Comment pratiquer l’Hypnose de Rue ou de Spectacle en conservant l’éthique de l’hypnose thérapeutique et en offrant une expérience plus enrichissante pour le sujet ?

Par Marion Cail, dans le cadre de sa certification de Maître Praticienne en Hypnose

Comment pratiquer l’hypnose de rue ou de spectacle en conservant l’éthique de l’hypnose thérapeutique et en offrant une expérience plus enrichissante pour le sujet ?

Hypnose de Rue

L’hypnose, avec internet et l’accès illimité à grand nombre d’information, se diversifie et devient accessible au grand public. On la voit à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans la rue ; mais on peut voir que souvent, dans l’hypnose de rue et de spectacle, éthique et bienveillance sont un peu laissées de côté, au profit de scénarios spectaculaires qui démontreraient de la puissance de l’hypnose, et aussi parfois, du “pouvoir” de l’hypnotiseur sur le sujet.

Je me pose la question de l’effet que ces démonstrations dans la rue ou à la télévision, ont sur les sujets qui les vivent. Lorsque Julien Mameli ( hypnotiseur de spectacle ) fait halluciner à un sujet des animaux affamés qui l’attaquent ( source youtube : sous hypnose il se fait attaquer par un lion un ours et un tigre ) , ou encore quand Mesmer dans d’anciens spectacles pointait un pistolet imaginaire sur les sujet et leur suggérait qu’ils étaient réellement menacés, quelles traces restent dans le psychisme du sujet ? Ces expériences peuvent possiblement créer des vécus traumatisants, et cela ne semble pas déranger les auteurs, qui prônent l’amusement et le divertissement.

Mais comme le dit Milton Erickson dans L’hypnose thérapeutique, quatre conférences : “[l’hypnotiseur] ne travaille pas avec le sujet pour atteindre ces propres besoins”. Ici, je réfléchis donc à quels scénarios et métaphores pourraient servir lors d’hypnose de rue ou de spectacle, sans desservir la dimension de bienveillance et d’utilité de l’hypnose thérapeutique.

D’abord, il me semble important de rappeler que le volontariat et le consentement sont les bases pour bien démarrer et guider une démonstration d’hypnose quelle qu’elle soit. Comme lors d’une séance d’hypnose thérapeutique, la bienveillance du praticien lors de séances d’hypnose de rue ou de spectacle veut que son attention et son écoute soient totalement disponibles pour le sujet. Il est primordial d’éviter les contacts physiques non nécessaires, de s’assurer du confort de la personne tout au long de la démonstration, de veiller à ce que l’expérience soit agréable pour le sujet, de s’adapter à ses réactions, et de proposer des suggestions et métaphores simples, utiles, sans aller trop loin dans les expériences pour ne pas bouleverser le sujet.

De plus, il me semble indispensable de prendre le temps de poser des fusibles pour laisser l’opportunité au sujet de vivre au mieux son expérience. Expliquer au sujet que cette expérience est l’occasion d’apprendre quelque chose de nouveau et de bénéfique pour lui, d’éventuellement mettre en place un mouvement interne ou un léger changement utile et positif pour lui, sans pour autant vivre une séance d’hypnose thérapeutique, sans le pousser à dévoiler ce qu’il a à l’intérieur.

Dans le type d’hypnose de rue plus éthique que j’imagine, on souhaite informer le sujet que le but de l’expérience n’est pas de proposer quelque chose de drôle pour les éventuels spectateurs, mais plutôt de montrer la dimension “magique” et bénéfique de l’hypnose à travers de belles expériences.

Je donne donc ici quelques exemples de phénomènes hypnotiques souvent utilisés en hypnose de spectacle sans détailler le processus pour y arriver, mon but étant plutôt d’y associer une métaphore positive, simple, qui puisse être bénéfique pour le sujet. Le simple fait de prendre le temps d’enrober l’expérience d’une métaphore utile permettrait de proposer un “spectacle” pour ceux qui regardent, tout en offrant une belle expérience pour le sujet qui la vit.

