
En thérapie brève, la manière de questionner n’est pas un simple outil pour recueillir des informations. Une bonne question peut faire émerger une ressource jusque-là ignorée ou aider la personne à envisager une nouvelle possibilité. Mais, maladroitement formulée, elle peut aussi susciter de la réactance et amener la personne à défendre davantage le statu quo.
Ce sont notamment ces stratégies de questionnement que l’on retrouve dans l’entretien motivationnel et l’approche solutionniste.
Dans ces deux approches, les mots ne servent pas uniquement à décrire ce qui ne va pas. Ils permettent d’orienter l’attention vers les ressources, d’explorer d’autres perspectives et de construire progressivement le changement.
Une question bien choisie, un reflet pertinent ou l’exploration d’une exception peuvent ainsi amener la personne à regarder autrement sa situation.
La conversation devient alors, en elle-même, un outil thérapeutique.
Le langage ne fait pas que décrire la réalité
Lorsqu’une personne consulte, son attention est souvent focalisée sur ce qui ne fonctionne pas (le “discours maintient”) :
« C’est toujours pareil. »
« C’est impossible pour moi. »
« Je ne sais pas comment sortir de cette situation. »
Ces phrases racontent une expérience réelle. Mais lorsqu’elles se répètent, elles peuvent également enfermer la personne dans une représentation du problème où les possibilités de changement deviennent difficiles à percevoir.
Le rôle du praticien n’est pas de nier cette réalité ni d’imposer une pensée positive, au risque de suciter des résistances.
Il consiste plutôt à ouvrir d’autres perspectives par la conversation.
Par exemple :
Quelles sont les principales raisons de changer ?
Qu’est-ce qui serait différent si la situation commençait à s’améliorer ?
Comment avez-vous réussi à traverser une situation similaire auparavant ?
Qu’est-ce qui vous ferait dire que vous avez avancé, même un peu ?
Ces questions déplacent progressivement l’attention : du problème vers les ressources, les exceptions, les objectifs et les possibilités d’action.
L’entretien motivationnel : faire émerger les propres raisons de changer
L’entretien motivationnel repose sur une idée essentielle : la motivation au changement ne se décrète pas. Dire à quelqu’un ce qu’il devrait faire suffit rarement à provoquer une transformation durable.
Le praticien cherche donc moins à convaincre qu’à permettre à la personne d’exprimer elle-même ses motivations, ses valeurs, ses capacités et ses raisons de changer.
C’est ce que l’on retrouve notamment dans le « discours-changement ».
La personne commence à formuler :
« J’aimerais que les choses soient différentes. »
« Je sais que je suis capable de… »
« J’aurais beaucoup à gagner si… »
« Je pourrais peut-être commencer par… »
Ces paroles sont importantes parce qu’elles viennent de la personne elle-même. Le thérapeute ne lui fournit pas une motivation extérieure : il l’aide à faire émerger et à renforcer sa propre motivation.
L’approche solutionniste : chercher ce qui fonctionne déjà
L’approche solutionniste apporte un autre déplacement particulièrement intéressant. Plutôt que d’explorer indéfiniment pourquoi le problème existe, elle s’intéresse aussi à une question très pragmatique :
Qu’est-ce qui permettrait d’aller vers la situation souhaitée ?
Cela conduit notamment à rechercher les exceptions au problème. Car un problème présenté comme permanent ne l’est généralement pas de façon parfaitement identique à chaque instant. Il existe parfois des moments où il est moins intense, moins envahissant ou plus facile à gérer.
Que se passe-t-il alors ?
Qu’est-ce que la personne fait différemment ?
Quelles ressources mobilise-t-elle, parfois sans même s’en rendre compte ?
Ces exceptions peuvent devenir des points d’appui concrets pour construire la suite.
Imaginer le futur pour rendre le changement plus concret
Une autre dimension importante de la thérapie orientée solutions consiste à aider la personne à décrire précisément ce qu’elle souhaite voir apparaître à la place du problème.
Il ne s’agit pas simplement de demander :
« Qu’est-ce que vous ne voulez plus ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce que vous voulez à la place ? »
Comment saurez-vous que quelque chose a changé ?
Que ferez-vous différemment ?
Que remarquerez-vous en premier ?
Que remarquera votre entourage ?
À quoi ressemblera une journée où le problème aura perdu de son importance ?
Plus ce futur devient concret et observable, plus il devient possible d’identifier les comportements et les petites étapes susceptibles d’y conduire.
L’objectif thérapeutique cesse alors d’être une idée abstraite pour devenir une direction vers laquelle agir.
En thérapie brève, parler du changement permet déjà de commencer à le construire
C’est l’un des points communs entre l’entretien motivationnel et l’approche solutionniste. La conversation thérapeutique ne consiste pas uniquement à raconter ce qui ne va pas.
Elle peut permettre à la personne de :
- reconnaître ses ressources ;
- identifier ce qui fonctionne déjà ;
- clarifier ce qu’elle souhaite réellement ;
- entendre ses propres motivations ;
- imaginer d’autres possibilités ;
- définir un premier pas suffisamment concret pour être réalisable.
Le langage devient alors un levier de mobilisation et de changement.
Une question peut ouvrir une possibilité qui n’était jusque-là pas envisagée.
Une “question reflet” peut permettre à la personne d’entendre autrement ce qu’elle vient elle-même d’exprimer. Une exception peut révéler une compétence qu’elle pensait ne pas posséder.
Et un objectif bien construit peut transformer un problème apparemment insoluble en une succession de petites étapes accessibles.
Une posture thérapeutique qui s’apprend
Utiliser ces approches ne consiste cependant pas à apprendre quelques « bonnes questions » et à les appliquer mécaniquement.
La différence se trouve dans la posture du praticien : savoir écouter, reformuler, repérer le discours-changement, travailler avec l’ambivalence, identifier les ressources et accompagner la personne sans chercher à décider à sa place.
C’est précisément cette posture que nous travaillons dans la formation Psychopraticien du Hansen Institute, en associant trois axes complémentaires :
- l’entretien motivationnel
- l’approche solutionniste
- la régulation émotionnelle.
L’objectif est de permettre aux professionnels de la relation d’aide, thérapeutes, coachs, sophrologues, ainsi qu’aux personnes en reconversion de passer d’une pratique parfois intuitive à une démarche thérapeutique structurée et opérationnelle en consultation.
Prochaine session : 14 jours de formation à Lescar, près de Pau.
Des possibilités de financement sont proposées selon votre situation : CPF, OPCO, Découvrez le programme complet de la formation Psychopraticien :
https://hansen-hypnose.com/formation-psychopraticien-regulation-emotionnelle-therapie-breve/
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