L’Hypnose conversationnelle : un exemple par Milton Erickson
L’hypnose conversationnelle est l’une des facettes les plus fascinantes de l’hypnose ericksonienne : amener une personne vers un état ou une idée au fil d’une simple conversation, sans induction formelle, sans « fermez les yeux ».
Pour comprendre comment elle fonctionne, rien ne vaut un exemple. Et l’un des plus parlants a été raconté par Milton Erickson lui-même : le jour où son fils Burt a essayé d’obtenir les clés de la voiture… sans jamais les demander.
Qu’est-ce que l’hypnose conversationnelle ?
L’hypnose conversationnelle, parfois appelée hypnose indirecte (ou covert hypnosis en anglais), s’est développée dans le cadre de l’hypnose ericksonienne. Plutôt que de donner des consignes directes, le praticien glisse ses suggestions à l’intérieur de ce qu’il raconte : des récits, des métaphores, des associations d’idées. La personne y répond par une image, une sensation, un changement de point de vue, sans avoir le sentiment qu’on lui a demandé quelque chose.
Milton Erickson (1901-1980), psychiatre américain, a fait de cette approche un véritable outil thérapeutique. Il l’utilisait en séance, au sein de la relation avec ses patients, notamment pour contourner les résistances que des consignes directes auraient pu réveiller.
Les principaux outils
- Les suggestions indirectes : une idée proposée sous forme d’évocation plutôt que d’ordre.
- Les récits et les métaphores : une histoire qui parle d’autre chose, et dans laquelle la personne trouve ses propres réponses.
- Les associations d’idées : des thèmes qui reviennent et finissent par orienter la pensée.
- La technique de dispersion (interspersal) : des mots-clés semés dans le discours, mis en valeur par le ton ou une courte pause. Erickson l’illustre magnifiquement dans le cas du plant de tomate, raconté dans L’art de l’hypnose conversationnelle.
- L’observation des signaux minimes : respiration, regard, micro-mouvements, qui indiquent comment la personne réagit.
L’exemple de Milton Erickson : Burt et les clés de la voiture
Dans un texte consacré à ce qu’il appelle la focalisation idéodynamique indirecte, Erickson raconte comment son fils Burt a tenté d’orienter sa pensée. Voici son récit, avec nos explications entre chaque passage.
« Discutons la question concernant le fait d’indiquer le chemin de la pensée d’une personne. Il y a plusieurs années j’étais malade, et mon fils était à la maison en permission des “Marines”.
Le reste de la famille était sorti pour la soirée, mais Burt était resté pour me tenir compagnie. Et pour me tenir compagnie, il commença par remémorer l’époque où nous étions en vacances dans le Nord du Michigan. Et il parla du Nord du Michigan et de la carrière, et de la grenouille albinos que nous avions vue là-bas, et ainsi de suite.
Brutalement, j’ai eu envie de lui demander : “Voudrais-tu les clés de la voiture pour aller te promener ?” Pour une raison quelconque, cependant, j’ai réprimé la question. »
« La chose suivante que je savais était que Burt parlait du voyage du Michigan vers le Wisconsin ; comme était la bonne cuisine de grand-mère Erickson ; comment son frère Lance mangeait toujours trop de poulet, et comment Lance, en fait, était tombé malade sur la route du retour vers le Michigan.
Et de nouveau j’ai eu une envie urgente de lui offrir les clés de la voiture, mais de nouveau j’ai réprimé cela. »
« Burt mentionna alors le voyage à la ferme de mon frère, et comment Allen est devenu si soucieux : comment la mère poule élève ses petits poussins ? Et Alice, dans la sagesse de son âge tendre, a dit : “Seuls les mammifères allaitent leurs petits.”
Elle s’est mise à expliquer très attentivement que les mammifères donnent du lait, et elle était très savante, Allen l’écoutait, Burt et moi riions de cet incident, et de nouveau j’ai eu envie de lui offrir les clés de la voiture. J’ai réprimé cette idée et j’ai alors pensé : maintenant, attends une minute… trois fois j’ai eu envie de lui offrir les clés de la voiture… Que se passe-t-il ? »
« J’ai lentement mis tout cela ensemble. Le Nord du Michigan : nous sommes allés là-bas en voiture ; il a mentionné le fait de faire les bagages et de fermer la cabane avant de partir, et fermer la cabane met en jeu des clés ; il a mentionné le fait d’aller à la carrière et ceci mettait en jeu la voiture. J’ai réprimé cela.
Il a mentionné alors le voyage vers le Wisconsin. C’était également un long trajet, également en voiture. Et sur le chemin du retour, Lance est tombé malade, et nous avons dû arrêter la voiture, et de nouveau j’ai pensé à lui offrir les clés. Et alors il y a eu le voyage à la ferme de mon frère, un autre trajet en voiture. Ma conclusion : Burt a toujours été en train de parler d’une voiture. Cela ne m’étonne pas que j’aie pensé à lui offrir les clés de la voiture ! »
« Ayant terminé ce train de pensée, j’ai dit : “La réponse, Burt, est NON !”
« Bien, papa, a dit Burt en rigolant, tu dois admettre qu’il s’agissait d’une belle tentative. »
“Ce n’était pas tout à fait assez bien, rétorquai-je, parce que je suis tombé dessus trop vite. Tu devrais être plus lent et moins direct. Tu es resté entièrement collé au truc. Pourquoi n’as-tu pas parlé de l’achat de la bicyclette chez Ned où nous avons fait le plein d’essence et d’huile ? Tu aurais pu parler de la bicyclette ; cela aurait amené le garage de Ned et la station d’essence.
