Induction idéomotrice et conversationnelle : la magie de Milton Erickson face à la résistance
« Je suis résistant à l’hypnose. Beaucoup ont essayé, tous ont échoué. » Quand une personne vous dit cela en s’asseyant, vous avez perdu si vous essayez de prouver le contraire. Erickson ne prouvait rien. Il avait mis au point, pour ces patients-là, une induction qui prend la résistance au mot et la rend inutile : on ne lui demande pas d’entrer en transe, on lui demande d’attendre que son inconscient réponde à une question. Le texte en est resté célèbre. Nous le donnons ici en entier, découpé en huit mouvements, et nous disons après chacun ce qu’Erickson fait, parce que ce qu’il fait n’est jamais ce qu’il semble faire.

La technique d’hypnose d’Erickson pour les personnes résistantes : le texte commenté
1. Accepter la résistance, mot pour mot
« Vous êtes venu pour une thérapie, vous avez demandé de l’hypnose, et l’histoire que vous avez donnée de votre problème m’amène à être convaincu que l’hypnose vous aidera.
Cependant, vous dites avec beaucoup de conviction que vous êtes un sujet résistant à l’hypnose, que d’autres ont vainement et longuement essayé d’induire une transe, que diverses techniques n’ont donné aucun résultat, et que des hommes de bonne réputation vous ont fait douter de l’hypnose et de son efficacité thérapeutique.
Vous avez franchement exprimé votre conviction que je ne peux pas induire une transe chez vous, et vous avez dit avec la même franchise que vous êtes convaincu que vous résisterez à toute tentative d’hypnose, et que cette résistance se manifestera malgré votre profond désir de coopérer et vos efforts sérieux en ce sens.
Puisque vous êtes venu pour une thérapie et que vous dites que vous êtes un patient chicanier, récalcitrant, laissez-moi vous expliquer certaines choses avant que nous commencions. »
Pas une objection. Erickson reprend tout ce que le patient a dit, dans l’ordre, presque dans ses mots, et il le valide. Mais la construction est intéressante : « vous êtes venu pour une thérapie, vous avez demandé de l’hypnose » (deux vérités incontestables), puis la résistance (acceptée), puis « malgré votre profond désir de coopérer » (il nomme la partie du patient qui veut), et enfin « avant que nous commencions » : commencer est présupposé. La résistance n’est plus un obstacle à l’hypnose, elle est un élément de la situation, décrit avec la même neutralité que le fauteuil. En PNL on parlerait de synchronisation ; chez Erickson c’est de l’utilisation, et l’alliance est faite en trente secondes, avant même que quoi que ce soit ait été demandé.
2. Le presse-papiers
« Pour que vous puissiez être attentif, asseyez-vous simplement les pieds bien à plat sur le sol, les mains sur vos cuisses, et ne laissez surtout pas vos mains se toucher l’une l’autre.
Maintenant, pour que vous restiez tranquille pendant que je vous parle, regardez juste ce presse-papiers, qui n’est qu’un objet utile à portée de main. En le regardant, vous allez tenir vos yeux tranquilles, et ça va faire tenir votre tête tranquille, et ça va faire tenir vos oreilles tranquilles, et c’est à vos oreilles que je parle.
Non, ne me regardez pas, regardez seulement le presse-papiers, parce que je veux que vos oreilles restent tranquilles et vous les bougez quand vous tournez votre tête vers moi. »
Tout a l’air anodin, et tout est une induction. Les pieds à plat, les mains séparées : le corps est installé et immobilisé, sans qu’on ait parlé de détente. Le presse-papiers, « qui n’est qu’un objet utile » : une fixation du regard, à la Braid, présentée comme une commodité pour qu’il « reste tranquille ». Et puis cette chaîne absurde et irréfutable : yeux tranquilles, donc tête tranquille, donc oreilles tranquilles, « et c’est à vos oreilles que je parle ». Le patient ne peut pas discuter une logique aussi plate, et pendant qu’il la suit, il a cessé de bouger, cessé de regarder Erickson, et il écoute. Le « non, ne me regardez pas » est intéressant aussi : une consigne directe, enfin, mais sur un point sans enjeu, que le patient obéissant exécute, et il vient d’obéir pour la première fois.
