
Qu’est-ce que le TDAH ?
Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental qui concerne environ 5 % des enfants. Il se manifeste par une difficulté à maintenir une attention stable dans le temps, une impulsivité plus marquée que la moyenne, et, chez certains enfants, une agitation motrice importante.
Ces manifestations ne sont pas homogènes. Certains enfants présentent principalement une inattention, d’autres une hyperactivité, d’autres encore une combinaison des deux. Dans tous les cas, ces particularités peuvent avoir un impact significatif sur la vie quotidienne : difficultés scolaires, tensions relationnelles, sentiment d’échec répété, altération progressive de l’estime de soi.
Il est essentiel de rappeler que le TDAH ne relève ni d’un manque de volonté, ni d’un défaut d’éducation. Il s’agit d’un fonctionnement neurodéveloppemental spécifique, impliquant notamment les fonctions exécutives : inhibition des réponses, attention soutenue, mémoire de travail, flexibilité cognitive et régulation émotionnelle.
Chaque enfant présentant un TDAH possède un profil singulier. L’accompagnement ne peut donc être standardisé ; il nécessite une adaptation constante, fine et contextualisée.
Accueillir un enfant avec un TDAH
L’hypnothérapie avec les enfants présentant un TDAH ne repose pas uniquement sur des techniques, mais sur une posture thérapeutique d’ajustement permanent. Elle implique une régulation active du niveau d’activation de l’enfant, et une co-construction progressive d’outils adaptés à son fonctionnement.
Créer un environnement sécurisant
Avant toute intervention, il est fondamental d’installer un cadre sécurisant. Cela passe par une qualité de présence, une écoute réelle et une communication adaptée à l’enfant.
L’utilisation d’un langage simple, concret, positif, sans surcharge verbale, favorise l’engagement. L’enfant doit pouvoir comprendre rapidement ce qui est attendu de lui, sans effort cognitif excessif.
Les rituels jouent ici un rôle central. Mettre en place un rituel d’entrée dans la séance (un geste partagé, un “check”, un choix de carte, une intention formulée ensemble) permet de créer des repères stables. Ces repères sécurisent et facilitent la transition vers un état plus attentif.
S’ajuster à l’énergie de l’enfant

Une erreur fréquente consiste à vouloir immédiatement calmer l’enfant ou l’amener à se concentrer. Or, chez les enfants présentant un TDAH, le niveau d’activation physiologique est souvent élevé. Il est donc nécessaire, dans un premier temps, de rejoindre cette énergie plutôt que de s’y opposer.
Le corps devient alors un levier thérapeutique majeur. Le mouvement, le rythme, la proprioception permettent une régulation “par le bas”, c’est-à-dire avant toute mobilisation cognitive.
On peut ainsi proposer, en début de séance, des séquences dynamiques simples : inviter l’enfant à battre des bras comme des ailes, à sauter sur place, à exagérer un mouvement puis à le ralentir progressivement, ou encore à suivre un rythme corporel. Cette phase permet de transformer une agitation diffuse en mouvement structuré, puis en apaisement progressif.
On peut également introduire des exercices de respiration dynamique issus de la sophrologie, combinant mouvement et souffle :
=> par exemple : inspirer en levant les bras rapidement, puis expirer en relâchant d’un coup les bras vers le bas, comme si l’on “laissait tomber l’agitation”.
Ces exercices permettent une décharge rapide suivie d’un retour au calme.
Ce travail corporel n’est pas accessoire : il constitue souvent la condition préalable à toute efficacité des techniques hypnotiques.
Valoriser les ressources et soutenir l’estime de soi
Les enfants présentant un TDAH ont souvent accumulé des expériences d’échec, de reproches ou d’incompréhension. Il est donc essentiel de restaurer un regard positif sur eux-mêmes.
La valorisation doit être spécifique, contextualisée et sincère. Il ne s’agit pas de compliments génériques, mais de mettre en lumière des efforts précis, même minimes : une tentative d’attention, un moment de contrôle, une initiative.
