Être très réceptif à l’hypnose est-il forcément un avantage en thérapie ?

Pourquoi certaines personnes vivent-elles une image comme si elles y étaient ou laissent-elles apparaître facilement un mouvement involontaire, tandis que d’autres restent davantage dans l’observation et l’analyse ?

Le concept psychologique qui se rapproche le plus de cette capacité est celui d’absorption. C’est la faculté de se laisser prendre par une image, une sensation, une musique ou une expérience intérieure, jusqu’à ce qu’elle occupe presque entièrement l’attention. La personne ne fait plus seulement semblant d’imaginer : ce qu’elle imagine commence à acquérir un véritable sentiment de réalité. L’absorption est liée à l’hypnotisabilité, même si elle ne suffit pas à l’expliquer. Tellegen et Atkinson, 1974

Cette capacité n’a pas de direction thérapeutique en elle-même. Elle peut aider à modifier une douleur, laisser apparaître une sensation nouvelle ou vivre pleinement une expérience proposée par le praticien. Mais la même sensibilité aux attentes et aux représentations peut aussi contribuer à un effet nocebo : ce que la personne redoute ou s’attend à ressentir peut devenir une expérience physique bien réelle. Cela ne signifie pas qu’elle invente son symptôme. Son cerveau et son corps répondent à une attente comme ils peuvent répondre à une suggestion hypnotique. Barsky et coll., 2002

Une méta-analyse portant sur vingt ensembles de données a retrouvé une suggestibilité hypnotique plus élevée chez des patients présentant des troubles dissociatifs, des troubles liés au trauma et au stress ou certains troubles neurologiques fonctionnels. Le lien était particulièrement marqué dans les troubles dissociatifs. Cela ne veut pas dire que toute personne ayant vécu un traumatisme est forcément très hypnotisable. Cela rappelle surtout qu’une forte réceptivité aux suggestions n’est pas, en elle-même, un signe de bonne santé psychologique. Wieder et coll., 2022

On peut alors envisager une hypothèse intéressante : une personne capable de produire rapidement un phénomène hypnotique pourrait aussi voir apparaître, bien malgré elle, certaines expériences symptomatiques particulièrement convaincantes. Une sensation attendue survient. Elle est interprétée comme un danger, ce qui renforce encore la réaction. Puis l’ensemble finit par devenir automatique.

La crise d’angoisse en donne un exemple assez parlant. La personne redoute de ressentir les premiers signes de la crise. Elle surveille son rythme cardiaque, sa respiration ou ses sensations de vertige. Cette attention augmente la perception de ces sensations, qui deviennent la preuve que la crise arrive. La peur de la crise contribue alors à la déclencher.

Ce rapprochement reste une hypothèse : ce n’est pas ce que démontre directement la méta-analyse. Mais il permet de réfléchir autrement au lien entre suggestion, attente et symptôme.

La question thérapeutique n’est donc pas seulement de savoir si une personne est hypnotisable. Elle est de savoir ce qu’elle peut faire de cette capacité.

Une personne peut vivre une catalepsie spectaculaire, une anesthésie ou une hallucination, puis retrouver exactement les mêmes automatismes symptomatiques en quittant le cabinet. À l’inverse, quelqu’un peut manifester peu de phénomènes visibles pendant la séance et commencer à répondre autrement dans une situation qui déclenchait jusque-là la même angoisse ou le même symptôme.

Cela nous amène au concept de flexibilité psychologique : la capacité à percevoir ce que demande réellement une situation, à abandonner une réponse lorsqu’elle ne fonctionne plus et à en essayer une autre. Une part de la souffrance psychologique tient justement à l’inverse, à la répétition d’une réponse devenue trop systématique. Éviter, contrôler, se méfier ou se couper de ses sensations ont parfois eu une fonction importante. Le problème commence lorsque cette ancienne solution se déclenche partout, même lorsqu’elle n’est plus adaptée. Les recherches retrouvent une association importante entre inflexibilité psychologique et moindre bien-être, sans que cette corrélation suffise à établir une causalité. Kashdan et Rottenberg, 2010 ; Ong, Barthel et Hofmann, 2024 — méta-analyse

L’enjeu de l’hypnose thérapeutique n’est donc pas de rendre une personne toujours plus réceptive. Il est d’utiliser sa capacité à vivre une expérience différente pour interrompre, au moins un instant, le « toujours pareil ».

Puis de faire de cet instant une possibilité qu’elle pourra retrouver en dehors de la séance.

La réussite ne se mesure pas forcément à la profondeur de la transe ni au caractère spectaculaire du phénomène. Elle se voit lorsque la personne retrouve du choix.

Pour aller plus loin : Ces questions sur l’hypnotisabilité, les phénomènes hypnotiques et leur utilisation en thérapie font partie des sujets abordés dans notre formation de praticien en hypnose ericksonienne.

Dominik

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