  • les mains collées l’une à l’autre : comme quand on se retrouve parfois dans une situation où l’on ne sait pas comment agir, où l’on se sent comme englué, figé. Peut être que chacun s‘est déjà retrouvé dans cette situation, peut être que ça arrive encore des fois, dans le travail, dans la prise de décision au quotidien, dans la difficulté de faire un choix … On peut alors laisser le sujet éprouver comme il est difficile de décoller ses mains un petit moment. Puis surgit dans l’esprit une nouvelle idée, une solution jusqu’ici passée inaperçue, un début de réponse, et petit à petit les mains peuvent commencer à se décoller doucement progressivement, et les idées deviennent de plus en plus claires sur comment sortir de cet engluement, sur comment solutionner cette question, sur comment faire son choix … et lorsque les deux mains sont décollées, le sujet conserve cette nouvelle idée, et à chaque fois qu’il se trouvera dans une situation similaire, cet instant où ses mains se décollent lui reviendra, et la solution, ou un début de solution pourra naître dans son esprit.
  • les pieds collés au sol : comme lorsque l’on fait preuve de procrastination, toutes ces choses que l’on doit faire mais qu’on laisse trainer, la paperasse, la vaisselle, quand on repousse le moment d’aller à la salle de sport, etc. et qu’on se retrouve à ne pas avancer. Faire éprouver au sujet ce sentiment de ne pas pouvoir avancer à cause de ses pieds collés au sol, d’être comme prisonnier de ces choses que finalement il ne fait que repousser. Ensuite faire décoller les pieds, juste assez pour savourer un instant le sentiment de pouvoir avancer, du devoir accompli, comme si ces choses tant repoussées étaient enfin faites, puis on les recolle pour créer un petit peu de frustration. Enfin, re décoller les pieds pour créer un vrai sentiment de liberté d’action, et de facilité à faire toutes ces choses là. On peut ajouter un ancrage du sentiment de liberté ou de facilité d’action.
  • un bras lourd qui descend et un bras léger qui monte : la balance du positif et du négatif dans la vie et dans le quotidien, le positif étant le bras qui s’élève et le négatif le bras qui J’ai choisi de travailler les métaphores sur ces phénomènes hypnotiques car ils restent légers, moins violents à vivre que d’autres phénomènes. La totale catalepsie dans les démonstrations (le “pause/lecture” souvent vu en hypnose de rue) ou une hallucination négative ou positive peuvent vraiment déstabiliser un sujet. Pas de jeu sur les émotions, pas d’amnésie, pas d’hallucination kinesthésiques violentes du type chaise électrique, pas d’hallucination de nudité, pas de suggestion de violence … on reste ici sur des phénomènes simples, qui peuvent déjà être vécus de manière pas forcément confortables, mais dont l’intention n’est pas de mettre le sujet dans une situation de ridicule ou de malaise vis à vis des gens qui le regardent, encore moins de créer d’éventuels traumatismes.

Le but ici est de trouver un juste milieu entre le spectacle, la découverte de l’hypnose pour le sujet, et le caractère utile de l’expérience. Le sujet devrait repartir avec un sentiment d’avoir vécu une expérience exceptionnelle, positive, et qu’il a acquit un petit quelque chose en plus. Quand aux spectateurs, ils ne repartent pas avec le sentiment que l’hypnotiseur à un pouvoir sur le sujet, mais plutôt qu’il peut l’aider à avancer, à se découvrir d’avantage. L’hypnose de rue ou de spectacle vue sous ce prisme permettrait de redonner à l’hypnose une image plus juste auprès du grand public, plus bienveillante, et replacer le pouvoir à sa réelle place : dans l’inconscient du sujet qui vit l’expérience.

Marion Cail, Maître Praticienne Certifiée en Hypnose Thérapeutique

Dominik

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