=> La mise en place d’un support concret, comme un carnet ou un journal des réussites (dessiné, symbolisé, raconté), permet de rendre visibles ces progrès. Cela contribue à renforcer progressivement le sentiment de compétence et l’engagement.
Les outils de l’hypnothérapie pour les enfants avec un TDAH
1. Régulation de l’impulsivité et de l’hyperactivité
Avant de solliciter l’attention, il est souvent nécessaire d’aider l’enfant à réguler son impulsivité.
Les techniques de décharge énergétique sont particulièrement utiles. Par exemple, inviter l’enfant à battre des bras comme des ailes en comptant, puis à ralentir progressivement le mouvement, permet de transformer une agitation diffuse en mouvement contrôlé puis apaisé.
De même, une métaphore active peut être mobilisée : imaginer une rivière débordante représentant l’agitation, puis construire des barrages en soufflant doucement, introduisant ainsi une régulation progressive par le souffle.
Les ancrages corporels complètent ce travail. Sentir ses pieds au sol, imaginer des racines qui s’enfoncent, poser ses mains sur ses genoux et percevoir une chaleur ou un poids stabilisant, sont autant de moyens de renforcer la présence corporelle et la régulation.
Dans une perspective issue des thérapies cognitivo-comportementales, il est également pertinent d’introduire un apprentissage de la pause active. L’enfant peut apprendre à reconnaître le moment où l’impulsion arrive, et à insérer un temps tampon.
La métaphore du feu tricolore — rouge pour s’arrêter, orange pour réfléchir, vert pour agir — peut être intégrée sous forme d’image interne ou de signal hypnotique, facilitant son appropriation.
2. Développer l’attention
Le travail attentionnel gagne à être progressif, concret et ludique.
L’image d’une lampe de poche que l’enfant dirige volontairement permet d’introduire la notion de focalisation sélective : éclairer une seule chose à la fois. Cette visualisation peut être associée à la respiration, renforçant la stabilité de l’attention.
Des exercices dynamiques peuvent être proposés : suivre un objet imaginaire en mouvement, accompagner son déplacement du regard, ou synchroniser ce mouvement avec la respiration. Ces exercices permettent de travailler l’attention sans immobilité contrainte.
En complément, l’apprentissage d’auto-instructions constitue un levier important. L’enfant peut progressivement intégrer un langage interne structurant : « je fais une chose à la fois », « je vérifie avant d’agir », « je peux prendre mon temps ». Ces phrases peuvent être intégrées dans des scénarios hypnotiques ou incarnées sous forme de personnages internes, ce qui en facilite l’appropriation.
3. Régulation émotionnelle
Les enfants présentant un TDAH peuvent éprouver des difficultés à moduler leurs états émotionnels. L’hypnose permet d’introduire des outils simples et accessibles.
La respiration peut être rendue ludique : souffler sur une plume imaginaire, maintenir un objet léger en suspension, ou réguler un mouvement par le souffle.
Cet exercice est très proche des pratiques utilisées en sophrologie (respiration contrôlée avec intention), notamment dans les variantes où l’enfant visualise l’effet direct de son souffle sur son environnement.
Le travail avec les couleurs permet également de symboliser les émotions (technique de réification) et d’agir dessus (respirer une couleur apaisante, transformer une couleur intense).
La création d’un lieu sûr intérieur — par exemple un jardin ou un espace refuge — constitue un ancrage important. En enrichissant cette représentation par des éléments sensoriels précis, l’enfant développe un espace interne mobilisable en situation de stress.
4. Soutenir l’organisation et les fonctions exécutives
Les difficultés organisationnelles étant centrales dans le TDAH, il est utile de proposer des outils de structuration.
Le découpage des tâches en micro-étapes constitue un levier essentiel. Une action globale devient une succession de petites actions atteignables, ce qui réduit la surcharge cognitive et facilite l’engagement.
Ce processus peut être soutenu par des représentations symboliques : une échelle à gravir, un parcours à suivre, ou une succession de missions. L’imaginaire permet ici de rendre la structure plus accessible et motivante.