Tu aurais pu rappeler le lapin que nous avons mangé et que nous avions acheté chez Ed Carpenter : j’ai acheté la voiture chez Ed. Cela aurait recouvert ton intention, mais tu es simplement resté collé aux voyages. Tu aurais dû amener d’autres associations, moins évidentes, avec les automobiles ; cela aurait dissimulé la signification de ce que tu disais, mais cela m’aurait cependant amené à t’offrir les clés de la voiture.”
La réponse de Burt fut : « Je vais m’en souvenir ! » »
Ce que montre cet exemple
Burt n’a jamais demandé les clés. Il a laissé les souvenirs, les détails et les associations faire le travail. C’est l’essence de l’hypnose conversationnelle : ne pas imposer une idée, mais créer les conditions pour qu’elle émerge chez l’autre.
L’exemple montre aussi ses limites : Erickson finit par repérer le procédé et dit non. La suggestion indirecte ne fait pas faire à quelqu’un ce qu’il ne veut pas faire ; elle propose, et la personne reste libre de suivre ou non.
Vidéo : l’hypnose conversationnelle expliquée par Antoine Garnier
Antoine Garnier, hypnothérapeute et formateur, en parle dans cette vidéo :
En hypnothérapie : un outil, avec un cadre
Dans un cabinet, l’hypnose conversationnelle n’a rien d’une manipulation. Le patient vient avec une demande, il sait qu’il consulte un hypnothérapeute, et les suggestions indirectes sont utilisées au service de son objectif : l’aider à se détendre, à changer de regard sur une situation, à retrouver des ressources.
Elles sont particulièrement utiles avec les personnes qui se sentent mal à l’aise face aux consignes directes, qui analysent beaucoup, ou avec les enfants, pour qui une histoire parle souvent mieux qu’une explication.
Notre position : à Hansen Institute, nous enseignons ces techniques dans le cadre de l’hypnose thérapeutique, avec le consentement de la personne et dans son intérêt. Utiliser l’hypnose conversationnelle pour obtenir quelque chose de quelqu’un à son insu n’est pas compatible avec l’éthique du praticien.
Aller plus loin
Pour comprendre comment Bandler et Grinder ont analysé le langage d’Erickson, avec le célèbre cas de Joe et du plant de tomate : L’art de l’hypnose conversationnelle.
Pour découvrir une à une les techniques de langage d’Erickson, avec des exemples et des exercices : Le Milton Modèle : comprendre le langage hypnotique d’Erickson. Et pour un outil simple qui aide à gagner en fluidité : la machine à phrases.
Antoine Garnier propose un autre exemple, centré sur les petits gestes et les signaux qui peuvent amener une transe : Des craies et des robes : hypnose conversationnelle et signaux minimes.
Et pour travailler ces approches avec lui en formation : Antoine Garnier anime à Hansen Institute le cycle hypnose profonde, qui comprend notamment une formation à l’hypnose non verbale et au signaling.
Questions fréquentes
L’hypnose conversationnelle est-elle une forme de manipulation ?
Elle peut être détournée, comme toute technique de communication. En hypnothérapie, elle est utilisée avec une personne venue consulter, pour l’aider à atteindre l’objectif qu’elle a elle-même fixé. Et comme le montre l’exemple d’Erickson, une suggestion indirecte ne force personne : la personne reste libre de dire non.
Quelle différence entre hypnose conversationnelle et hypnose classique ?
Une séance d’hypnose « classique » commence par une induction annoncée : on propose à la personne de s’installer, de fermer les yeux, de se laisser guider. L’hypnose conversationnelle passe par la conversation elle-même, avec des récits, des métaphores et des suggestions indirectes. En séance, les deux se combinent souvent.
Peut-on apprendre l’hypnose conversationnelle ?
Oui. Elle demande de bien maîtriser les bases de l’hypnose ericksonienne (langage, suggestions, observation), puis beaucoup de pratique. C’est l’un des axes de la formation de praticien en hypnose.
Découvrez nos formations en hypnose
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Bonjour Dominik,
Merci pour votre article passionnant sur l’hypnose conversationnelle. J’ai eu l’opportunité ces dernières années, de pratiquer l’hypnose conversationnelle. En milieu thérapeutique et en coaching de vie. Notamment.
A ce sujet, et à toute fin utile, je vous partage un retour d’expérience vidéo sur l’application concrète de l’hypnose conversationnelle en coaching de vie : https://youtu.be/HkIUT-pK5nk?si=sejGIwJm7X32Zitx
Aussi, vous y découvrirez comment j’utilise les techniques hypnotiques conversationnelles suivantes en situation de coaching :
– L’art de poser des questions impactantes en hypnose conversationnelle
– Créez une connexion à l’autre
– Découvrez les besoins inconscients de votre interlocuteur
– Faites taire le facteur critique conscient
– L’inconscient, un réservoir de ressources illimitées
– Début de la conversation hypnotique avec Carmen
– Redirigez son attention vers des états ressources
– La reformulation en hypnose conversationnelle
– Faites entrer l’autre dans un état de suggestibilité hypnotique
– Appliquez la formule ACS de l’hypnose conversationnelle
– Utilisez le pouvoir des questions hypnotiques confusantes
– Calibrez ses réactions conscientes et inconscientes
– Influencez le changement et faites négocier l’autre avec lui-même
– Utilisez la suggestion hypnotique
Au plaisir de partager avec vous à ce sujet !
MERCI POUR CET ENREGISTREMENT
CETTE DEMONSTRATION EST INCROYABLE
MAIS STIMULANTE POUR CONTINUER LES RECHERCHES ET LES EXPERIENCES SUR L’HYPNOSE CONVERSATIONNELLE
Effectivement Erickson est un maître dans cet art subtil, merci pour ce retour !