Peut-on utiliser l’hypnose pour supprimer directement un symptôme sans travail de fond ? Réponse du Dr. Erickson…

Il est courant aujourd’hui, chez les praticiens en hypnose et les hypnothérapeutes, de refuser d’employer l’hypnose pour travailler directement sur la suppression du symptôme.

La principale raison évoquée est le risque du « déplacement de symptôme », donc un travail inutile, inefficace, voire dangereux!

Les hypnothérapeutes pensent alors, qu’une approche symptomatique n’est pas appropriée, les symptômes étant des mécanismes de défense de la personnalité, et donc utiles pour le sujet. Le rôle de l’hypnothérapeute serait alors de faire systématiquement un travail en profondeur, d' »agir sur le fond du problème » et non pas de supprimer simplement le symptôme du patient (fumer, phobie, surpoids, etc.)

Ainsi, il serait inapproprié d’intervenir directement sur un symptôme, mais il faudrait systématiquement faire un « travail en profondeur » afin que le symptôme disparaisse de lui-même, s’il n’est plus utile.

Voyons ce qu’en dit le Dr Milton H Erickson, à ce sujet, dans cette lettre adressée au Dr J Wesley Edel, qui lui demande son avis pour le traitement d’une patiente « trop grosse ». Ce dernier précise dans sa demande, qu’elle « n’obtenait pas de bénéfices de la thérapie analytique », mais l’analyste avait « suscité chez elle ressentiment et anxiété à propos de l’utilisation de l’hypnose ».

« Cher Docteur Edel, 

J’ai examiné soigneusement et dans le détail les éléments que vous m’avez adressés. Il y a dans mon esprit aucun doute quand à l’opportunité de prendre en charge la patiente. Je m’explique :

Dans la relation parent-enfant, il y a eu de nombreuses interactions émotionnelles qui ont été destructives. En conséquence, votre patiente a appris à rechercher le réconfort en mangeant de manière excessive. À cette époque, cela servait un objectif émotionnel. Avec le passage des années, ces excès alimentaire sont devenus une habitude comportementale. En fin de compte, c’est devenu une habitude employée pour faire face à des situations, et comme c’était une habitude très bien apprise et qu’elle était sans rapport avec la situation, elle n’a pas été corrigée. Par conséquent, elle était aussitôt disponible pour être utilisée à n’importe quel moment pour n’importe quelle forme de stress.

On peut établir de la manière suivante un parallèle plus adaptée et bien plus significatif que celui proposé par le docteur R. concernant l’activité physique destructive en relation avec une maladie cardiaque:

Par défi vis-à-vis de ses parents, un garçon de 12 ans peut se glisser furtivement derrière la grange pour y fumer des cigarettes. Puis, 15 ans après, il fume par habitude, même s’il est bien adapté, et s’il a été complètement « psychanalysé » au cours de l' »analyse infantile » et de la « psychanalyse d’adulte » qu’il a suivies pendant ces 15 années. 

Il continue à fumer en dehors de tout défi à ses parents, mais parce qu’il a appris à aimer les cigarettes, il va continuer à avoir cette habitude. Dans les moments de stress, il va allumer des cigarettes, non pas parce qu’il s’agit d’un mécanisme de défense de la personnalité mais parce que, dans les moments de stress, on a besoin de faire quelque chose et que fumer est un début de pure forme à des actions encore à venir. 

Le fait que le patient fume libre de tout conflit ne remet pas en cause la question des considérations de santé par rapport au tabac. Mais il s’agit d’ une habitude tout comme beaucoup d’autres schémas de comportement de toutes sortes deviennent habituels et peuvent demander à être corrigés pour leur danger potentiel

Bon, pour votre patience et la thérapie que vous lui apportez :