3. Les deux esprits
« Aujourd’hui, quand vous êtes entré dans cette pièce, vous y avez amené vos deux esprits, c’est-à-dire l’avant de votre esprit et l’arrière de votre esprit (l’esprit conscient et l’esprit inconscient).
Mais ça m’est complètement égal que vous m’écoutiez avec votre esprit conscient, parce que de toute façon il ne comprend pas du tout votre problème, sinon vous ne seriez pas ici ; alors je veux juste parler à votre esprit inconscient, parce qu’il est suffisamment attentif pour m’entendre. Donc, vous pouvez laisser votre esprit conscient écouter les bruits de la rue, ou les avions qui nous survolent, ou les bruits dans la pièce voisine.
Ou vous pouvez réfléchir à tout ce qui surgit dans votre esprit conscient, des pensées organisées, des pensées qui surgissent par hasard, parce que tout ce que je veux, c’est parler à votre esprit inconscient, et il m’écoutera parce qu’il est à portée de voix même si votre esprit conscient s’ennuie.
Si vos yeux se fatiguent, ce sera bien de les fermer, mais gardez toute votre vigilance, et gardez dans votre esprit une vraiment bonne image mentale ou visuelle, avec vigilance.
Contentez-vous de vous sentir à l’aise pendant que je parle à votre esprit inconscient, puisque je me fiche de ce que fait votre esprit conscient. »
Voici le clivage, et il est fait pour un résistant. La résistance vit dans l’esprit conscient ; Erickson lui dit que cet esprit-là ne l’intéresse pas (« ça m’est complètement égal », « je me fiche »), qu’il peut écouter la rue, les avions, s’ennuyer. La résistance n’a plus rien à quoi s’opposer : on ne lui demande rien. Et au passage, deux coups discrets. « Il ne comprend pas du tout votre problème, sinon vous ne seriez pas ici » : le patient ne peut pas protester sans se contredire. Et « si vos yeux se fatiguent, ce sera bien de les fermer », glissé au milieu, avec cette précaution de « vigilance » répétée qui rassure le contrôlant : fermer les yeux n’est pas lâcher. Le patient résistant est désormais immobile, yeux sur un objet ou fermés, en train de laisser son esprit conscient vagabonder pendant qu’on parle à l’autre, autrement dit en transe, et personne n’a encore prononcé le mot.
4. Tout le monde sait dire oui et non
« Maintenant, on peut faire de la thérapie, mais avant, je veux être sûr que vous réalisez que vous ne comprenez pas vraiment vos problèmes, mais que vous apprendrez à les comprendre avec votre esprit inconscient.
Tout le monde sait que les gens peuvent communiquer verbalement, ou par le langage des signes. Et le plus commun de ces signes, bien sûr, c’est quand vous faites un signe de la tête pour dire oui ou non. N’importe qui peut le faire. On peut faire signe de “venir” avec l’index ou faire un geste “d’au revoir” avec la main. En bougeant le doigt d’une certaine manière, on peut signifier “Oui, viens ici”, et par un geste des mains on peut vraiment dire “Non, ne reste pas ici”. Autrement dit, on peut utiliser la tête, le doigt ou la main pour signifier soit oui soit non. Nous le faisons tous. Vous pouvez le faire aussi.
Quelquefois, en écoutant une personne, il peut nous arriver de hocher ou de secouer la tête, sans le savoir, pour exprimer notre accord ou notre désaccord. Il serait tout aussi facile de le faire avec le doigt ou la main. »
Une suite de truismes : des choses tellement vraies qu’on acquiesce intérieurement à chacune. Oui, on hoche la tête. Oui, on fait signe de venir. Oui, « nous le faisons tous ». Et au bout de la chaîne de oui, la phrase qui compte : « sans le savoir ». Le mouvement involontaire est posé comme une évidence quotidienne, pas comme un phénomène hypnotique. Quand Erickson demandera tout à l’heure un signal idéomoteur, il ne demandera rien d’extraordinaire : il demandera ce que le patient vient d’admettre faire tous les jours. C’est ainsi qu’on installe un signaling chez quelqu’un qui n’y croit pas.
