
Introduction
Le traitement des troubles liés au trauma repose aujourd’hui sur un ensemble d’approches psychothérapeutiques dont l’efficacité est solidement documentée par la recherche, notamment l’Exposure Prolongée (PE), la Cognitive Processing Therapy (CPT), les thérapies cognitivo-comportementales centrées trauma (TF-CBT) et l’EMDR.
Ces approches partagent des mécanismes communs : activation du matériel traumatique, retraitement cognitif et émotionnel, réduction de l’évitement et intégration mnésique.
Ces évolutions s’inscrivent dans une conception contemporaine des psychothérapies centrée sur les processus thérapeutiques plutôt que sur l’appartenance à une école spécifique.
Dans ce contexte, le RITMO (Lili Ruggieri) peut être compris non comme une méthode concurrente, mais comme un modèle intégratif mobilisant plusieurs de ces mécanismes thérapeutiques reconnus, organisés de manière spécifique afin de favoriser la tolérance émotionnelle et l’alliance thérapeutique.
Description du modèle RITMO
Le RITMO associe plusieurs composantes cliniques :
- une stimulation bilatérale alternée, issue du modèle EMDR,
- l’utilisation d’états ressources, incluant des techniques hypnotiques ou apparentées,
- un travail sur les représentations mentales, cognitives et émotionnelles,
- une exposition indirecte et titrée au matériel traumatique, sans recherche systématique d’une immersion émotionnelle intense.
Cette organisation vise à permettre l’activation du réseau mnésique traumatique tout en maintenant un niveau d’activation compatible avec la fenêtre de tolérance du patient.
Mécanismes thérapeutiques mobilisés
D’un point de vue mécanistique, le RITMO semble s’appuyer sur plusieurs processus dont la pertinence est largement étayée dans la littérature en psychotraumatologie.
1. Activation contrôlée du matériel traumatique
À l’instar de certains principes des thérapies d’exposition, le RITMO implique une activation des souvenirs, images ou sensations associées au trauma.
Cette activation est cependant graduée et indirecte, ce qui peut limiter la surcharge émotionnelle et réduire le risque de désorganisation.
2. Retraitement cognitivo-affectif
Le travail sur les significations, croyances et représentations rejoint les objectifs centraux des thérapies cognitives centrées trauma (CPT, CT), visant une modification des interprétations dysfonctionnelles liées à l’événement traumatique.
3. Régulation émotionnelle et sentiment de sécurité
L’intégration systématique de ressources internes et d’états de sécurité contribue à renforcer la régulation émotionnelle.
Ce point est cohérent avec les modèles contemporains soulignant le rôle du sentiment de contrôle, de la sécurité perçue et de la stabilisation émotionnelle dans le traitement du trauma, en particulier chez les patients présentant une dissociation ou une vulnérabilité émotionnelle accrue.
4. Facilitation de l’intégration mnésique
La stimulation bilatérale, combinée à l’activation du réseau traumatique, s’inscrit dans les hypothèses actuelles concernant le retraitement adaptatif de l’information et l’intégration des souvenirs traumatiques dans des réseaux mnésiques plus fonctionnels.
Positionnement clinique par rapport aux approches validées
Sur le plan clinique, on peut faire l’hypothèse que le RITMO propose une organisation spécifique de mécanismes communs aux approches validées :
- une activation du matériel traumatique comparable à celle utilisée en PE,
- un travail sur les significations proche des objectifs de la CPT,
- une stimulation bilatérale issue du modèle EMDR,
- une régulation émotionnelle renforcée par l’usage d’états ressources.
Cette combinaison pourrait représenter un équilibre particulier entre activation et régulation, susceptible de réduire l’évitement tout en limitant la surcharge émotionnelle observée chez certains patients dans des protocoles d’exposition plus intensifs.
Tolérance et alliance thérapeutique
Chez de nombreux patients, notamment ceux présentant :
- une forte dissociation,
- une faible tolérance émotionnelle,
- ou des expériences thérapeutiques antérieures difficiles,
une exposition plus progressive et régulée peut favoriser l’adhésion au traitement, réduire les abandons et renforcer l’alliance thérapeutique.
À ce titre, le RITMO peut être envisagé comme une approche potentiellement mieux tolérée, sans renoncer aux mécanismes centraux du retraitement traumatique.
Conclusion
Le RITMO s’inscrit dans une logique contemporaine de thérapie intégrative centrée sur les processus, en mobilisant des mécanismes thérapeutiques dont l’efficacité est largement documentée dans le traitement des troubles liés au trauma.
Si les données empiriques spécifiques au RITMO restent à développer, son intérêt clinique réside dans l’organisation cohérente de ces mécanismes, avec une attention particulière portée à la régulation émotionnelle et à la sécurité subjective du patient.
Dans cette perspective, le RITMO peut être considéré comme une modalité clinique intégrative cohérente, compatible avec les connaissances actuelles en psychotraumatologie, et appelant à des travaux de recherche complémentaires.
Bibliographie indicative (sélection)
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- Foa, E. B., Hembree, E. A., & Rothbaum, B. O. (2007). Prolonged Exposure Therapy for PTSD. Oxford University Press.
- Hofmann, S. G., & Hayes, S. C. (2019). The future of intervention science: Process-based therapy. Clinical Psychological Science.
- Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures. Guilford Press.
- Resick, P. A., Monson, C. M., & Chard, K. M. (2017). Cognitive Processing Therapy for PTSD. Guilford Press.
- van der Kolk, B. A. (2014). The Body Keeps the Score. Viking.
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