
Lorsqu’une personne consulte un thérapeute, on pourrait croire que sa motivation à changer est déjà acquise. Pourtant, l’expérience clinique montre souvent l’inverse.
Combien de patients disent vouloir arrêter de fumer… tout en continuant à acheter des cigarettes ?
Combien souhaitent perdre du poids… mais ne modifient pas leurs habitudes alimentaires ?
Combien veulent surmonter leur anxiété… tout en évitant systématiquement les situations qui leur font peur ?
Le problème n’est généralement pas un manque d’intelligence ni un manque de volonté. Le véritable obstacle est souvent l’ambivalence.
Une partie de la personne souhaite changer, tandis qu’une autre préfère conserver les habitudes actuelles. C’est précisément pour accompagner cette ambivalence qu’a été développé l’entretien motivationnel.
Qu’est-ce que l’entretien motivationnel ?
L’entretien motivationnel (Motivational Interviewing), développé dans les années 1980 par les psychologues William Miller et Stephen Rollnick, est une méthode de communication thérapeutique visant à renforcer la motivation au changement.
Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas d’une technique destinée à convaincre; au contraire. Plus un thérapeute cherche à persuader un patient de changer, plus celui-ci risque de défendre inconsciemment le statu quo.
L’entretien motivationnel adopte donc une stratégie radicalement différente : Au lieu d’apporter des arguments, il aide la personne à découvrir les siens.
Pourquoi convaincre fonctionne souvent mal
Imaginons un thérapeute disant à son patient :
« Vous savez que vous devriez arrêter de boire. »
Même si cette affirmation est exacte, le cerveau produit souvent une réaction automatique :
« Vous ne connaissez pas ma vie. »
« Je maîtrise la situation. »
« Ce n’est pas si grave… »
Cette réaction est bien connue en psychologie. On l’appelle la réactance. Lorsqu’une personne sent que sa liberté de choisir est menacée, elle tend naturellement à défendre la position inverse.
L’entretien motivationnel cherche précisément à éviter cette résistance.
Les grands principes de l’entretien motivationnel
L’objectif n’est pas de convaincre, maist de créer les conditions dans lesquelles la personne devient elle-même l’auteur de son changement.
Pour cela, le thérapeute privilégie :
- les questions ouvertes ;
- l’écoute active ;
- les reformulations ;
- l’exploration des hésitations ;
- la mise en valeur des réussites passées ;
- le respect absolu de l’autonomie.
Une phrase résume parfaitement cette philosophie :
La motivation ne naît pas de la persuasion. Elle émerge lorsque la personne découvre ses propres raisons de changer.
Le mécanisme le plus important : le “discours-changement”
L’une des découvertes majeures de la recherche est que les personnes changent davantage lorsqu’elles entendent… leurs propres arguments.
Par exemple :
Le thérapeute demande : « Quelles seraient les bonnes raisons de diminuer votre consommation ? »
Le patient répond : « J’aimerais retrouver de l’énergie. »
Puis : « Mes enfants commencent à s’inquiéter. »
Puis : « Je dépense beaucoup trop d’argent. »
À ce moment-là, ce n’est plus le thérapeute qui cherche à convaincre. C’est le patient qui construit lui-même sa motivation.
Les recherches montrent que plus ce “discours-changement” est présent pendant les séances, plus les chances de changement augmentent.
Dans quels domaines est-il utilisé ?
L’entretien motivationnel est aujourd’hui utilisé dans de nombreux secteurs.
Les addictions
C’est son domaine historique. Il est utilisé pour accompagner les personnes souhaitant réduire ou arrêter :
- l’alcool ;
- le tabac ;
- les drogues ;
- les jeux d’argent ;
- certaines addictions comportementales.
Les comportements de santé
Les professionnels de santé l’utilisent également pour favoriser :
- la perte de poids ;
- l’activité physique ;
- une alimentation plus équilibrée ;
- l’observance des traitements médicaux ;
- la prévention cardiovasculaire.
Les maladies chroniques
Chez les patients atteints de diabète, d’hypertension ou d’autres maladies chroniques, il permet souvent d’améliorer l’adhésion aux traitements et aux recommandations médicales.
La santé mentale
L’entretien motivationnel est également utilisé avant ou pendant différentes psychothérapies afin de renforcer l’engagement du patient dans les soins.