5. Une question à laquelle seul l’inconscient peut répondre
« Maintenant, j’aimerais poser une question à votre esprit inconscient, une question à laquelle il peut répondre tout simplement par oui ou par non. C’est une question à laquelle seul votre esprit inconscient peut répondre. Ni votre esprit conscient, ni mon esprit conscient, ni même d’ailleurs mon esprit inconscient ne connaissent la réponse. Seul votre esprit inconscient sait quelle est la réponse à donner, et il lui faudra penser à répondre par oui ou par non.
Il le fera peut-être en hochant ou en secouant la tête, en soulevant l’index, disons l’index droit pour dire oui, l’index gauche pour dire non, comme c’est habituellement le cas pour les droitiers et inversement pour les gauchers. Ou c’est la main droite qui pourrait se soulever, ou la main gauche qui pourrait se soulever.
Mais seul votre esprit inconscient sait ce que sera la réponse quand je demanderai de répondre par oui ou par non. Et même votre esprit inconscient ne saura pas, quand la question sera posée, s’il répondra par un mouvement de tête ou un mouvement du doigt, et votre esprit inconscient devra réfléchir à cette question et décider, après qu’il ait élaboré sa réponse, exactement comment il va répondre.
Donc, dans cette situation difficile dans laquelle nous nous trouvons, nous allons tous les deux nous installer confortablement et attendre, et attendre que votre esprit inconscient réfléchisse à la question, formule sa réponse, puis décide, que ce soit avec la tête, ou le doigt, ou la main, de laisser venir la réponse.
En d’autres termes, je vais poser une question à laquelle seul votre esprit inconscient peut répondre, et à propos de laquelle votre esprit conscient ne peut qu’émettre des suppositions, peut-être correctes, peut-être incorrectes, ou peut n’avoir seulement qu’une sorte d’opinion, mais si c’est le cas, seulement une opinion, pas une réponse. »
Regardez ce qu’Erickson fait de la question : il en parle pendant des minutes sans la poser. Il annonce qu’il va la poser, décrit qui peut y répondre (l’inconscient seul), énumère toutes les façons de répondre (tête, index droit, index gauche, main droite, main gauche), explique que même l’inconscient ne sait pas encore comment il répondra, et conclut qu’ils vont « attendre » ensemble. Chaque minute de ce préambule fait monter l’attente, et chaque alternative offerte multiplie les chances qu’un mouvement se produise : on ne peut pas ne pas répondre quand cinq réponses sont possibles et qu’aucune n’est exigée. Et la petite phrase finale désarme la résistance par avance : si le conscient a un avis, ce n’est « qu’une opinion, pas une réponse ». Le patient qui pense « ça ne marchera pas » vient d’apprendre que cette pensée ne compte pas.
6. Le droit de cacher la réponse
« Avant que je pose cette question, j’aimerais proposer deux possibilités. Votre esprit inconscient pourrait ne pas souhaiter que vous connaissiez la réponse. Mon sentiment, et je pense que vous serez d’accord, est que vous êtes venu chercher une thérapie pour des raisons hors de portée de votre esprit conscient. Par conséquent, je pense que nous pourrions aborder cette affaire de la question de telle façon que vos profonds désirs inconscients de cacher la réponse ou de la partager avec votre esprit conscient soient suffisamment protégés et respectés. C’est pour moi une manière honnête et juste de s’occuper de soi et de ses problèmes.
Maintenant, pour répondre à vos besoins, je vais poser cette question dont la réponse sera oui ou non, et tenez-vous prêt à avoir le plaisir de laisser votre esprit inconscient répondre, et en faisant cela, soit partager la réponse avec votre esprit conscient, soit la lui cacher, selon ce que votre esprit inconscient jugera préférable. L’essentiel, bien sûr, c’est la réponse, ce n’est ni le partage, ni la dissimulation. Car toute dissimulation ne concernera en fait que le moment présent, puisque les bénéfices thérapeutiques que vous en tirerez vous révéleront tôt ou tard la réponse, au moment que votre esprit inconscient considérera le plus approprié et le plus utile pour vous.
Donc, vous pouvez attendre avec impatience de connaître la réponse, tôt ou tard, et vos désirs conscients, aussi bien que vos désirs inconscients, sont de rechercher une thérapie et de répondre à vos besoins comme il faut et quand il faut.
Alors, comment sera-t-il répondu à cette question ? En parlant ? Sûrement pas ! Vous seriez obligé de parler mais aussi d’écouter. Ce ne pourrait pas être une façon de faire honnête avec votre esprit inconscient s’il voulait, pour votre bien-être, cacher la réponse à votre esprit conscient.