5. Les Cartes Narratives comme levier thérapeutique
Les cartes narratives constituent un support particulièrement adapté aux enfants présentant un TDAH. Elles permettent de capter l’attention, de structurer la pensée sous forme de récit, d’externaliser les difficultés et de mobiliser l’imaginaire dans un cadre contenant.
Elles peuvent être utilisées comme support de métaphore hypnotique, comme outil de planification (en transformant une histoire en séquence d’actions concrètes), ou comme médiateur dans la relation thérapeutique.
Par exemple, une histoire construite à partir de cartes peut devenir un scénario de la journée de l’enfant, chaque étape correspondant à une “mission”. Ce passage du récit à l’action constitue un point d’appui particulièrement intéressant pour les fonctions exécutives.
6. Externalisation des difficultés
L’externalisation, issue des travaux de Michael White, consiste à dissocier l’enfant de ses difficultés.
L’enfant peut donner un nom à son TDAH — « Monsieur Zigzag », « Super Tourbillon » — puis entrer en relation avec cette entité. Il peut explorer son fonctionnement, comprendre dans quelles situations elle apparaît, et progressivement modifier la relation qu’il entretient avec elle.
L’objectif n’est pas de supprimer cette part, mais de transformer son rôle : canaliser son énergie, l’utiliser dans certains contextes, négocier avec elle. Cette approche réduit la culpabilité et renforce le sentiment de contrôle.
7. Co-construction métaphorique et Clean Language
Au-delà des métaphores proposées par le thérapeute, il est particulièrement pertinent d’accompagner l’enfant dans la construction de ses propres représentations.
Inspirée du Clean Language développé par David Grove, la co-construction métaphorique repose sur un questionnement non inductif, permettant d’explorer les images internes sans les orienter.
Le thérapeute peut, par exemple, demander :
« Quand ça s’agite comme ça, c’est comment pour toi ? »
« Et ça ressemble à quoi ? »
« Et ce “…”, il fait quoi ? »
L’enfant peut alors décrire un moteur, une tempête, un animal… Cette métaphore, issue de son expérience, devient le support du travail thérapeutique.
Dans le contexte du TDAH, cette approche favorise un engagement actif, renforce la conscience de soi et soutient l’autorégulation. Elle permet également un changement de niveau 2, au sens systémique (cf. Gregory Bateson), en transformant les représentations internes plutôt que les seuls comportements.
Les cartes narratives trouvent ici toute leur pertinence : elles deviennent des supports de co-construction symbolique, permettant à l’enfant de projeter, organiser et transformer son expérience.
8. Approche systémique et implication des parents
L’accompagnement d’un enfant présentant un TDAH nécessite une implication des parents. Le travail thérapeutique gagne en efficacité lorsqu’il est relayé dans l’environnement familial.
Il est utile de proposer des outils simples : moments de relaxation partagée, rituels réguliers, reformulation positive des consignes, miroir émotionnel.
Exemple de miroir émotionnel :
« Je vois que tu es très énervé parce que c’est difficile pour toi de t’arrêter. »
ou
« On dirait que ça t’agace quand ça va trop vite dans ta tête. »
Exemple de reformulation positive :
au lieu de « arrête de bouger », proposer
« j’aime quand tu arrives à ralentir comme tu viens de le faire »
La cohérence des règles, la stabilité du cadre et la valorisation des comportements adaptés contribuent à soutenir les progrès de l’enfant.
Conclusion
L’accompagnement du TDAH en hypnothérapie gagne en efficacité lorsqu’il s’inscrit dans une approche intégrative, articulant régulation corporelle, structuration cognitive, outils narratifs, stratégies issues des TCC et co-construction métaphorique.
En s’appuyant sur les ressources naturelles de l’enfant — imagination, mouvement, créativité — il devient possible de transformer les difficultés attentionnelles en compétences adaptatives, tout en soutenant durablement l’estime de soi, l’autonomie et le sentiment d’agentivité.
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