Votre patiente a une habitude qui dure depuis des années et qui ne représente plus un mécanisme de défense de la personnalité comme cela a été le cas dans l’enfance et au début de sa jeunesse. C’est une habitude sans utilité qui a persisté en l’absence d’autres apprentissages meilleurs, mais, plus que cela, c’est un handicap physique pour la personne. Dès lors, elle doit être corrigée et on ne peut pas supposer que la correction de l’obésité va intensifier les problèmes de personnalité, à moins que l’on assure faussement et délibérément à la patiente que la correction de l’obésité apporte d’autres problèmes ou qu’elle guérit les autres problèmes. Par exemple, le patient qui a diabète sucré ne doit pas être encouragé à conserver tous ses furoncles dus à l’élévation de sa glycémie jusqu’à ce que le diabète soit soigné. On traite le problème immédiat en incisant et en drainant les furoncles, et ensuite on institue le traitement du diabète sucré. Un juste équivalent de l’admonestation du docteur R. : « Ne modifiez pas l’état d’intoxication de l’ivrogne tant que vous n’avez pas d’abord fait disparaître les problèmes sous-jacents de sa personnalité. » En d’autres termes, permettez au patient de rester saoule (ou gras) et analysez pendant les années à venir. 

Quand au fait que le patient développe nécessairement un nouveau symptôme encore pire si on supprime une habitude établie depuis longtemps, examinons cette vieille superstition défaitiste et bien entretenue par les personnes irréfléchies

Je n’ai jamais entendu dire qu’un patient ait développé une fracture de la cheville du fait du soulagement symptomatique d’une dent cassée ou douloureuse; des milliers, en fait des millions de céphalées on été soulagées de manière symptomatique sans que le patient se mette à développer un symptôme pire; la correction symptomatique d’un bras cassé secondaire à un accident d’automobile par imprudence ne conduit jamais (et je l’affirme dogmatiquement) au remplacement de la fracture du bras traité symptomatiquement par une fracture des deux jambes; prenez simplement en compte qu’une grande partie de la médecine et de l’art dentaire repose en réalité sur le soulagement symptomatique.

Une façon beaucoup plus intelligente de comprendre la thérapie est que le soulagement symptomatique de maladies, d’habitudes ou de pratiques inutiles rend possible et ouvre la voie un thérapie supplémentaires (ou plus profonde) dont le patient peux avoir besoin.

Quand à votre patiente, je recommande fortement que vous obteniez une aide et sa coopération pour supprimer l’encombrante couche de graisse entretenue par des habitudes établies il y a bien des années. Je suis certain que vous n’allez pas lui dire qu’un poids normal constitue de bonnes relations parentales ou des choses de ce genre. Au contraire, je suis sûr que vous n’allez pas faire plus que lui dire : « Et maintenant au lieu d’utiliser vos forces à transporter votre poids et d’utiliser votre temps à maintenir ce poids, vous pouvez utiliser cette force et ce temps à votre avantage en faisant face plus efficacement aux besoins de votre personnalité, bien plus efficacement que lorsque vous laissiez vos forces et votre temps se perdre avec vos problèmes de poids.« 

En tant que médecin généraliste, vous avez le droit, en réalité l’obligation, de satisfaire les besoins du patient au lieu de dire en fait : « Je suis tout à fait désolé de votre grave coup de soleil, mais quelques défauts dans votre personnalité vous a amené à vous exposer beaucoup trop au soleil, et votre coup de soleil ne doit pas être traité symptomatiquement jusqu’à ce qu’un nombre suffisant d’années d’analyse ait corrigé les profondes tendances sous-jacentes à l’autodestruction cachées dans les recoins les plus profonds de votre personnalité. »

Je ne comprends pas pourquoi, dans toutes les autres branches de la science, chaque nouvelle idée, chaque nouvelle découverte est saluée avec un plaisir qui constitue la motivation pour chercher de nouvelles idées ou découvertes encore meilleures, alors qu’en psychiatrie il en est autrement.

Comme l’enseigne avec tant d’insistance notre ami le docteur R., toute déclaration, une fois émise, doit demeurer indéfiniment une déclaration définitive. Par exemple, en 1890, Freud à fait certaines déclaration; et maintenant ses successeurs veulent que les années et les décades passent sans qu’il y ait la moindre déviation de la formulation et de l’interprétation originale, parce que, pour eux, les déclarations du passé représentent la vérité et pour toute éternité. C’est ainsi que pensent et enseignent de nombreux « psychiatres ». 

Quant à vous bonne chance pour vous et pour votre patiente. Vous travaillez ensemble pour parvenir un objectif commun, la réussite et le bonheur de la patiente. 

Puisse les erreurs de compréhension de ceux qui voudraient maintenir des croyances ritualistes céder devant le progrès scientifique. 

Bien à vous, Milton H. Erickson, M.D. »

Dominik

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