Comment alors ? Tout simplement par un mouvement musculaire que vous pouvez remarquer ou ne pas remarquer, un mouvement qui peut être soit volontaire et visible, soit se faire de manière involontaire et passer inaperçu, tout comme vous pouvez hocher ou secouer la tête sans vous en apercevoir quand vous êtes d’accord ou quand vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un qui parle, ou que vous froncez les sourcils quand vous essayez de vous rappeler quelque chose. »
C’est ce passage qui rend l’induction à peu près impossible à faire échouer. Erickson vient d’autoriser toutes les issues : la réponse peut être oui ou non, visible ou invisible, connue du patient ou cachée à lui-même, remarquée ou non. Quoi qu’il se passe, y compris rien de visible, c’est une réponse de l’inconscient, et elle est respectée. Le résistant n’a plus rien à faire échouer. Et l’ensemble est enveloppé dans un langage d’éthique (« honnête », « protégés et respectés », « pour votre bien-être ») qui n’est pas de la décoration : il dit vrai, et il donne au patient le sentiment, exact, qu’on prend soin de lui. Il y a aussi ce « tenez-vous prêt à avoir le plaisir » : la réponse est annoncée comme agréable, avant d’exister.
7. Conscient et inconscient : deux façons de répondre
« Quel va être ce mouvement musculaire ? Je pense que ce serait mieux d’envisager différentes possibilités, mais avant de le faire, permettez-moi de décrire la différence entre une réponse musculaire de l’esprit conscient et celle de l’esprit inconscient.
La réponse de l’esprit conscient ne peut pas vous être cachée. Vous la connaissez tout de suite. Vous l’acceptez et vous la croyez, peut-être à contrecœur. Elle vient sans retard. Elle jaillit immédiatement à votre esprit, et vous répondez aussitôt.
La réponse de l’esprit inconscient est différente, parce que vous ne savez pas ce qu’elle va être. Vous devez attendre qu’elle arrive, et consciemment vous ne pouvez pas savoir si ça va être “oui” ou “non”. Elle n’a pas besoin d’être en accord avec la réponse consciente, qui peut arriver en même temps, en accord avec les pensées de votre esprit conscient. Vous devrez attendre, et peut-être attendre encore et encore, pour la laisser venir. Et elle arrivera en son temps et à sa vitesse. Mais vous pouvez cacher une réponse, n’est-ce pas ?
Alors, quel va être ce mouvement ? La plupart des gens hochent ou secouent la tête pour dire “oui” ou “non”, et la question que je vais poser est le genre de question qui nécessite de répondre par “oui” ou par “non”. D’autres personnes préfèrent le signifier en levant les index, l’un “oui”, l’autre “non”. D’habitude, en ce qui me concerne, comme pour la plupart des gens, je préfère utiliser l’index droit pour dire “oui” et le gauche pour dire “non”, mais souvent c’est le contraire pour les gauchers. Et puis d’autres personnes ont des mains expressives et peuvent facilement, volontairement ou involontairement, lever leur main droite pour dire “oui” ou la gauche pour dire “non”.
Je ne sais pas si votre esprit inconscient désire que votre esprit conscient regarde un objet ou prête attention à votre tête, à vos doigts ou à vos mains. Peut-être aimeriez-vous observer vos mains, et si votre vue se trouble alors que vous les regardez fixement en attendant de voir laquelle bougera quand je poserai ma question facile, un tel trouble est compréhensible. Il signifie seulement que vos mains sont près de vous et que vous les regardez attentivement. »
Ce passage apprend au patient à reconnaître un signal idéomoteur, et donc à le produire. La réponse consciente est immédiate ; la réponse inconsciente, elle, « arrive en son temps et à sa vitesse », après une attente. Erickson décrit ainsi, à l’avance, la latence caractéristique du mouvement idéomoteur, de sorte que lorsque le doigt tardera à bouger, le patient y verra la preuve que c’est bien l’inconscient qui répond. Et il reprend une troisième fois la liste des réponses possibles, en y ajoutant maintenant la fixation des mains et le trouble de la vision, « compréhensible », normalisé par avance : encore un phénomène de transe (la vision qui se brouille) présenté comme un détail sans importance, et donc accepté sans résistance.
