L’hypnose spirituelle, ce qu’on y vit et ce qu’on en fait

Hypnose spirituelle

Depuis quelque temps, on me questionne régulièrement sur l’hypnose spirituelle. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que j’en pense ? Est-ce que je la pratique ?

Dernièrement encore, un ami m’en a longuement parlé, bouleversé et soulagé d’un deuil, après plusieurs séances. Une autre personne m’a raconté avoir communiqué avec un défunt.

Les récits se ressemblent souvent. On y croise des proches disparus, parfois des scènes qui semblent venir d’une autre époque. Ceux qui les ont vécus en parlent avec une émotion sincère. Autour d’eux, les réactions vont de l’enthousiasme au sourire poli.

Je ne me retrouve dans aucune de ces deux réactions, et c’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire ces lignes. Je ne crois pas qu’il faille se moquer de ce que ces personnes ont vécu. Je ne crois pas non plus qu’une expérience, aussi bouleversante soit-elle, suffise à établir une vérité sur l’au-delà.

Imaginons une séance : une personne ferme les yeux et entre en transe hypnotique. L’image de sa grand-mère apparaît. Elle retrouve sa voix, la chaleur de ses mains. Elle pleure. En rouvrant les yeux, elle dit se sentir plus légère qu’elle ne l’a été depuis des mois.

Que pouvons-nous en dire ? Qu’elle a vécu un moment fort, dont elle ressort apaisée. Nous pouvons écouter ce qu’elle en raconte et ce que cela change dans sa vie. Quant à l’origine de cette présence, la séance ne permet pas de la déterminer.

C’est là que commence, pour moi, la vraie réflexion sur l’hypnose spirituelle.

Spirituel : un mot aux sens multiples

Le mot « spirituel » renvoie au souffle, à l’esprit. Son histoire est largement religieuse : il désigne la relation à Dieu ou au sacré. On l’emploie aussi dans un sens plus large, pour parler de recherche de sens ou du sentiment d’appartenir à quelque chose qui nous dépasse. Croyants et non-croyants peuvent s’y reconnaître.

C’est dans cette ouverture que la spiritualité m’intéresse.

L’expression « hypnose spirituelle », elle, reste ambiguë. Elle peut désigner une hypnose au service d’un questionnement personnel. Elle peut aussi désigner une pratique dans laquelle le praticien apporte ses propres croyances et oriente l’expérience à partir d’elles. Ce n’est pas du tout la même démarche.

Ce que l’on vit sous hypnose

L’hypnose mobilise l’attention, l’imaginaire et la réceptivité aux suggestions. Pensez à ces moments où un roman vous absorbe : l’histoire prend toute la place, le monde autour passe au second plan. Cela ne résume pas toute l’hypnose, mais aide à comprendre comment une expérience intérieure peut devenir particulièrement saisissante.

Une image peut alors s’accompagner de sensations corporelles, une scène susciter une émotion intense. La personne peut être surprise par ce qui apparaît, sans avoir le sentiment de le fabriquer volontairement. Ce vécu mérite d’être pris au sérieux. Il demande aussi du tact de la part de celui ou celle qui accompagne.

Une expérience personnelle, mais quelle influence ?

L’hypnose fait une large place à la suggestion. Que devient alors la liberté d’exploration si le praticien annonce d’avance ce que la personne est censée découvrir ?

La question ne se pose pas qu’en hypnose. Une méditation guidée oriente l’attention. Une religion transmet des récits et une manière de comprendre le monde. Une expérience peut être tout à fait personnelle et pourtant nourrie de ce que l’on a reçu des autres.

Ce que je distingue surtout, c’est le fait de proposer une manière d’explorer et celui de fournir d’avance l’explication de ce qui va apparaître.

Inviter quelqu’un à porter attention à ce qu’il ressent, ou à laisser venir une image, lui ouvre un espace. Lui demander « Quel guide vient vous parler ? », c’est déjà supposer qu’un guide est là. Demander « Dans quelle vie antérieure votre peur a-t-elle commencé ? », c’est installer une explication avant même d’avoir entendu ce qu’il vit.

Une formulation plus douce n’y change rien. « Peut-être votre guide va-t-il se présenter… » reste une suggestion de guide. La liberté laissée à la personne se mesure à la place réelle qu’on donne à ce qui vient d’elle, y compris quand il ne se passe rien de particulier.

Et si le guide suggéré apparaît, cela ne prouve pas qu’il était là avant qu’on en parle. Les travaux de Nicholas Spanos et de ses collègues sur les récits de vies antérieures (1) illustrent bien cette influence : le contenu des récits variait selon les attentes suggérées avant la séance.

