Le Modèle des Parties de la PNL : Réconcilier Nos Conflits Intérieurs

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« Une partie de moi veut arrêter, et une autre n’y arrive pas. » Vous avez entendu cette phrase cent fois, et vous l’avez probablement dite. Ce n’est pas une façon de parler : c’est une description assez exacte de ce qui se passe, et le modèle des parties propose simplement de la prendre au sérieux. Nous ne sommes pas une unité cohérente, et c’est très bien ainsi. Le sketch de Roman Frayssinet sur la migraine le montre mieux qu’un cours : des voix qui se disputent le contrôle, chacune avec ses raisons, et un pauvre « moi » au milieu qui essaie d’arbitrer.

Le modèle des parties de la PNL : une clé pour réconcilier nos conflits intérieurs

Des rituels anciens aux thérapies modernes

Les sociétés anciennes connaissaient ces conflits intérieurs ; elles les attribuaient à des forces extérieures, esprits, démons, possessions, et les traitaient par l’exorcisme ou les rituels. Pierre Janet, à la Salpêtrière, en 1890, a été l’un des premiers à les faire rentrer à l’intérieur du psychisme : son patient Achille, « possédé du diable », n’était habité par personne d’autre que par un fragment dissocié de lui-même, et Janet l’a guéri en négociant avec ce fragment, ce que nous racontons dans un cas de possession et l’exorcisme moderne. Freud a ensuite décrit un esprit divisé entre le ça, le moi et le surmoi. Puis l’analyse transactionnelle d’Eric Berne a parlé d’états du moi (Parent, Adulte, Enfant), les thérapies des états du moi de John et Helen Watkins et la thérapie des systèmes familiaux intérieurs de Richard Schwartz ont développé l’idée d’une famille intérieure dont chaque membre a un rôle, et la PNL a formalisé des protocoles, dont le recadrage en six étapes de Bandler et Grinder.

Toutes ces approches, au-delà de leurs vocabulaires, partagent trois convictions : chaque partie a une intention positive, même quand son comportement est négatif ; les parties peuvent communiquer, entre elles et avec le praticien ; et le changement vient de la négociation, pas de l’élimination.

Ce qu’est une partie

En PNL, une partie est une sous-personnalité : un ensemble cohérent et identifiable de perceptions, de pensées, d’attitudes et de comportements, séparé des autres par une frontière plus ou moins perméable, et qui entretient avec elles des relations de coopération ou d’antagonisme. Selon le contexte, nous activons telle ou telle partie, qui devient responsable d’un comportement ou d’un trait. La partie qui parle en réunion n’est pas celle qui console un enfant, ni celle qui s’effondre le dimanche soir.

Et surtout : tout comportement est une réponse à un besoin inconscient d’une de nos parties. La cigarette répond au besoin de pause ou de contenance. La colère, au besoin d’être respecté. La procrastination, au besoin de ne pas échouer. Le comportement est maladroit, parfois destructeur ; le besoin, lui, est toujours légitime. C’est ce qui rend ce modèle si utile en cabinet : il explique les conflits internes, et il permet de les résoudre sans combattre personne.

L’intention positive

C’est le concept central, et il heurte le bon sens. Comment une crise de boulimie, une crise de panique ou une addiction pourraient-elles avoir une intention positive ?

Il faut distinguer le comportement et l’intention. Le comportement, c’est ce que la partie fait. L’intention, c’est ce qu’elle cherche à obtenir pour la personne : de l’apaisement, de la sécurité, de la reconnaissance, de l’amour, de la protection, du repos. L’intention est toujours positive pour la personne ; le comportement est simplement le meilleur moyen que la partie ait trouvé, souvent il y a longtemps, souvent dans l’enfance, pour y parvenir. Un enfant de sept ans qui découvre que manger calme la peur a trouvé une solution remarquable pour un enfant de sept ans. La partie a gardé la solution ; la personne a grandi.

Dès lors, le travail change de nature. Il ne s’agit plus de supprimer le comportement, ce qui laisserait l’intention orpheline, et la partie trouverait un autre comportement, parfois pire. Il s’agit de trouver d’autres moyens de satisfaire la même intention, des moyens au moins aussi efficaces, aussi rapides, aussi disponibles. Alors l’ancien comportement devient inutile, et il tombe de lui-même. C’est aussi pour cela que le modèle des parties est l’un des outils du reparentage : beaucoup de parties sont restées figées dans une émotion d’enfance, et ce qu’elles demandent n’a jamais été entendu.

Un exercice pour le sentir, sur vous-même : prenez un comportement que vous aimeriez changer. Demandez-vous, sincèrement, « qu’est-ce que ce comportement m’apporte ? ». Puis, à la réponse : « et cela, qu’est-ce que ça m’apporte ? ». Et encore. Au bout de trois ou quatre niveaux, vous arrivez toujours à quelque chose de fondamental : la paix, la sécurité, l’amour, la liberté. C’est l’intention positive, et elle est toujours respectable.

Comment parler aux parties en hypnose

En hypnose, on s’adresse à une partie comme à un interlocuteur. Ce n’est pas une croyance, c’est une convention de travail, exactement comme le signaling : la métaphore permet de faire quelque chose. Quelques règles, apprises à nos dépens.

On nomme la partie par sa fonction, jamais par son défaut : « la partie qui s’occupe de vous apaiser », pas « la partie qui vous fait manger ». On la remercie : elle travaille pour la personne depuis des années, et une partie reconnue coopère, tandis qu’une partie attaquée se défend. On lui demande, on ne lui ordonne pas : « est-ce que cette partie accepterait de… ? », et on attend le signal. On respecte le non : un refus est une information, l’intention n’a pas été comprise ou les nouvelles options ne sont pas assez bonnes, et on revient en arrière. Et on ne multiplie pas les parties : deux ou trois suffisent à un travail ; un conseil d’administration de douze membres ne décide rien.

Le protocole qui met tout cela en action est le recadrage en transe, transposé du recadrage en six étapes de la PNL avec le signaling : la personne n’a rien à comprendre ni à décider consciemment, son inconscient négocie, et elle en constate les effets. Il fait partie des outils des modules 3 et 4 de la formation de praticien en hypnose ericksonienne, et ses versions avancées (réconciliation des parts, états du moi) du cursus de maître praticien. Le méta-modèle et les techniques de langage qui permettent d’explorer les parties en entretien sont détaillés dans la formation en PNL.

Ce qu’il faut retenir, si l’on ne retient qu’une chose : les conflits intérieurs ne sont pas des ennemis à vaincre, ce sont des messages à écouter. La personne qui comprend que la partie qui la fait fumer essaie de la protéger change de regard sur elle-même ; c’est souvent le premier soulagement, avant toute technique.

À lire aussi : Janet et le diable d’Achille · Le signaling : qui répond vraiment ? · Les sous-modalités

Sources. Janet, P. (1894), « Un cas de possession et l’exorcisme moderne », Bulletin de l’Université de Lyon ; Berne, E. (1961), Transactional Analysis in Psychotherapy ; Watkins, J. G. et Watkins, H. H. (1997), Ego States: Theory and Therapy, Norton ; Schwartz, R. C. (1995), Internal Family Systems Therapy, Guilford ; Bandler, R. et Grinder, J. (1982), Le recadrage, InterÉditions.

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