8. La question
« Maintenant, nous arrivons à la question ! Je n’ai pas besoin de savoir quels mouvements vous avez choisi de faire. Vous avez la tête sur les épaules et des doigts aux mains, et vous pouvez laisser vos mains reposer confortablement sur vos cuisses ou sur les accoudoirs du fauteuil. L’essentiel est de vous sentir à l’aise en attendant la réponse de votre inconscient. Maintenant, vous êtes prêt pour l’un de ces mouvements ou pour tous les mouvements possibles.
Quant à la question que je vais poser, elle aussi n’est pas vraiment importante. Ce qui est important, c’est ce que pense votre esprit inconscient et, bien sûr, ni vous ni moi ne savons consciemment ce qu’il pense. Mais votre inconscient le sait bien puisqu’il produit ses propres pensées, mais pas toujours en accord avec vos pensées conscientes.
Puisque vous m’avez demandé d’induire une transe, je pourrais vous poser une question en rapport avec votre requête, mais je préférerais vous en poser une plus simple. Donc, posons une question suffisamment générale pour pouvoir y répondre par l’une des diverses réactions musculaires dont nous avons parlé.
Maintenant, voici la question que je veux que vous écoutiez attentivement, et ensuite je veux que vous attendiez patiemment de voir, ou peut-être de ne pas voir, quelle est la réponse de votre inconscient. Voici ma question :
Est-ce que votre esprit inconscient pense qu’il fera lever votre main, ou votre doigt, ou qu’il fera bouger votre tête ?
Attendez patiemment, avec curiosité, et laissez venir la réponse… peut-être en fermant les yeux, en prenant une respiration profonde, et en prenant plaisir à ce que votre esprit inconscient est libre de communiquer avec moi comme il le souhaite. »
Milton H. Erickson, The Collected Papers on Hypnosis, vol. I, The Nature of Hypnosis and Suggestion, p. 206
Et la question, enfin : « Est-ce que votre esprit inconscient pense qu’il fera lever votre main, ou votre doigt, ou qu’il fera bouger votre tête ? » Elle est très simple. Elle ne porte pas sur la transe, ni sur le problème, ni sur rien qui puisse être contesté : elle porte sur le mouvement lui-même. Et elle est construite de telle sorte que toute réponse est un mouvement : si l’inconscient pense « oui », il lève quelque chose ; s’il pense « non », il secoue la tête ou lève l’autre doigt, et c’est encore un mouvement ; la question contient donc sa propre réponse. Pendant ce temps, le patient, immobile depuis dix minutes, yeux fermés ou fixés, est invité à « attendre patiemment » : l’attente elle-même est la transe. Le résistant n’a jamais été hypnotisé ; il a attendu, avec curiosité, que son inconscient fasse quelque chose, et l’inconscient l’a fait.
Ce que cette induction enseigne
Qu’on ne combat pas une résistance : on lui retire son objet. Qu’une suite de consignes sans enjeu (les pieds, les mains, le presse-papiers, « ne me regardez pas ») installe une transe mieux qu’une induction annoncée, et que le clivage conscient/inconscient donne à la résistance un endroit où aller qui ne gêne personne. Qu’une question longuement préparée, à laquelle toutes les réponses sont acceptables, ne peut pas rester sans réponse, et que l’attente, quand elle est curieuse, est déjà l’état qu’on cherchait. Nous travaillons cette induction, ligne par ligne, dans la formation de praticien, parce qu’elle contient à peu près tout ce qu’un praticien doit savoir sur la réponse idéomotrice ; et nous allons plus loin, vers la transe profonde et ses phénomènes, dans la formation Hypnose profonde d’Antoine Garnier.
Pour la version la plus simple et la plus physique de la même idée, chez quelqu’un qui ne répond à rien : installer un signaling chez une personne résistante. Et pour un autre cas de résistant traité par Erickson : un arrêt du tabac pour personne résistante.
Référence. Erickson, M. H. (1980), « A technique for resistant patients », dans The Collected Papers of Milton H. Erickson on Hypnosis, vol. I, dir. E. L. Rossi, Irvington, p. 206 ; trad. fr. L’intégrale des articles de Milton H. Erickson sur l’hypnose, tome 1, Satas.
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