La mémoire fonctionne un peu de la même façon. L’hypnose n’est pas une caméra qui retrouverait des images intactes. Elle peut rendre un souvenir plus convaincant sans le rendre plus exact (2). Ce qui surgit en séance peut avoir énormément de valeur pour la personne, sans pour autant raconter fidèlement le passé.

Le vécu et son interprétation

Ce qui m’aide le plus, c’est de distinguer ce qu’une personne a vécu de l’explication qu’elle en donne. « J’ai senti sa présence » raconte une expérience. « Elle est vraiment venue me voir » en propose une lecture. La première phrase, je peux l’accueillir entièrement. La seconde appartient à la personne et à ses convictions.

Cette distinction n’enlève rien à la force de ce qui s’est passé. Une conversation vécue intérieurement permet parfois de prononcer enfin des mots longtemps retenus. Retrouver en séance la maison de son enfance peut faire revenir un sentiment de sécurité qu’on croyait perdu. On peut être bouleversé par une expérience intérieure tout en sachant que l’imagination y participe.

On parle aussi beaucoup, en hypnose spirituelle, de lignée, de transgénérationnel et d’ancêtres. Cette idée peut se comprendre de manière très concrète. On surprend chez soi l’intonation de sa mère, ou une manière de prendre soin apprise auprès d’un grand-parent. Le lien se loge dans les gestes les plus ordinaires. En transformant une habitude familiale qui faisait souffrir, on change aussi ce que l’on transmettra à son tour.

Ces exemples n’épuisent pas ce que chacun met derrière le mot spiritualité. Ils montrent seulement à quel point notre vie intérieure et nos liens peuvent nous toucher, jusque dans le corps.

Face au deuil

Le deuil donne à ces questions une résonance particulière. Beaucoup de personnes disent avoir senti la présence d’un proche disparu, en séance ou tout simplement dans leur quotidien. C’est une expérience fréquente (3), et souvent réconfortante.

Répondre « c’est dans votre tête » passerait complètement à côté de ce que la personne essaie de partager : un moment où elle s’est sentie moins seule, où sa douleur s’est apaisée. On peut reconnaître ce réconfort, et la laisser libre de lui donner un sens spirituel si elle le souhaite.

Ce que je me garderais de faire, c’est promettre une rencontre. Sentir une présence ne devrait jamais devenir une condition pour « réussir » son deuil. Chacun avance avec son histoire, à son rythme.

Accompagner sans imposer une interprétation

En séance, il s’agit d’aider la personne à explorer ce qui se présente. « Qu’est-ce qui vient ? », « Comment vivez-vous cela ? » : ce genre de questions lui laisse toute la place. Si une figure apparaît, on peut s’intéresser à ce qu’elle éveille, et aux mots que la personne aimerait lui adresser.

Si elle vient avec une foi ou une demande spirituelle, cela a sa place aussi. Je n’ai pas besoin de partager ses convictions pour les entendre, ni de les confirmer pour travailler avec elle.

L’hypnose offre alors un temps de disponibilité intérieure, où l’on prête attention à ce qui nous habite sans attendre de révélation. La séance peut être toute simple ou très émouvante. Son intérêt se mesure ensuite dans la vie de la personne, dans ce qu’elle comprend mieux ou ce qu’elle peut enfin dire.

Une place pour la spiritualité

Alors, est-ce que je pratique l’hypnose spirituelle ? Je dirais plutôt que je laisse une place à la spiritualité dans mon accompagnement, quand elle compte pour la personne. Elle peut y explorer ses questions et son lien à ceux qui l’ont précédée. Mon rôle est de l’accompagner dans cette recherche, pas de décider à sa place de ce qu’elle devrait y trouver.

Je tiens à cette liberté : celle de croire ou de questionner ses croyances, de donner un sens spirituel à une expérience ou de la vivre autrement. Et celle de repartir en disant simplement : « Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais cela m’a fait du bien. »

C’est aussi cet esprit que nous transmettons dans notre formation de praticien en hypnose : apprendre à poser un cadre respectueux, et guider une séance tout en laissant à chacun ses propres images et la liberté de leur donner un sens.

Dominik Hansen, hypnothérapeute formateur

(1) Spanos N. P. et al., « Secondary identity enactments during hypnotic past-life regression: A sociocognitive perspective », Journal of Personality and Social Psychology, 1991, 61(2), p. 308-320.

(2) Dywan J., Bowers K. S., « The use of hypnosis to enhance recall », Science, 1983, 222(4620), p. 184-185.

(3) Rees W. D., « The hallucinations of widowhood », British Medical Journal, 1971, 4(5778), p. 37-41.

Dominik

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