Au-delà de soi. Pour certains, le changement a besoin d’un sens qui les dépasse : une spiritualité, un engagement, une transmission, une quête personnelle. On n’impose rien ici ; on écoute ce qui, chez la personne, pourrait porter le changement quand la volonté fatigue, et on l’intègre aux suggestions.

À quoi peut ressembler un accompagnement

Voici, à titre d’illustration (ce n’est pas le récit d’un client réel), la trame qu’un tel accompagnement pourrait suivre, en parallèle du suivi médical. Première séance : l’objectif, formulé dans ses mots, et non « arrêter » mais, par exemple, « redevenir quelqu’un sur qui ma femme peut compter, et le sentir dans mon corps le vendredi soir ». Deuxième : l’ancrage d’un état de calme, debout, et l’apprentissage de trois minutes de respiration avant chaque soirée. Troisième : un recadrage en transe sur « la partie qui s’occupe de le faire tenir », pour qu’elle trouve d’autres façons de faire son travail. Quatrième : la désactivation des déclencheurs, un par un, en futurisation, avec l’ancre. Cinquième : la machine à changer, pour habiter l’identité d’après. Sixième, quelques semaines plus tard : la consolidation, et la rechute éventuelle traitée comme une information (quel déclencheur a été oublié ?), jamais comme un échec.

Ce qui compte, dans ce type d’accompagnement : le cadre posé d’emblée, l’objectif dans les mots de la personne, et le travail sur l’identité. La technique hypnotique proprement dite n’en est qu’une partie ; le reste, c’est de la relation et de la méthode.

Note pour les praticiens

Collaborer avec les professionnels de santé n’est pas une formalité ; c’est ce qui rend le travail possible et sûr. Ne proposez jamais d’arrêter ou de modifier un traitement, ne promettez jamais un sevrage, et reconnaissez vos limites à voix haute : la personne vous en respectera davantage. Et prenez soin de vous : accompagner une addiction est long, avec des rechutes, et la supervision est faite pour cela.

Les outils cités ici, recadrage en transe, ancrage, machine à changer, autobiographie, sont enseignés dans les modules 3 et 4 de la formation de praticien en hypnose ericksonienne. Les niveaux logiques, l’entretien orienté solutions et les stratégies d’accompagnement des addictions font l’objet de la formation en PNL et du cursus de maître praticien, qui comprend les bases de psychopathologie nécessaires pour reconnaître ce qui dépasse notre rôle.

À lire aussi : Un arrêt du tabac pour personne résistante (Erickson) · Le modèle des parties et l’intention positive · Les mémoires traumatiques et les conduites d’anesthésie · Accompagner la perte de poids (même méthode)

Sources. Dilts, R. (1990), Changing Belief Systems with NLP, Meta Publications ; Dilts, R. (2003), From Coach to Awakener, Meta Publications ; Haute Autorité de santé (2010), Prise en charge des consommateurs de cocaïne, recommandations de bonne pratique ; Miller, W. R. et Rollnick, S. (2013), L’entretien motivationnel, InterÉditions.

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