Il peut accompagner la prise en charge des troubles anxieux, de la dépression, de certaines addictions ou encore des troubles psychotiques.
Pourquoi est-il scientifiquement reconnu ?
L’entretien motivationnel est aujourd’hui l’une des approches psychologiques les mieux étudiées. Depuis plus de trente ans, plusieurs centaines d’essais cliniques et de nombreuses méta-analyses ont évalué son efficacité. Les résultats montrent qu’il améliore, en moyenne, la motivation au changement et favorise l’adoption de comportements plus favorables à la santé.
Les effets observés sont généralement modestes à modérés, mais remarquablement constants dans des domaines très différents.
Cette solidité scientifique explique pourquoi l’entretien motivationnel est aujourd’hui recommandé dans de nombreux guides de bonnes pratiques en addictologie, en médecine et en psychologie clinique.
L’intérêt pour les thérapeutes en thérapie brève
Même lorsqu’un thérapeute pratique l’hypnose, les thérapies brèves ou les TCC, il rencontre régulièrement un problème :
Le patient dit vouloir changer…
…mais il n’est pas encore prêt à modifier ses comportements. Dans cette situation, multiplier les techniques est rarement la solution. Il est souvent plus utile de travailler d’abord la motivation.
L’entretien motivationnel devient alors un formidable outil préparatoire. Il aide le patient à clarifier ses objectifs, à résoudre ses hésitations et à s’engager pleinement dans le processus thérapeutique.
Entretien motivationnel et hypnose : des approches complémentaires
L’entretien motivationnel et l’hypnose poursuivent un objectif commun : faciliter le changement. Mais elles n’agissent pas exactement au même niveau.
L’entretien motivationnel aide le patient à répondre à la question :
« Pourquoi ai-je envie de changer ? »
L’hypnose aide davantage à répondre à une autre question :
« Maintenant que j’ai décidé de changer, comment puis-je modifier mes automatismes émotionnels et comportementaux ? »
Autrement dit, l’entretien motivationnel favorise la décision. L’hypnose facilite la transformation.
Loin de s’opposer, ces deux approches peuvent se renforcer mutuellement.
En conclusion
L’entretien motivationnel rappelle une idée essentielle : les êtres humains changent rarement parce qu’on leur explique ce qu’ils devraient faire. Ils changent lorsqu’ils découvrent eux-mêmes des raisons qui font sens pour eux.
En aidant les personnes à explorer leurs valeurs, leurs objectifs et leurs propres motivations, l’entretien motivationnel transforme la relation thérapeutique.
Le thérapeute ne devient plus celui qui pousse au changement.
Il devient celui qui crée les conditions permettant au patient de choisir librement sa propre évolution.
C’est sans doute cette philosophie, autant que ses résultats scientifiques, qui explique pourquoi l’entretien motivationnel est aujourd’hui considéré comme une compétence fondamentale dans de nombreux domaines de la santé et de la psychothérapie.
Se former à l’entretien motivationnel
L’entretien motivationnel est aujourd’hui considéré comme une compétence transversale en psychothérapie. Sans constituer une thérapie à lui seul, il permet de renforcer l’alliance thérapeutique, de lever les résistances au changement et d’améliorer l’engagement des patients dans leur démarche.
C’est pourquoi les principaux outils et stratégies de l’entretien motivationnel font partie du programme de la formation de Psychopraticien en Régulation Émotionnelle et Thérapies Brèves proposée par Hansen Institute.
Au cours de la formation, les futurs praticiens apprennent notamment à :
- comprendre les mécanismes de l’ambivalence ;
- utiliser les questions ouvertes et l’écoute réflexive ;
- favoriser l’émergence du « discours-changement » ;
- accompagner les patients sans confrontation ni persuasion ;
- renforcer durablement la motivation au changement.
Ces compétences viennent compléter les autres approches enseignées, telles que l’hypnose, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), les techniques de régulation émotionnelle et les principaux outils des thérapies brèves.
L’objectif n’est pas d’opposer les différentes approches, mais de permettre au futur psychopraticien de disposer d’un ensemble cohérent d’outils scientifiquement fondés, afin d’adapter son accompagnement aux besoins spécifiques de chaque patient.
Pour découvrir le contenu détaillé de cette formation, consultez la page dédiée : Formation de Psychopraticien en Thérapies Brèves.
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